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    J-P Lacroix (ONU): «Notre rôle c’est d’aider la RDC à retrouver sa stabilité»

    Jean-Pierre Lacroix, chef des opérations de maintien de la paix à l'ONU. Ici, le 20 juillet 2017. ASHRAF SHAZLY / AFP

    L'Onu est-elle dépassée par la multiplication des attaques terroristes au Mali et au Burkina ? Quel rôle joueront les Nations unies dans l'application de l'accord de paix en Centrafrique ? Quelle stratégie en République démocratique du Congo ? Le chef des opérations de maintien de la paix aux Nations unies, Jean-Pierre Lacroix, qui a assisté au 32è sommet de l'Union africaine à Addis Abeba, est l'invité de RFI.
     

    RFI : Au nord du Mali, mais aussi à la frontière entre le Mali et le Burkina Faso, la guerre repart de plus belle. Je pense à l’attaque d’Aguelhok notamment, qui a coûté la vie à dix soldats tchadiens. Les terroristes seraient-ils en train de gagner dans la région ?

    Jean-Pierre Lacroix : En ce qui concerne l’attaque d’Aguelhok, les terroristes ont perdu. C’était une attaque très complexe et sophistiquée, qui visait vraiment à s’emparer non seulement d’une base de l’ONU, mais de la localité dans sa totalité, et les assaillants ont été repoussés. Donc cela montre que la force des Nations unies a une posture plus robuste et qu’elle est en mesure de repousser ce genre d’attaque. Malheureusement, avec des pertes. Et ce que cela montre aussi, c’est que la menace terroriste dans le nord du Mali reste forte, c’est vrai.

    Cette remontée de l’insécurité du terrorisme ce n’est pas un échec de la Minusma ?

    Non, la Minusma est essentiellement déployée au nord du Mali. Et au nord du Mali, le défi terroriste n’a pas disparu, mais je crois que nous sommes en mesure de le contenir. Et ce qui est vrai, c’est que les attaques se multiplient dans le centre du Mali et il y a également le cas du Burkina Faso. Donc c’est une situation qui est clairement préoccupante. En ce qui concerne le centre du Mali et en ce qui concerne le Burkina Faso, il y a un risque que cette menace terroriste se répande dans cette zone. Bien sûr, il faut une mobilisation et encore une fois c’est la raison pour laquelle nous soutenons à fond les initiatives régionales, notamment le G5. C’est lent, je ne crois pas qu’il soit juste de dire que rien n’est fait. Mais c’est vrai que c’est lent, alors que la menace, elle, continue d’évoluer, malheureusement, de manière très préoccupante. Donc il faut renforcer cet effort, c’est clair.

    Sur la Centrafrique, l’Union africaine s’est largement félicitée de la signature de cet accord de cette paix, cette semaine. Mais il reste pas mal de questions, notamment sur le type de sanction qu’il pourrait y avoir en cas de violation de l’accord. Quel sera le rôle de la Minusca dans l’application de cet accord ?

    Aujourd’hui, ce qui est important, c’est de tout faire pour qu’il y ait une mise en œuvre de l’accord. Cela nécessite d’abord qu’il y ait un soutien politique fort et constant. Je crois que ce soutien a été exprimé ici, à Addis-Abeba.

    Mais si les rebelles, par exemple, devaient être récalcitrants pour l’application de la mise en œuvre de cet accord, qu’est-ce qui est prévu ?

    Aujourd’hui, il faut tabler sur les engagements qui ont été pris. Si nous commencions à parier sur le non-respect des engagements, nous nous mettrions dans une position de perdants. Ce qu’il faut relever, c’est que tout le monde a fait des efforts, le président Touadera, mais les groupes armés aussi.

    Cet accord, contrairement au précédent, renforce le rôle de la Minusca qui pourra détenir ceux qui le violeraient. Cet accord mentionne également d’éventuelles sanctions de la part de l’ONU ou de l’Union africaine. De quoi s’agit-il exactement ?

    En ce qui concerne les sanctions, l’accord ne mentionne pas en tant que telles des sanctions de manière spécifique contre ceux qui violeraient l’accord. En revanche, si jamais certains protagonistes ou certaines parties avaient une attitude consistant à ne pas respecter l’accord, il faudra en tirer les conséquences. Je crois qu’il est trop tôt pour dire exactement de quelle manière. Aujourd’hui, encore une fois, ce qui compte c’est de faire tout notre possible. Tout le monde doit se mobiliser.

    Cela figure quand même dans l’accord, cette histoire de détention.

    Il y a une particularité, s’agissant de la Minusca, qui est que l’Etat centrafricain n’est pas présent encore sur tout le territoire. Il y a des zones où la seule force, c’est la Minusca. Donc effectivement, dans certains cas il peut détenir des personnes avant de les remettre aux autorités centrafricaines.

    Pourquoi la Monusco, contrairement à tous les autres acteurs ou autres partenaires de la République démocratique du Congo, n’a livré aucun positionnement sur le processus électoral et sur la crédibilité de ces résultats ?

    La Monusco n’avait pas et n’a pas de mandat pour se prononcer sur le déroulement et le résultat des élections. Ce sont des élections qui ont été un processus congolais, même si nous avons joué un rôle au départ pour ce qui concerne l’enregistrement des électeurs. Aujourd’hui, le président Tshisekedi est reçu parmi ses pairs au sommet de l’Union africaine. Maintenant, il s’agit de regarder vers l’avenir et de voir, à notre place, celle des Nations unies, avec le mandat que nous avons, ce que nous pouvons faire pour aider les Congolais.

    Mais les bons offices font partie de votre mandat.

    Les bons offices, c’est une chose et nous avons toujours été en contact avec tous les protagonistes congolais. En même temps, il y a eu les élections. Vous avez aujourd’hui un président qui a été élu, qui est aujourd’hui reçu à Addis-Abeba au sommet de l’Union africaine.

    Comment expliquer l’absence de soutien de l’ONU à l’initiative de Paul Kagamé, mi-janvier, qui demandait un recomptage des voix en République démocratique du Congo ?

    Nous sommes dans le cadre de notre mandat. Il ne nous appartenait pas de nous prononcer d’une manière ou d’une autre sur la manière dont ce processus congolais a été conduit. Cela a été une affaire congolaise. Nous, notre rôle est de regarder vers l’avenir, avec les autorités congolaises et ce que nous pouvons faire pour aider les Congolais à ce que leur pays retrouve la stabilité et se tourne vers son développement.

    Martin Fayulu, candidat malheureux, continue à demander un recomptage des voix. Il a envoyé une lettre aux chefs d’Etat de l’Union africaine.

    Il y a une vie politique congolaise qui reste active et intense d’ailleurs, je crois que ça caractérise ce pays. Et je crois que chacun considère que l’inclusivité sera importante dans les orientations des nouvelles autorités congolaises. Il nous semble que c’est bien dans cet esprit que se situe le président Tshisekedi et donc nous allons voir de quelle manière nous pouvons appuyer ces orientations.


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