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    Berlinale: Suhaib Gasmelbari ranime la flamme du cinéma au Soudan

    « Talking About Trees », du réalisateur soudanais Suhaib Gasmelbari, sélectionné à la 69e Berlinale. © Agat Films & Cie

    Un film de Suhaib Gasmelbari, réalisateur soudanais né en 1979, a été sélectionné à la Berlinale, au Festival international du film de Berlin, qui se tient jusqu’à dimanche. « Talking About Trees » parle de quatre amis unis dans un club du film soudanais. Ils ont décidé de rénover une vieille salle de cinéma à Khartoum. Ces retraités veulent transmettre leur passion du 7e art à une population qui n’a pas pu voir de films en salles, et n’a pas accès au cinéma indépendant. Ce documentaire projeté dans la section Panorama montre leur quête d’une salle et leur passion, intacte malgré les années d’exil et les tracasseries incessantes au Soudan.

    RFI : « Talking about trees » raconte l’histoire d’une bande d’amis, quatre réalisateurs soudanais cherchant désespérément à ranimer la flamme du cinéma au Soudan. Comment avez-vous fait leur connaissance ?

    Suhaib Gasmelbari : J’ai d’abord fait la connaissance de leur film. Surtout, les films d’Ibrahim Shadad [Hunting Party (1964), The Rope (1984), ndlr] m’ont complètement bouleversé. Et après, la première fois où je suis rentré au Soudan, après neuf ans d’exil, c’est Suleiman Mohamed Ibrahim qui m’a présenté le groupe. La première chose qu’ils ont faite, c’est de m’inviter à une projection qu’ils organisaient dans un village à côté de Khartoum.

    Ils font des projections itinérantes, ambulantes ?

    Voilà. Ils font des projections itinérantes et se débrouillent toujours à échapper un peu à la censure ou à demander des autorisations. Donc ils s’organisent avec les villageois et font des projections.

    Ils montrent des films de Charlie Chaplin, des vieux films ?

    Ils montrent de tout, en fait. Ils montrent aussi des films éducatifs de temps en temps, avec toujours un film intéressant pour ne pas ennuyer les gens. La première fois où je suis allé avec eux, c’est là où l’idée de faire le film est née. Nous sommes arrivés très tard, parce que la voiture est tombée en panne. Ils installent leur écran en tissu et, subitement, pendant le film, il y a eu une tempête de sable. En fait, personne n’a bougé. Ils se sont attachés derrière l’écran et le spectacle a continué comme ça, avec le sable devant les yeux… Le vent gonflait le petit écran de tissu et pour moi c’était déjà une image typique de la réalité.

    Qui sont-ils ces quatre cinéastes ?

    Il y a Ibrahim Shadad, Suleiman Mohamed Ibrahim, Manar Al Hilo et Altayeb Mahdi. Ces quatre-là sont les premiers à avoir fait des études de cinéma.

    Tous à l’étranger ? Il y en a un qui était au VGIK de Moscou.

    Oui, exactement. C’était dans les années 1960-70 et 80, à Moscou (Suleiman), en Allemagne de l’Est (Ibrahim) et en Égypte (Manar et Altayeb). C’est vraiment la génération qui portait l’espoir d’un vrai cinéma d’auteurs très idéalistes et ils sont toujours très idéalistes, malgré tout. Ils ont fait des films depuis les années 1960, parce qu’ils n’ont pas le même âge. Ibrahim Shadad, qu’on voit le plus actif, a 83 ans.

    « Talking About Trees », du réalisateur soudanais Suhaib Gasmelbari, sélectionné à la 69e Berlinale. © Agat Films & Cie

    Ils étaient toujours un peu le cinéma off, parce qu’ils étaient toujours révoltés. Mais cela s’est empiré avec le coup d’État en 1989, avec l’arrivée du régime d’Omar el-Béchir avec le Front national islamique. Tout a été interrompu. Ils ont été virés de leur travail. Dans le ministère de la Culture ils avaient créé une section de cinéma. Ils l’avaient créée eux-mêmes et ils arrivaient à faire des films avec très peu de moyens, mais de vraies œuvres d’art. Je considère que leurs films sont peut-être les seules œuvres artistiques du cinéma [au Soudan]. L’ensemble de leurs œuvres, si on les met toutes ensemble, cela fait peut-être trois heures.

    Donc, après le coup d’État, ils sont partis quelque temps après, dans les années 1990. Ils ont vécu en exil. Et qu’est-ce qui a fait qu’ils soient revenus d’exil - notamment Ibrahim Shadad - et qu’ils aient monté cette sorte d’association de défense du cinéma soudanais ?

    Pourquoi sont-ils revenus ? Je me pose aussi la question. On n’a pas de réponse, en fait. C’est le virus de l’espoir. On ne sait pas, mais on est revenu parce qu’il y avait un moment d’espoir après les accords de paix avec le Sud-Soudan. Ils sont revenus après, en 2005.

    Vous montrez leur quête d’un grand cinéma. Parce que les grands cinémas à Khartoum sont complètement à l’abandon. Ils se mettent en quête d’un endroit qu’ils commencent à rénover, en prévision de pouvoir faire une projection publique totalement gratuite. Leur idée, pour ces jeunes qui n’ont jamais connu de séance publique de cinéma, est-ce de leur donner un peu le virus du cinéma ?

    Exactement. Et bien sûr, ils ont adopté ce projet de rénover, de rouvrir le cinéma… C’était vraiment pour contaminer les autres qui n’ont jamais pu aller au cinéma. C’est énorme pour leur petit groupe.

    Parce qu’il y a la censure, évidemment. Tout le monde leur met des bâtons dans les roues dans ce pays qui n’est pas une démocratie. Omar el-Béchir a été élu en 2015, avec 94,5 % des voix.

    Voilà. Tout au long de ce travail – et dans le cinéma et pour faire le film –, chaque jour on pensait qu’on allait être arrêtés. Je devais toujours cacher que je faisais un film. En fin de compte, c’est un film sur l’amour du cinéma aussi. Malgré tout, malgré la censure et malgré la police, on a pu obtenir quelque chose de cinématographique, qui a un côté contemplatif et ressemble aussi à un rythme intérieur, à de la poésie individuelle. J’ai préféré plutôt montrer cela.

    Image tirée du film «Talking about trees», de Suhaib Gasmelbari. Agat Films & Cie

    ► Lire aussi l'histoire d'une salle de cinéma abandonnée en Afghanistan : «Kabullywood», un cerf-volant cinématographique venu d’Afghanistan, rfi, 5/2/2019

    69e Berlinale, Festival international du film de Berlin, du 7 au 17 février.


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