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    Autant de bombes à retardement…

    Jean-Baptiste Placca. Claudia Mimifir

    C’est un dangereux pari sur l'avenir que de miser sur le fait que l’Afrique peut tout supporter, et qu’à toutes les offenses, les peuples réagiront toujours avec une stoïque résilience...

    Du dernier sommet de l’Union africaine, Emmerson Mnangagwa est rentré « conforté », dit-on, tandis que Félix Tshisekedi, lui, se serait senti « légitimé par ses pairs ». Tel autre chef d’Etat en difficulté serait revenu d’Addis-Abeba « ragaillardi » par l’onction de ses homologues. Ne devrait-on pas, finalement, se réjouir de ce que cette organisation apaise les tensions et pacifie plutôt facilement des situations a priori conflictuelles ?

    Si seulement c’était cela, la réalité ! Quelle douce illusion que de penser que l’indifférence bienveillante de ses pairs peut être une onction suffisante pour faire oublier, au Zimbabwe, les violentes répressions qui ont marqué les grèves du mois dernier ! Et comment espérer que cette victoire du candidat Tshisekedi, tombée du ciel en RDC et aussitôt rejetée par l’UA elle-même, pourrait ne pas rester en travers de la gorge de ces millions de Congolais qui croyaient réellement au changement, en choisissant ce Fayulu qu’ils connaissaient si peu, mais qui, à leurs yeux, présentait l’avantage d’être combattu et par le pouvoir et par l’alliance Tshisekedi-Khamere ? Voir les sommets de l’UA servir à absoudre des chefs d’Etat en mal de légitimité pour des fautes commises contre leurs propres peuples nous ramène à l’époque, morose, où l’OUA faisait office de syndicat des chefs d’Etat. C’était au temps du parti unique où, quand on votait, tous votaient dans le même sens. Les choses étaient alors d’une limpidité sans équivoque. Il n’y avait pas d’élection frauduleuse à légitimer, et l’Afrique n’avait pas à se mentir à elle-même, au-delà de ces tristes évidences.

    Quelle différence avec aujourd’hui ?

    C’est d’abord ce mensonge qui consiste à faire croire aux populations qu’elles ont le choix, alors que leurs choix sont systématiquement violés, avec ce que cela peut générer de frustrations et de sentiments d’injustice. Et les injustices, ici, sont autant de bombes à retardement. Pour le reste, l’Union africaine n’a aucune légitimité pour légitimer des dirigeants, en lieu et place de leurs peuples. Si elle doit se mêler de ces questions, autant que ce soit pour se tenir du côté de la vérité, sans fléchir.

    Cheikh Anta Diop, lors d’une conférence en 1984 à Niamey, soutenait que l’Afrique, sur les questions controversées, dans quelque domaine que ce soit, devrait, par son investigation intellectuelle, trouver sa propre vérité et s’y tenir, y compris par des mesures conservatoires, jusqu’à ce que tout le monde joue le même jeu, jusqu’à ce que l’on sache que la supercherie est finie, et que l’on n’a plus affaire à de nouveaux-nés.

    L’Union africaine a failli, en ne se tenant pas à sa courageuse vérité première.

    Félix Tshisekedi continuera donc d’être reçu comme un chef d’Etat normal, à travers le continent, et même au-delà.

    Et Martin Fayulu, lui, continuera à crier dans le désert, jusqu’à extinction de sa voix. Il n’est pas le premier opposant à avoir le sentiment de s’être ainsi fait voler sa victoire. Avec une Union africaine tergiversant autant, l’on peut craindre qu’il ne soit, hélas, pas le dernier !

    Antonio Guterres, le secrétaire général de l’ONU salue néanmoins « un vent d’espoir », qui soufflerait sur le continent…  

    Les victoires douteuses ou frauduleuses ne sont porteuses d’aucun espoir. C’est une vaine certitude que de croire que l’Afrique peut tout supporter, que l’on peut tout faire avaler au peuple, et qu’à toutes les offenses, il réagira toujours avec une stoïque résilience. Avec tous les mensonges que l’Afrique s’administre elle-même, elle n’a pas besoin que d’autres viennent, en plus, la conforter dans le recul, la flatter dans ses lacunes.

    C’est un dangereux pari pris sur l’avenir que de miser sur une passivité ad vitam aeternam des peuples africains. Un jour ou l’autre arrive l’injustice de trop, et ce peut être meurtrier.

    A la tribune de ce 32e sommet de l’Union africaine, le président de la Fifa a annoncé que le continent va pouvoir passer des éternelles promesses aux réalités concrètes. N’est-ce pas là un vrai message d’espoir ?

    Oui. Mais, pour passer aux succès concrets, les peuples ont besoin de leadership, et il n’en est point, sans des leaders dignes de confiance. Chaque peuple, pour se transcender, a besoin de dirigeants qui inspirent le respect, dont la parole porte, motive et mobilise.

    Cette semaine sur RFI, un écrivain israélien, parlant de David Ben Gourion, déclarait qu’il était « le de Gaulle israélien ». L’Afrique a une ardente soif de leadership visionnaire ! Observez finement les Etats africains. Ceux qui s’en sortent le mieux sont, comme par hasard, aussi ceux qui ont su générer leur « de Gaulle », leur « Ben Gourion », et même un, par génération.

    Les « Ben Gourion » et les « de Gaulle » savent devoir des comptes à leurs peuples, et non à une assurance contractée auprès d’officines étrangères, qui s’avèrent, au final, de véritables assurances contre l’incompétence et la trahison.

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