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    Nacer Djabi: «Bouteflika a éliminé tous les noms qui peuvent lui faire de l'ombre»

    Abdelaziz Bouteflika, le 5 juillet 2016, visite un cimetière en chaise roulante pour le 57ème anniversaire de l'indépendance de l'Algérie. AFP/Canal

    En Algérie, le président Abdelaziz Bouteflika, au pouvoir depuis 20 ans, est candidat pour un cinquième mandat. Depuis l'annonce officielle de sa candidature, des partis politiques, des syndicats et le patronat ainsi que des associations ont publiquement déclaré leur soutien au président. Comment expliquer qu'il n'y ait aucun autre candidat issu des cercles du pouvoir ? Pourquoi l'opposition parait-elle si affaiblie ? Nacer Djabi, sociologue, répond aux questions de Leïla Beratto.

    RFI: Le président Abdel Aziz Bouteflika a annoncé sa candidature pour un cinquième mandat. La presse assure qu’il n’y aura aucun suspense. L’élection est-elle acquise au président ?

    Nacer Djabi: Oui, je crois. Nous n’avons jamais vu un président en place perdre ces élections. C’est réglé d’avance. Je crois que l’expérience l’a prouvé. Le système politique algérien ne se transformera pas, ne changera pas à travers les élections.

    Les élections, c’est fait pour le monde extérieur, pour donner une certaine légitimité au président aux yeux de l’étranger et dire : « on a un président élu ».

    Un président, même mal élu, peu devenir ensuite légitime. Pourquoi ? Parce que le président a tout entre les mains. C’est un système rentier où toutes les rentrées de devises et l’argent du pays sont entre ses mains. Il peut faire ce qu’il veut. C’est un système très centralisé où le président a beaucoup de pouvoir entre les mains, même constitutionnellement. Le président peut, par conséquent, devenir très fort et les gens ont peur. Toute la classe politique a peur. Il ne faut pas oublier que nous sommes dans un système rentier et les gens ont donc besoin de s’approcher de ce pouvoir pour avoir des postes, de l’argent, des privilèges, des statuts, des situations, etc…. C’est très rare, les gens qui osent dire « non » au président.

    Comment se fait-il qu’au sein même du pouvoir, aucun autre candidat que Abdelaziz Bouteflika n’ait émergé au cours du quatrième mandat ?

    Bouteflika, depuis qu’il est là, a fait un peu le désert autour de lui. Bouteflika ne veut plus, ne veut pas de personnes qui peuvent se donner des idées d’être concurrents. Bouteflika a éliminé tous les noms qui peuvent lui faire de l’ombre.

    Le système politique algérien ne produit pas d’élites. Nous n’avons pas vu de gens émerger comme ça, qui peuvent concurrencer, créer le débat, qui peuvent concurrencer Bouteflika ou encore qui peuvent donner l’illusion d’avoir des alternatives.

    Les élections ne sont pas faites pour changer le système politique, ni pour changer le personnel au niveau de l’Etat ni au niveau du sommet de l’Etat, comme le président. Les élections ont d’autres fonctions.

    L’opposition, non plus, n’a pas fait émerger de candidats forts pendant ce quatrième mandat alors que la coalition de Mazafran s’était formée, justement, en réaction à un nouveau mandat du président alors qu’il était déjà affaibli en 2014. Comment expliquer cela ?

    Le système politique algérien, c’est le tout. C’est la partie officielle et la partie plutôt non officielle que sont les partis politiques.

    Le parti politique algérien est fermé. Il continue à proposer, par exemple, pour les législatives, des élus qui ont un niveau primaire ou même parfois analphabète dans un pays où il y a un chômage de médecins, d’ingénieurs et de professeurs d’université. Le parti politique est donc fermé sur les transformations de la société et s’il continue comme ça, il ne proposera pas de grands noms et ne sera pas lui-même un facteur de changement.

    Le parti politique est pratiquement boycotté par la majorité des Algériens. Nous avons un taux de 2 % seulement d’adhésion dans les partis politiques. Ni le parti politique, ni les élections ne sont un moyen de transformer. Il faut auparavant ouvrir les partis politiques sur la société, les jeunes, les femmes et les cadres. Il faut réhabiliter les élections, leur donner plus de sens et de légitimité aux élections pour que cela continue, pour que le travail se fasse comme il se fait ailleurs, dans un système normal.

    Au sein de la société, il y a eu une opposition au quatrième mandat. Il y a une opposition au cinquième mandat. Pourtant, il semble que cette opposition n’arrive pas à s’exprimer, autrement que de façon individuelle. Comment expliquez-vous qu’il n’y ait pas d’initiative de la société civile, peut-être, qui ait pu se mettre en place et qui puisse faire entendre sa voix aujourd’hui ?

    Les gens ne sont pas contents mais je ne crois pas qu’il y aura grand-chose. Il y aura sûrement des mécontents qui sortiront dans les rues ou qui s’exprimeront sur les réseaux sociaux. Je suis peut-être pessimiste mais nous n’aurons pas un grand mouvement de protestation contre un cinquième mandat vu que le système arrive toujours à verrouiller la rue. Il ne permet pas de manifestations et donc les jeux sont faits, en quelque sorte.


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