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    Mathurin Dimbelet-Nakoé: «La RCA a besoin de la paix»

    Cérémonie célébrant l'accord de paix en RCA à Bangui, le 6 février 2019. AFP/Florent Vergnes

    L’accord de paix du 6 février sera-t-il le bon ? Pour l’instant, il tient. Et les Centrafricains veulent y croire ! Cet accord a été signé après dix jours d’intenses négociations à Khartoum sous l’égide de l’Union africaine. Le député de la majorité parlementaire Mathurin Dimbelet-Nakoé était sur place, au cœur de ces négociations, en tant que deuxième vice-président de l’Assemblée nationale de Centrafrique. Aujourd’hui, de retour à Bangui, il explique à Christophe Boisbouvier pourquoi cet accord a plus de chances de succès que les sept accords qui l’ont précédé.

    Mathurin Dimbelet-Nakoé. RFI

    RFI : Pourquoi vous croyez à cet accord ?

    Mathurin Dimbelet-Nakoé : Je crois à cet accord à cause de l’engouement des uns et des autres, et surtout à la volonté des deux parties, je veux dire des groupes armés et du gouvernement. J’y crois également à cause de l’engagement personnel et solennel du président, du chef de l’Etat à Khartoum et à Bangui. J’y crois également à cause de la présence des représentants des chefs d’Etat de la sous-région à Khartoum et à Bangui. Voyez-vous, [pour] les précédents accords, on n’a pas vu un tel engouement. Et aussi cet accord a prévu des sanctions contrairement aux accords précédents.

    Alors vous qui avez croisez à Khartoum les chefs Seleka, Nourredine Adam et Ali Darras, est-ce qu’ils étaient là pour la galerie et où est-ce qu’ils étaient sincèrement impliqués dans cet accord de paix ?

    Moi, je sais, je crois vraiment qu’ils étaient là sincèrement pour la paix car ils ont pris part activement à travers des prises de paroles et à travers les arguments qu’ils avançaient. Ils ont posé plusieurs préalables et, à ces préalables, la partie gouvernementale a apporté des solutions, à mon avis, convaincantes, des solutions qui les ont convaincues. Ils ont signé et paraphé ces accords, ils ont signé et je ne crois pas que ce soit pour amuser la galerie. Je ne crois pas.

    Mais Nourredine Adam n’était-il pas le numéro deux du régime de Michel Djotodia, l'ex-président de la transition, qui a ensanglanté Bangui toute l’année 2013 ?

    L’histoire d’un pays est ainsi constituée. Si aujourd’hui, Nourredine Adam pense que tout ceci peut faire partie du passé et qu’on peut refaire une nouvelle vie, on peut refaire une nouvelle Centrafrique. Je pense qu’il faut croire en lui et donner cette chance-là. Moi, je crois en leur sincérité. Le seul problème qui se pose, c’est le problème de la mise en application. S’ils affichent la même volonté à Khartoum qu’à Bangui dans la mise en application de cet accord-là, je crois qu’on va asseoir définitivement la paix en République centrafricaine.

    A Khartoum, vous avez parlé personnellement avec Ali Darras et Nourredine Adam ?

    Pas personnellement, mais nous les avons croisés en groupe. Nous étions un groupe de députés. Nous les avons croisés et moi, j’ai dit à Nourrédine Adam que la République centrafricaine a besoin de la paix, qu’ils doivent nous aider à asseoir la paix. Ils nous ont dit que cela ne dépendait pas que d’eux, qu’il fallait que toutes les parties s’impliquent, notamment les députés parce que, dans les jours à venir, l’Assemblée nationale aura un grand travail à travers les projets de loi relatifs à cet accord-là qui vont arriver à l’Assemblée nationale.

    Les chefs de la Seleka sont venus à Khartoum pour avoir notamment l’amnistie. Est-ce qu’ils ne vont pas finir par l’obtenir  grâce à la commission vérité-réconciliation ?

    Vous savez comme moi que la loi relative à l’amnistie est une loi nationale, et que, par exemple, la loi sur les traités portant création de la CPI est une loi supra nationale, que même s’ils sont impliqués au niveau national, ils ne le seront pas au niveau international, et que les crimes y sont imprescriptibles. Cela, ils en sont conscients. Nous leur avons dit cela. Mais il fallait quand même que le peuple sente que ces gens-là ont reconnu leurs torts, que le peuple soit prêt à leur pardonner parce que, sans le pardon, je ne vois pas comment on peut asseoir une réconciliation véritable. La commission vérité-justice et réconciliation, et réparation, c’est surtout pour aboutir à une réconciliation stable et durable.

    Les chefs de groupes armés réclament le poste de Premier ministre dans le futur gouvernement. Qu’en pensez-vous ? Y êtes-vous favorable également ?

    La Constitution a réglé le problème. La Constitution donne aux chefs d’Etat le pouvoir discrétionnaire de nommer le Premier ministre, il faut laisser le chef d’Etat nommer le Premier ministre. Je sais qu’à Khartoum, nous sommes tombés d’accord pour que le gouvernement soit plutôt un gouvernement inclusif. Cela ne veut pas dire que le Premier ministre va être nommé dans les rangs des groupes armés.

    Depuis 2013, c’est le huitième accord de paix signé pour la Centrafrique. Vous, qui avez été un proche de l’ancien président François Bozizé et qui êtes toujours un député de son parti KNK [en langue sango « Kwa Na Kwa », « le travail rien que le travail »], qu’est-ce qui vous fait croire que cet accord est meilleur que les précédents ?

    Vous savez que la plupart des accords n’ont pas marché parce que certains Etats de la sous-région… Nous savons que les comptes bancaires, la base arrière de certains groupes armés, c’était dans ces Etats-là. Donc ils n’étaient pas prêts à aider le président Bozizé à sortir de la situation. Le président Déby avait des comptes à régler avec [le président] Bozizé. Et nous savons que la Seleka seule ne peut pas prendre Bangui sans l’aide, sans l’implication directe du Tchad. Alors que cette fois-ci, nous avons senti à Khartoum que tous les chefs d’Etat de la sous-région, tout le monde est décidé, tout le monde est déterminé à aider le président Touadéra à asseoir la paix dans le pays.

    Voulez-vous dire que votre voisin tchadien a joué un rôle dans la chute de François Bozizé en 2013 alors qu’aujourd’hui, il soutient l’accord de Bangui de 2019 ?

    Cela n’est un secret pour personne. Tout le monde sait que le président du Tchad a soutenu la coalition Seleka pour marcher sur Bangui. C’est une vérité. Aujourd’hui, dieu merci, le président du Tchad est en train d’aider la République centrafricaine à sortir de la situation où elle a été plongée.

    Il y a le Tchad, mais il y a aussi le Soudan. Et derrière les Soudanais, beaucoup voient l’action des Russes. Avez-vous vu les diplomates ou les militaires russes dans la coulisse à Khartoum ?

    Non, non. Mais je sais qu’il y avait tous les diplomates accrédités auprès de la République du Soudan qui étaient là. Il y avait l’ambassadrice de France, l’ambassadeur d’Italie. C’est ce que j’ai remarqué particulièrement… Je pense que la République centrafricaine aujourd’hui a besoin de l’appui de tout le monde, des Russes, des Français, des Américains. Tout le monde a sa place pour sauver la RCA de la situation où elle se trouve. Et d’ailleurs, si, en 2013, le gouvernement français [de François Hollande] avait aidé le président Bozizé à stopper l’avancée des Seleka, je ne crois pas que la communauté internationale serait aujourd’hui en train de dépenser des milliards et des milliards d’euros, de dollars ou de francs, pour aider le président Touadéra à faire la paix dans notre pays. Tout le monde a sa place ici.


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