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    La Corée du Nord communiste futur tigre asiatique?

    Le président nord-coréen, Kim Jong-un, en tête-à-tête avec Donald Trump lors de la deuxième réunion nord-coréenne américaine au sommet de Hanoï, Vietnam, le 28 février 2019. REUTERS/Leah Millis

    Il n'y a pas eu d'accord au sommet Kim-Trump qui s'est tenu les 27 et 28 février 2019 à Hanoï. Le président américain avait fait miroiter à la Corée du Nord un destin de grande puissance économique, à condition qu'elle renonce à l'arme nucléaire. « A priori » ces arguments n'ont pas eu d'effets immédiats sur Kim Jong-un. Cette perspective est-elle vraiment dans l'intérêt du leader nord-coréen ?

    Kim Jong-un a un agenda économique en tête quand il négocie avec Donald Trump : il espère obtenir en retour un assouplissement des sanctions occidentales. Elles forment un carcan qui entrave le développement de son pays. Ces mesures ont, dans un premier temps, appauvri les Nord-Coréens. Ensuite, elles ont eu aussi des effets bénéfiques, parce qu'elles ont incité le régime à ouvrir l’économie au secteur privé, à soutenir la production locale. Les plus récentes, adoptées en 2016, privent surtout la Corée du Nord de capitaux étrangers. Le régime ne peut compter que sur ses réserves de change pour financer l’effort militaire et les grands travaux d’infrastructures. Et ces réserves ne sont pas inépuisables !

    Kim Jong-un a-t-il besoin aujourd'hui de renflouer les coffres de son pays ?

    C'est ce qu'on suppose, mais il est difficile d'estimer l'urgence de la situation. Un expert sud-coréen a annoncé cet automne que ces réserves étaient épuisées et pourtant la Corée du Nord continue d'importer de Chine. Ce n'est pas encore un pays aux abois, prêt à céder son atout nucléaire contre des chimères : le prix du riz est stable, et celui de l'essence qui s'est envolé sous la pression de la dernière vague de sanctions a même baissé.

    La Corée du Nord a-t-elle vraiment le profil d'un futur tigre asiatique ?

    La structure de son économie est loin de ressembler à celle d’un pays émergent. L’agriculture emploie encore 7 actifs sur 10. Seulement 15% des Nord-Coréens ont un abonnement internet. Et le revenu par habitant, 1 300 dollars, est vingt fois plus faible que dans l’autre Corée. Mais elle a des atouts pour sortir de son isolement et devenir une nation prospère. Ses ressources minières font toujours saliver les investisseurs, il y aurait notamment des réserves très conséquentes de terres rares, ces petits métaux devenus indispensables aux nouvelles technologies. La Corée du Nord dispose aussi d’une main-d’œuvre éduquée et bon marché. La Corée du Nord pourrait tout à fait connaître la trajectoire fulgurante de son voisin, à condition qu'elle se convertisse à grande échelle aux règles de l'économie de marché. Ce processus est entamé. Kim Jong-un a déjà introduit une certaine dose de laisser-faire.

    Jusqu'où est-il prêt à aller ?

    Depuis qu'il a fait du développement l'une de ses priorités, un tournant pris en 2013, l'économie planifiée s'est progressivement effacée au profit du privé. Les Nord-Coréens peuvent maintenant créer leur entreprise. Industriels et agriculteurs ont le droit de vendre librement leur surplus une fois qu'ils ont rempli les quotas fixés par l'Etat. 70 % de l'activité relève du secteur privé estime un expert sud-coréen. Le corollaire c'est l'essor de l'informel, il a explosé avec cette économie de contrebande mise en place pour contourner les sanctions. Ces transformations expliquent la résilience du pays au régime des sanctions. Kim Jong-un voudrait maintenant ouvrir davantage son pays dans le cadre très circonscrit des zones économiques spéciales. Aller au-delà exigerait d'accorder plus de liberté de mouvement aux capitaux. Et aux hommes ! Un exercice à haut risque pour un dictateur dont le pouvoir passe par un contrôle très strict de la population. Pas sûr que l'avenir génial que prédit Trump à la Corée du Nord ne corresponde à la vision et aux intérêts du leader suprême.


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