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    En ex-RDA, des victimes de violences sexuelles sortent du silence

    Une vue du mur de Berlin en 1986, la partie ouest couverte de graffitis et de peintures murales. Wikimedia/CC0

    C'était l'un des pires tabous de la RDA. Une commission indépendante sur les violences sexuelles faites aux enfants du temps du communisme a rendu mercredi un rapport très attendu. Trente ans après la chute du Mur, les victimes sortent peu à peu de l'ombre.

    Des victimes qui sortent de l’ombre, comme Renate Viehrig-Seger. A 60 ans, cette souriante rousse n’est parvenue à briser le silence qu’en 2001. Elle est l’une rescapée de l’enfer des foyers pour enfants et adolescents difficiles de l’ex-RDA. Comme bien d’autres, elle y a connu brimades, privations, mauvais traitements, et surtout violences sexuelles. Notamment à Torgau, ville de Saxe qui abritait un foyer de redressement par le travail, aujourd’hui transformée en lieu de mémoire. Le jour de ses 17 ans, Renate y est placée dans une cellule d’isolement, pour des broutilles. C’est là qu’elle sera pour la première fois violée par le directeur de l’établissement.

    Renate Viehrig-Seger est l’une des quelque 150 victimes qui ont raconté leur calvaire à la Commission sur les violences sexuelles contre les enfants sous la RDA. L’étude ne repose pas sur des statistiques. La plupart des archives ont disparu à la chute du Mur et il n’existe aucune donnée fiable sur l’ampleur du phénomène. Les auteurs du rapport   qui ont reçu plus de 4 000 témoignages   se basent sur les récits   anonymes   de victimes.

    Des violences aussi répandues en ex-RDA qu’à l’ouest du pays

    Selon les auteurs du texte, ces violences n’étaient pas plus répandues en ex-RDA qu’à l’ouest du pays. Mais le système répressif du régime a favorisé l’usage de la violence contre les enfants et les adolescents, et a empêché les victimes d’échapper à leurs bourreaux, un peu comme dans l’Eglise. Parler de violence sexuelle, notamment dans les foyers pour enfants et adolescents difficiles, aurait porté atteinte à l’image du pays.

    « Les victimes se trouvaient prises dans un véritable cercle vicieux, explique l’un des auteurs du rapport Christine Bergmann. Ces enfants présentaient des troubles du comportement, en raison de violences subies par exemple dans leurs familles. On les plaçait alors dans des foyers de redressement, où ils étaient de nouveau brutalisés. »Pour les agressions sexuelles qui se déroulaient dans les familles, le système avait tendance à intervenir lorsque les violences touchaient les milieux populaires, ce qu’on appelait alors le sous-prolétariat. Mais si le bourreau était policier, enseignant, secrétaire du parti ou fonctionnaire, alors il fallait d’abord protéger leur fonction. Ces personnes incarnaient la morale sexuelle de la RDA. Et s’ils se livraient à des agressions sexuelles, le premier réflexe était de le nier.

    Des indemnisations bien insuffisantes

    Trente ans après la chute du Mur, les perspectives de réparation sont minces pour les victimes des violences faites aux enfants du temps de la RDA. Seules huit personnes ayant subi des violences sexuelles dans les foyers pour enfants ou adolescents du régime communiste ont été indemnisées par un fonds spécial, ouvert pour une durée limitée entre 2012 et 2014. Des années après les traumatismes subis, les victimes vivent souvent des minimums sociaux, sont davantage frappées par chômage et divorces que le reste de la population.


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