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    Pourquoi l’Ethiopie et le Kenya font des envieux

    Le barrage de la Grande renaissance construit en Ethiopie dans la région de Benishangul Gumuz, sur le Nil Bleu. « L'Ethiopie et le Kenya investissent massivement dans les infrastructures pour soutenir leur croissance ». Photo prise en mars 2015. REUTERS/Tiksa Negeri

    Le président français Emmanuel Macron est en ce moment en visite chez les nouveaux lions africains, l'Ethiopie et le Kenya. Deux pays d'Afrique de l'Est qui connaissent tous les deux une croissance robuste et durable.

    Même si la route vers l'émergence sera encore longue et pentue, leur trajectoire a de quoi faire des envieux. Depuis dix ans, la croissance de l'Ethiopie oscille entre 8% à 10%. Le PIB pèse maintenant plus lourd que celui du Kenya, mais ce pays deux fois moins peuplé demeure le plus avancé, avec un PIB par habitant autour de 1 700 dollars, quasiment le double de celui de l'Ethiopie.

    Les deux voisins sont opposés dans les méthodes employées : l'Ethiopie est l'une des économies les plus fermées, les plus dirigistes du continent, avec un climat des affaires encore très négatif, selon le classement Doing business de la Banque mondiale, tandis que le voisin kényan a opté pour le libéralisme et une grande ouverture aux investisseurs étrangers. Mais faute de gisements magiques en hydrocarbures, ils ont tous les deux suivi la même recette, explique Ruben Nizard, l’économiste Afrique de Coface : en investissant massivement dans les infrastructures pour soutenir la croissance. Et pour cela, ils n'ont pas hésité à s'endetter. Notamment auprès de la Chine

    La Chine est devenue leur premier créancier

    Ni l'un ni l'autre ne dispose des minerais ou de l'or noir qui, traditionnellement, motivent Pékin. Ce sont pourtant les deux pays africains qui ont le plus bénéficié des crédits chinois, fait remarquer Ruben Nizard, après l'Angola très convoité pour son pactole pétrolier. La Chine est venue en Ethiopie et au Kenya pour construire les nouvelles routes de la soie. Elle a financé les chemins de fer entre Addis et Djibouti et entre Nairobi et Mombassa. Ce coup de pouce octroyé rapidement, sans contrepartie immédiate, a été a priori bénéfique à court terme mais vu l'opacité qui entoure les conditions des prêts chinois, le retour du bâton pourrait être douloureux. D'après la presse kényane, une clause secrète obligerait Nairobi à céder la gestion de son port à la Chine en cas de défaut. Une perspective inquiétante au moment où le service de la dette augmente dangereusement au Kenya, comme en Ethiopie.

    Ce sont des alliés ou des rivaux dans la région ?

    Ils ont été jusqu'à maintenant des voisins qui s'ignorent. Leurs échanges sont au point mort. Pour des raisons culturelles, à cause de la fermeture de l'Ethiopie, mais aussi faute de moyens de transport d'un pays à l'autre, selon Julien Garcier de Sagaci, une société dédiée à l’étude des marchés africains basée à Nairobi. La liaison aérienne entre les deux capitales, tristement célèbre depuis le crash meurtrier du Boeing, est quasiment la seule voie d'échange entre eux. C'est en train de changer, leurs dirigeants se sont récemment rencontrés pour relancer les échanges et les projets communs. Ces deux pays sont aujourd'hui de fait aussi des rivaux potentiels, qui ont tout intérêt à coopérer dans les secteurs où ils sont en concurrence comme c'est déjà le cas pour la filière des fleurs coupées destinées à l'exportation.

    Qu'espèrent obtenir les entreprises françaises chez ces nouveaux lions africains ?

    Ces deux pays cherchent aujourd'hui à développer l'industrie et les services pour diversifier leur économie. Et trouver une alternative aux matières premières agricoles, le café en Ethiopie et le thé au Kenya qui sont leurs principales sources de devises. Il y a donc beaucoup d'opportunités à saisir pour les entreprises françaises. En Ethiopie, Orange lorgne du côté d’Ethio Telecom, la compagnie nationale qui va ouvrir son capital. Au Kenya, Peugeot aimerait prendre pied dans la filière de l'assemblage automobile.

    ►En bref

    La compagnie canadienne Sunwing interdit à son tour le vol des Boeing 737 MAX

    Seules les compagnies et les autorités américaines font de la résistance. Pour combien de temps encore ? Les élus démocrates et républicains, des syndicats de l'aviation civile et des consommateurs font pression pour que ces avions soient momentanément retirés du trafic aérien. La secrétaire d'Etat au Transport, Elaine Chao, maintient sa confiance dans Boeing. Et pour le prouver, elle a effectué un vol entre Austin et Washington avec toute son équipe, à bord de l'appareil mis en cause.

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