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    Turquie: l'inquiétude d'Erdogan à l'approche des municipales

    Le président Erdogan (ici le 5 février 2019). Adem ALTAN / AFP

    En Turquie, à moins de deux semaines des élections municipales du 31 mars, la campagne s’accélère dans un climat très tendu. Inhabituellement tendu pour un scrutin local. Le président Recep Tayyip Erdogan, qui est aussi le chef du parti majoritaire l’AKP, s’implique corps et âme dans cette campagne. Il a choisi d’être omniprésent, mais aussi très agressif. Et tous les coups semblent permis.

    Le président turc, qui est au pouvoir depuis seize ans, ne s’est jamais autant impliqué dans un scrutin municipal, et jamais avec une telle violence verbale envers ses principaux adversaires politiques, envers ses opposants au sein de la société et même envers certains candidats.

    Recep Tayyip Erdogan allume polémique sur polémique, qu’il s’agisse de menacer d’envoyer en prison la dirigeante d’un jeune parti ultranationaliste qu’il avait toujours ignorée jusqu’ici, d’accuser injustement des féministes d’avoir sifflé l’appel à la prière pendant une manifestation, ou d’attaquer - sans preuves - le candidat de l’opposition dans la capitale Ankara, en le déclarant coupable de malversations.

    Recep Tayyip Erdogan semble faire feu de tout bois. Après l’attentat de vendredi en Nouvelle-Zélande, alors qu’il venait de diffuser sur écran géant un extrait vidéo de l’attaque filmée par le tueur, le président turc en meeting a même été jusqu’à accuser le chef du principal parti d’opposition d’être : « du côté des porcs » parce que ce dernier avait osé évoquer « le terrorisme issu du monde musulman ».

    La crainte de perdre de grandes villes

    Recep Tayyip Erdogan a peur de perdre plusieurs grandes villes, notamment la capitale Ankara, où le candidat de l’opposition a des chances de l’emporter. Le contexte nuit au président turc : l’économie est entrée en récession fin 2018, le chômage a fait un bond à 13,5%, un record depuis neuf ans, et l’inflation n’a jamais été aussi forte depuis qu’il est arrivé au pouvoir, puisqu’elle a dépassé 20% sur un an, notamment pour les fruits et légumes. Or, la bonne santé de l’économie a toujours été l’argument principal des campagnes électorales de Recep Tayyip Erdogan.

    Le président craint que les électeurs ne votent avec leur porte-monnaie. Il dramatise donc l’enjeu, en répétant à longueur de meetings qu’il en va de « la survie de la nation ». Il est persuadé d’être le seul à pouvoir convaincre les électeurs indécis, quitte à court-circuiter la campagne des candidats de son parti…

    Une stratégie décriée

    Chez les cadres du Parti de la justice et du développement, cela fait longtemps que plus une seule tête ne dépasse, Recep Tayyip Erdogan ayant tout fait pour s’assurer une obéissance totale au sein de sa formation.

    Là où la gêne se fait sentir, c’est plutôt dans la presse qui soutient le chef de l’Etat, parmi les chroniqueurs qui conservent, tant bien que mal, une certaine liberté de ton. Plusieurs d’entre eux ont trouvé pour le moins discutable les attaques visant le candidat de l’opposition à Ankara, contre lequel un procureur a publié la semaine dernière un acte d’accusation. Et beaucoup d’autres éditorialistes n’ont pas apprécié la polémique sur les féministes et l’appel à la prière, trouvant la ficelle un peu grosse…

    Certains soutiens du président n’hésitent pas à parler « d’erreurs », mais Recep Tayyip Erdogan garde le cap. Il vivrait la perte d’une ou de deux villes importantes comme une humiliation personnelle et comme une fragilité pour les années à venir, alors que certains de ses alliés d’hier - dont l’ancien Premier ministre Ahmet Davutoglu - envisagent actuellement de fonder un nouveau parti.


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