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    L’Europe enfin réveillée face à la Chine ?

    Le ministre chinois des Affaires étrangères, Wang Yi, est accueilli par le président de la Commission européenne, Jean-Claude Juncker, avant une réunion à Bruxelles, en Belgique, le 18 mars 2019. REUTERS / Yves Herman

    « Un concurrent économique, un rival systémique », les mots employés pour désigner la Chine dans le document de travail qui servira de base à la discussion de ce soir sont musclés. La Chine considérée comme un « partenaire de développement » est presque devenu un ennemi, susceptible de mettre en péril les intérêts européens. Dans ce texte publié il y a quelques jours par la Commission, l’Union européenne, pour la première fois, essaie de parler d’une seule voix à Pékin et d’une voix très ferme. Un changement de pied notable. Pendant longtemps les membres de l’Union européenne ont été plutôt en compétition les uns contre les autres face à Pékin.

    Pour obtenir les meilleures parts du fabuleux marché chinois.

    L’Europe est ainsi devenue le premier partenaire commercial de Pékin. La balance commerciale allemande en a été l’un des plus grands bénéficiaires ; le Royaume-Uni lui est devenu le premier pays européen pour les investissements chinois et cela s'est accéléré depuis le référendum sur le Brexit. Et toutes les grandes entreprises européennes se sont précipitées en Chine, avec des bonheurs inégaux car le marché chinois reste étroitement contrôlé, difficile à pénétrer pour les sociétés étrangères.

    En revanche la Chine apparait de plus en plus conquérante sur le sol européen.

    Elle rachète des fleurons comme l'Allemand Kuka, pousse ses champions nationaux comme l'équipementier Huawei, et « soigne particulièrement les relations avec les pays qui contestent le pouvoir de Bruxelles » selon Jean-François Dufour le directeur de DCA Chine-Analyse, convaincu que Pékin a une stratégie délibérée pour diviser les Européens.

    Pékin a apporté de l'argent frais aux pays en pleine crise de la dette contraints de privatiser: il y a eu le rachat du port grec du Pirée puis l'entrée au capital de l'électricien portugais. Les pays de l'Est en délicatesse avec Bruxelles font aussi l'objet des sollicitudes chinoises. Et en ce moment même Pékin va signer avec l'Italie, la troisième puissance de la zone euro, un protocole d'accord sur les « nouvelles routes de la soie », un sérieux camouflet pour les partenaires européens de Rome.

    Comment les Européens veulent-ils rééquilibrer leurs relations avec la Chine?

    Le document de travail propose une série de mesures concrètes. Par exemple la conclusion rapide d'un traité sur les investissements croisés alors les négociations traînent depuis des années. Les 28 veulent aussi instaurer un accès réciproque aux marchés publics. Le recours à Huawei pour l'équipement en 5G fera également l'objet indirect d'une recommandation sur la sécurité du futur réseau, alors que les Etats membres ont réagi jusqu'à maintenant en ordre dispersé.

    Comment la Chine a-t-elle réagi à ce changement de ton?

    Avec une certaine inquiétude. Car « face au durcissement des Etats-Unis, l'Europe reste la principale alternative pour réaliser des transfert de technologie » souligne Jean-François Dufour, de DCA Chine-Analyse. Ce n'est donc vraiment pas le moment de se fâcher avec les 28. Le ministre des Affaires étrangères Wang Yi est venu lundi à Bruxelles pour mettre de l'huile dans les rouages avant le sommet UE Chine qui aura lieu dans 15 jours. Mais cela ne signifie pas pour autant que Pékin va céder aux injonctions européennes. Cela supposerait une remise en cause de son système dirigiste, pas vraiment d'actualité pour le président Xi Jinping.


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