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    La triple malédiction du Mozambique

    Le cyclone Idai ne pouvait pas plus mal tomber au Mozambique: environ 400.000 hectares de récoltes ont été détruits par les inondations, indique le Programme alimentaire mondial (PAM). REUTERS/Siphiwe Sibeko

    Victime une nouvelle fois des dérèglements du climat avec le passage du cyclone Idai, le Mozambique est par ailleurs en proie à une crise de la dette engendrée par la corruption. Ses ressources gazières pourraient le sauver, à moins que la malédiction des matières premières ne le condamne à son tour.

    Dix jours après le désastre, les humanitaires présents parlent de la pire catastrophe qu’ils n’aient jamais vue. En quelques heures le vent a fait autant de dégâts que des années de guerre en Syrie ou au Yémen. Les dommages sont déjà estimés à un milliard de dollars. Des centaines de milliers de maisons, des routes, des ponts sont à reconstruire. 400 000 hectares de cultures céréalières, de maïs entre autres, ont été saccagées juste avant le moment de la récolte. Si les habitants parlent de malédiction, c’est parce que le cyclone dévastateur de l’an 2000 est encore dans les mémoires des plus anciens et la sécheresse de 2016 présente dans les esprits de tous.

    Le Mozambique est l’un des pays africains les plus exposés aux conséquences du changement climatique

    Le Mozambique se place en troisième position sur la liste des pays africains frappés par le réchauffement. A cause des cyclones et des épisodes de sécheresse qui alternent de plus en plus fréquemment en Afrique australe. « Idai est une nouvelle sonnette d’alarme », estime le secrétaire général des Nations Unies, Antonio Guterres. Au Mozambique, le forum des ONG militant pour l’annulation de la dette cachée établit un lien entre l’ampleur des dégâts commis par Idai et l’autre plaie du Mozambique, la corruption qui dévore les budgets alloués à la construction d’infrastructures durables, à même d’épargner des vies et de soutenir le développement. C’est la deuxième plaie qui bloque l’essor du pays.

    La corruption est au cœur du scandale de la dette cachée

    En 2016 le Mozambique avoue aux bailleurs internationaux avoir maquillé ses comptes, passant à la trappe des dettes de deux milliards de dollars contractées pour acheter des navires militaires. Dettes qu’il se révèle incapable de rembourser. Le pays se retrouve en défaut de paiement. Le FMI lui coupe les vivres. Depuis, la dette publique explose, elle devrait représenter cette année 130% du PIB d’après la Coface. Cette crise de la dette qui n’a toujours pas trouvé d’issue satisfaisante empoisonne aussi la vie politique à quelques mois des élections prévues à l’automne. La justice américaine a fini par s’en mêler, elle conclut que ces investissements secrets n’ont été qu’un écran de fumée pour distribuer 200 millions de dollars de pots-de-vin dont on a aujourd’hui perdu la trace.

    Les gisements de gaz découverts au large des côtes peuvent-ils alléger les malheurs du Mozambique ?

    L’exploitation de ces ressources pourrait générer des revenus de l’ordre de 150 milliards de dollars dans les trente prochaines années d’après les calculs de la Standard Bank, une évaluation présentée quelques jours après le passage de Idai dans un salon élégant de Maputo rapporte un journaliste du New York Times. Cela représente dix fois le produit intérieur brut de ce pays aujourd’hui classé parmi les dix plus pauvres de la planète. De quoi largement financer son développement et l’adaptation au changement climatique. Ces projections optimistes sont aux antipodes de la malédiction des matières premières qui frappent si souvent les pays riches en hydrocarbures. Un récit crédible si et seulement si le parti au pouvoir depuis l’indépendance, le Frelimo, est capable de rompre avec cette culture de la corruption qui a plongé le pays dans l’enfer de la dette. Ou qu’il ne cède le pouvoir aux prochaines élections.

     

    EN BREF

    L’Europe coordonne son plan pour sécuriser la 5G sans céder aux injonctions de Washington. Plutôt que d’interdire le recours au chinois Huawei comme le souhaite Donald Trump, la commission propose à ses membres d’évaluer les risques de leurs infrastructures d’ici fin juin. C’est sur la base de ces contrôles qu’une éventuelle exclusion sera décidée par chaque pays.

    En France, les salariés d’Ascoval, l’aciérie menacée de fermeture depuis plus d’un an, espèrent que la justice va lui accorder aujourd’hui une nouvelle chance. Un mois après le désistement du sauveur franco-belge Altifort, incapable de réunir les fonds nécessaires, trois nouveaux repreneurs se sont manifestés. Un Britannique et un Italien sont sur les rangs. Si le tribunal de Strasbourg estime que leurs projets sont sérieux, il devrait donner un nouveau sursis de quelques semaines à Ascoval.


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