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    Pourquoi la Libye aimante les puissances étrangères?

    Vue générale du terminal de pétrole et de gaz de Mellitah, dans la ville portuaire de Zouara, à l'ouest de la Libye, le 6 janvier 2015. AFP PHOTO / MAHMUD TURKIA

    Le Conseil de sécurité des Nations unies se réunit ce mercredi en urgence pour discuter de l'escalade militaire en cours en Libye, où le maréchal Haftar a lancé une offensive contre Tripoli. Le sort de ce pays pétrolier préoccupe de multiples puissances étrangères. Pour des raisons géopolitiques et aussi au nom de leurs intérêts économiques.

    Même si la Libye apparait aujourd'hui ravagée par sept ans de conflits internes depuis la chute de Mouammar Kadhafi, elle demeure un pays très riche. Riche de ses réserves en pétrole, les plus importantes du continent africain, mais aussi riche des fabuleux revenus présents et passés de l'or noir : 105 milliards de dollars gelés dans le fonds souverain, plus 70 milliards de dollars de réserves de change immédiatement disponible à la banque centrale de Tripoli. De quoi largement lancer le grand chantier de la reconstruction. C'est aujourd'hui le gouvernement d'union nationale basé à Tripoli qui a la main sur ces fonds. Le désir de contrôler ce trésor par la force peut en partie motiver l'offensive du maréchal Haftar. Il y a une guerre interne en Libye pour mettre la main sur ce pactole, analyse le chercheur Jalel Harchaoui de l’institut Clingenael de La Haye. Car explique-t-il, celui qui détiendra le pouvoir distribuera les contrats et empochera au passage les dessous de table. Avec le concours des investisseurs étrangers.

    L'Italie, l'ancien colonisateur, défend ouvertement ses intérêts économiques. Parce que son champion national des hydrocarbures, ENI, dont l'Etat est actionnaire, a besoin du pétrole et du gaz libyen. 80% des hydrocarbures libyens sont exportés en Europe et l'Italie en est de loin le premier destinataire. Le gouvernement d'union nationale de Fayez el-Sarraj a l'autorité sur la compagnie nationale pétrolière : même si des gisements sont passés sous le contrôle de Khalifa Haftar, la commercialisation et les contrats d'investissements demeurent l'apanage de Tripoli. C'est pourquoi Rome est l'allié naturel de cette administration. ENI a ainsi signé en mars deux nouveaux accords cadre avec la NOC.

    Dans son empressement à défendre ses intérêts nationaux, Matteo Salvini a par ailleurs bruyamment fustigé l'agenda caché de la France. La France est le pays qui a donné de la visibilité diplomatique au vieux militaire. Pour le bénéfice de la compagnie Total d'après le dirigeant populiste. Des attaques exagérées et injustifiées d'après plusieurs experts. Mais depuis quelques mois, note Jalel Harchaoui, Rome est devenu plus conciliant avec celui qui maitrise aujourd'hui les deux tiers du territoire libyen. Avec ses discrets parrains étrangers Khalifa Haftar apparait de plus en plus comme le plausible vainqueur des rivalités internes libyennes.

    Parmi ces parrains figure la Russie. Cela fait trois ans qu'elle imprime des dinars libyens pour le compte de la banque centrale bis de Libye, celle qui est basée dans l'est du pays sous la coupe de l'Armée de libération nationale de Khalifa Haftar. L'argent a servi entre autres à payer des mercenaires, à acheter des armes et au passage a aggravé la crise monétaire.

    La Russie s'intéresse aussi au pétrole libyen. Pas forcément pour l'exploiter, mais pour le vendre à l'Europe, disposer ainsi d'un levier économique de choix face à l'Occident subodore Jalel Harchaoui de l’Institut Clingenael. Un rêve assez lointain dans l'immédiat, elle cherche à vendre du blé à la Libye, s'est positionnée pour reconstruire le chemin de fer entre Syrte et Benghazi et voudrait surtout assurer un débouché à son commerce des armes. Les Émirats arabes unis, l'autre parrain du maréchal est le plus déterminé et le plus dynamique poursuit Jalel Harchaoui. C'est « la locomotive » de l'Armée de libération nationale. Au nom du combat contre les frères musulmans, une obsession partagée avec l’Égypte de Sissi, mais aussi au nom de sa vision économique. Répliquer son succès en développant les ports libyens sur le modèle de Dubaï ferait de la Libye en paix une nouvelle vitrine du dirigisme sunnite et de sa capacité à assurer la prospérité.


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