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    Faustin Archange Touadera: «Tous nos partenaires œuvrent en transparence»

    Le président centrafricain, Faustin-Archange Touadéra, interviewé par Christophe Boisbouvier à Erevan, le 11 octobre 2018, après son discours à la tribune du sommet de la Francophonie. RFI/Romain Ferré

    Le président centrafricain achève ce samedi un séjour à Washington aux États-Unis. Près d'un mois après la formation d'un gouvernement qui intègre des représentants des groupes armés conformément à l'accord de paix signé en février à Bangui, Faustin Archange Touadera est venu plaider la cause de son pays aux États-Unis. Anne Corpet notre correspondante à Washington l'a rencontré à la veille de son retour à Bangui. Elle l'a interrogé sur sa visite dans la capitale fédérale, mais aussi sur ses éventuelles inquiétudes face à la situation chez ses voisins au Soudan.

    RFI : vous achevez votre séjour aux États-Unis. Qu’est-ce que vous attendiez des Américains ?

    Faustin-Archange Touadera : Nous sommes venus pour renforcer notre coopération avec les États-Unis d’Amérique et avoir notre programme de la semaine, depuis les investisseurs – c’est-à-dire les hommes d’affaires –, aux représentants du Congrès, au Pentagone et au département d’État. Les discussions ont été très intéressantes et c’est un séjour très fructueux et très enrichissant.

    Vous avez parlé des investisseurs privés ? Il y a des Américains qui sont prêts à venir investir chez vous ?

    Bien sûr. Nous sommes aussi là pour dire qu’en République centrafricaine il y a beaucoup de potentialité. Il nous faudrait des partenaires et nous pensons que le secteur privé doit jouer un rôle important dans l’emploi des jeunes. Pour cela, nous allons créer les conditions pour améliorer le climat des affaires, permettre à des investisseurs qui veulent mener des affaires en Centrafrique de venir en toute sécurité. Il y a des opportunités de faire des affaires en Centrafrique, parce qu’il y a des réformes qui sont menées, aujourd’hui, pour améliorer le climat des affaires.

    La Russie est perçue comme une nouvelle puissance tutélaire de la Centrafrique. Or, en décembre dernier, John Bolton, qui est le Conseiller national à la Sécurité à la Maison Blanche, a dit que la priorité des États-Unis c’était de lutter contre l’influence grandissante de la Russie sur le continent africain. Est-ce qu’ils vous ont fait part de cette inquiétude ?

    Nous avons échangé, effectivement, sur un certain nombre de questions. Mais la République centrafricaine est un pays qui tient aussi à sa souveraineté. Nous sortons de crises, nous avons des défis énormes, et tous les partenaires qui viennent nous appuyer, œuvrent en toute transparence en République centrafricaine. Donc je pense qu’à ce niveau il y a un éclaircissement.

    Pas de problèmes avec les Russes pour les Américains en Centrafrique ?

    En tout cas, de mon point de vue, non.

    Les Américains sont aussi très critiques vis-à-vis des missions de la paix de l’ONU. Il y a la Minusca chez vous, que Washington juge inefficace. Quel est votre avis sur la question ?

    Vous savez, nous venons de signer un accord de paix. Il est dévolu dans cet accord de paix un rôle important à la Minusca. Nous avons demandé que le mandat de la Minusca soit revu pour l’adapter à la nouvelle situation en termes de renforcement de capacité. Aussi, permettre qu’il y ait des déploiements conjoints avec nos forces de défense et de sécurité. Et puis, il y a aussi les élections. Nous demandons à nos partenaires de tenir compte de cela dans le nouveau mandat de la Minusca pour aider à la logistique du prochain scrutin.

    À propos du prochain scrutin, vous allez vous représenter ?

    La question n’est pas là, je ne suis qu’à trois ans du mandat. Mais nous devions remplir notre mission correctement.

    Le Conseil de sécurité a dit qu’il était prêt à envisager la levée de l’embargo sur les armes vers la Centrafrique. Si un certain nombre de conditions étaient remplies sur le désarmement, la sécurité, la mise au pas de certains groupes armés, vous pensez que vous allez pouvoir remplir ces garanties pour obtenir la levée de cet embargo ?

    Vous savez que cet embargo, vraiment, pose des problèmes pour la montée en puissance de nos forces de défense et de sécurité, qui manquent de moyens – il y a certains amis qui veulent nous aider –, cela crée beaucoup de blocage aujourd’hui, nous travaillons très fort pour remplir toutes ces conditions, afin que cet embargo ne nous empêche pas de donner les moyens à nos forces de défense et de sécurité. Aujourd’hui, l’armée centrafricaine doit être dotée de moyens pour lui permettre d’assurer la protection de nos populations aux côtés des forces des Nations unies.

    L’actualité du jour c’est le renversement d’Omar el-Béchir au Soudan, votre voisin. Omar el-Béchir avait convaincu la Seleka de venir signer avec vous cet accord de paix. Est-ce que vous craignez que sa chute ait des conséquences sur cet accord ?

    L’accord qui a été négocié à Khartoum et aussi signé le 6 février à Bangui est soutenu par beaucoup de partenaires. Les Nations unies, l’Union européenne… Tous les pays voisins. C’est aussi la volonté des partis d’aller vers la paix. Les quatorze groupes armés ont signé, leurs responsables, le gouvernement… Aujourd’hui, nous sommes en train de travailler pour - vraiment -, la mise en œuvre de cet accord, qui ouvre un espoir de paix et de réconciliation dans notre pays.

    Et la chute de Béchir n’aura pas d’impact ?

    Je dis que cet accord, c’est entre les Centrafricains. C’est-à-dire, les quatorze groupes armés et le gouvernement, pour créer les conditions d’une paix, d’une réconciliation en Centrafrique. Mais cet accord est soutenu par tous les pays voisins. Y compris le Soudan. Donc nous ne sommes pas inquiets de la situation qui se déroule en ce moment. Le peuple centrafricain a beaucoup souffert. La population a besoin de paix.


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