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    Nigeria: «On voit une expansion de Boko Haram» dans les pays limitrophes

    Des femmes rescapées de Boko Haram (image d'illustration). REUTERS

    Triste anniverseraire au Nigeria. Il y a cinq ans, les jihadistes de Boko Haram entraient de force, de nuit, dans un lycée de Chibok. Sur le coup, ils enlèvent 276 lycéennes. Cinquante-sept parviennent ensuite à prendre la fuite et 107 seront plus tard libérées suite à des négociations avec les autorités. Aujourd'hui, 112 jeunes sont toujours captives du groupe jihadiste. En ligne de Berlin, Yan Saint-Pierre, PDG du groupe MOSECON, une société de consultation spécialisée dans le contre-terrorisme, revient sur la gestion de cette crise par les autorités nigérianes. Il répond à Bineta Diagne.

    RFI: 112 lycéennes de Chibok sont toujours aux mains des jihadistes de Boko Haram. Y a-t-il encore des chances que ces jeunes soient toujours en vie ?

    Yan St Pierre: C’est très difficile à dire. Pour être très honnête, il y a très peu d’informations, d’indices qui suggèrent qu’elles sont encore en vie. Il y a d’ailleurs plusieurs personnes qui affirment qu’elles sont, pour la plupart, décédées, qu’il n’en resterait qu’une dizaine de vivantes. D’autre part, même si elles sont en vie, il y a aussi beaucoup d’autres sources qui ont confirmé que la plupart ont accepté leur rôle, leur nouvelle vie. Cela a été fait de façon réticente. Néanmoins, elles ont accepté leur statut et donc, cela crée l’impossibilité d’un retour, même si elles sont en vie. Cela complique beaucoup les choses.

    A quel type de statut faites-vous allusion ?

    Au statut de la femme d’un combattant de Boko Haram, au statut de veuve qui fait qu’elles font partie intégrale de Boko Haram. Elles ont un rôle défini, que ce soit comme mère, comme femme, comme cuisinière et, dans certains cas, comme kamikazes. Elles se sont donc résignées à ce statut-là, comme membres de Boko Haram.

    Cinq ans, c’est long. Pourquoi les négociations sont-elles aussi difficiles à mener ?

    Il y a d’abord, de la part du gouvernement nigérian, l’approche qui est celle de dire : on ne peut pas financer le terrorisme. Un des premiers prix demandés était de presque 100 000 dollars par jeune fille. C’est une somme qui était trop élevée. Il y a eu aussi des tentatives de les sauver. Cela n’a pas fonctionné et cela aussi a compliqué la tâche. Il y a également le fait que les jeunes filles n’ont pas été gardées dans un seul endroit. Elles ont été déplacées et octroyées à certaines factions du groupe. Difficile, après cela, de savoir qui était encore vivant et qui ne l’était pas. Par conséquent, arriver à libérer ces jeunes filles, soient par des négociations, soient par des tactiques militaires, cela a été extrêmement compliqué. Par ailleurs - il faut aussi être réaliste - depuis deux ou trois ans, le gouvernement nigérian s’est lui-même un peu résigné quant à sa capacité de libérer ces jeunes filles.

    La mobilisation de la société civile se focalise aussi autour du sort de Leah Sharibu, cette lycéenne enlevée lors du rapt de Dapchi, l’année dernière. A ce moment-là, on se souvient qu’une centaine d’autres élèves de Dapchi avaient pu être libérées, sauf une. Comment expliquer l’échec à retrouver cette dernière ?

    C’est très compliqué parce que cela s’inscrit dans la dynamique de Boko Haram d’attirer énormément de dissensions en interne. C’est le cas avec les ISWAP, faction islamique dissidente de Boko Haram. Il y a aussi des enjeux politiques internes au Nigeria et tout cela fait que Leah Sharibu se trouve prise, quelque part, entre deux feux, ce qui complique sa libération.

    Cette semaine, l’armée nigériane a annoncé une vaste opération dans l’Etat de Yobé. Pourquoi l’armée est-elle autant en difficulté alors qu’elle bénéficie de beaucoup de soutiens ? Elle a le soutien des pays occidentaux, tout comme de la force multinationale mixte.

    Il y a plusieurs facteurs. Les trois principaux facteurs sont d’une part l’absence de stratégie cohérente. L’armée nigériane s’obstine à utiliser les mêmes tactiques depuis une dizaine d’années, depuis le début de l’insurrection de Boko Haram, en 2009. D’autre part, le Nigeria est un pays avec des problèmes de sécurité immenses dans l’ensemble du pays, avec notamment la crise des bergers dans le centre du pays où encore la crise dans le delta du Niger où l’armée peine à être efficace. Finalement, il y a aussi la question du moral des troupes. Ce sont des gens qui n’ont plus envie de se battre, qui sont mal équipés et donc, malgré tout le soutien international, cela complique le travail et empêche l’armée de s’investir pleinement.


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