GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Samedi 17 Août
Dimanche 18 Août
Lundi 19 Août
Mardi 20 Août
Aujourd'hui
Jeudi 22 Août
Vendredi 23 Août
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    Gérard Prunier: «Au Yémen, les Soudanais vont faire monter les prix»

    Le nouvel homme fort du Soudan, Abdel Fattah al-Burhan. AFP PHOTO/HO/SUNA

    Après la chute du régime d’Omar el Béchir, le Soudan va-t-il maintenir son corps expéditionnaire au Yémen ? Pour le consultant indépendant Gérard Prunier, l’Arabie saoudite devra payer.

    RFI: Avec le général Abdel Fattah al-Burhane, est-ce que le Soudan est susceptible de changer d’alliance ?

    Gérard Prunier : De changer d’alliance, il faudrait savoir si les Russes se sentent bien chez eux là-bas, s’ils ont envie d’y rester, parce que les Chinois ne sont plus intéressés.

    Vous connaissez personnellement le nouvel homme fort du Soudan. Quel est le profil du général Abdel Fattah al-Burhane ?

    C’est quelqu’un qui est quand même nettement mieux que les deux précédents qui ont sauté chacun en 24 heures. Lui, d’abord, tribalement, c’est un Shayqiya, c’est-à-dire qu’il n’est pas lié à une certaine mafia qui entourait Béchir et qui était tous des Ja'aliyin. D’autre part, ce n’est pas quelqu’un qui conduisait des opérations de combat, c’était plutôt un logisticien. Il n’a pas fait des choses répréhensibles au Darfour. Il en a peut-être fait au Yémen, mais ça on ne sait pas parce que ce ne sont pas les Saoudiens qui nous le diront. Il semble un peu plus ouvert à l’idée que pérenniser un pouvoir militaire n’est pas vraiment une voie pour le futur du pays.

    Donc c’est plus un expert-comptable qu’un guerrier ?
    Je ne sais pas s’il accepterait cette définition, mais en tout cas, ce n’est pas un homme qui avance sur un chemin semé de cadavres.

    Depuis l’expulsion de l’ambassadeur d’Iran en 2016, est-ce que le Soudan a choisi le camp de l’Arabie saoudite et des Émirats dans le golfe ?

    Oui et non. Omar el-Béchir dansait une petite danse bizarre entre le Qatar et ses amis turcs d’un côté, et puis l’Arabie saoudite et les Émirats arabes unis de l’autre en essayant désespérément de tirer de l’argent à chaque camp. Et sa frustration, c’est qu’on ne le payait pas assez. Par exemple, le corps expéditionnaire soudanais au Yémen n’a jamais été payé les sommes que lui avait promises Mohammed ben Salman [prince héritier d’Arabie saoudite].

    Justement dans la guerre que mène Mohammed ben Salman et l’Arabie saoudite au Yémen contre les Houthis, apparemment le Soudan d’Omar el-Béchir a choisi le camp de l’Arabie saoudite puisqu’il a envoyé un corps expéditionnaire comme vous dites, est-ce que cela peut changer ?

    C’est une question d’argent. C’est-à-dire que, si les Saoudiens veulent vraiment garder le corps expéditionnaire, il va falloir qu’ils ouvrent les cordons de la bourse. On avait promis 2 milliards pour le corps expéditionnaire, on leur a payé 350 millions. Alors si on ne veut pas qu’il y ait un changement ou simplement une disparition d’alliance en disant : «nous restons à la maison, nous rapatrions nos soldats et nous ne faisons plus rien», il est bien sûr qu’il faudra payer.

    Le général Abdel Fattah al-Burhane, qui est un gestionnaire, va compter chaque sou, c’est ça ?

    Certainement. Et cela, on ne peut que le comprendre. L’économie soudanaise est en état de catastrophe avancée. On se dirige à toute vitesse vers une situation vénézuélienne.

    Le général Omar el-Béchir était un officier islamiste. On dit du général Abdel Fattah al-Burhane, le nouvel homme fort, que c’est quelqu’un qui est hostile à l’islam politique ?

    En réalité, je pense que c’est surtout un réaliste. Et c’est un peu pour cela qu’on l’a choisi, après deux hommes, aussi bien [le général Aouad] Ibn Aouf que Omar Zaïne al Abidine, qui étaient très marqués du côté des islamistes. Lui, c’est un peu le gestionnaire, c’est bien pour cela qu’on l’a choisi.

    Du coup, ce nouvel homme fort du Soudan, ne va-t-il pas être plus proche des pays pragmatiques comme l’Arabie saoudite comme les Émirats que des pays qui prônent l’islam politique ?
    Oui, certainement. Surtout s’il y a quelque chose en bas de la facture, dans la partie crédit. Les gens qui peuvent craindre une contagion, ce sont beaucoup plus les Égyptiens. Parce que d’abord, il y a une espèce de continuité géographique et sociale de la vallée du Nil, et il est certain que le régime du maréchal [Abdel Fattah] al-Sissi, lui, garde un œil extrêmement ouvert. D’ailleurs, il rêve d’un Moyen-Orient et surtout d’une Afrique du Nord arabe qui revienne au bon vieux modèle Saddam Hussein et [Bachar] el-Assad. D’où son soutien en Libye à la tentative de prise de pouvoir du maréchal Khalifa Haftar.

    Donc le général Sissi peut craindre un nouveau mouvement populaire au Caire suite à ce qui s’est passé à Khartoum ?

    S’il y a la même chose en Égypte, ça ne sera pas un retour avec des frères musulmans furieux qui construisent des barricades. Ça sera quelque chose qui sera sur le modèle soudanais. D’ailleurs, c’est très intéressant de voir comment le Soudan, qui était le premier pays du monde arabe à passer sous le contrôle islamiste, est aujourd’hui le premier à en sortir.

    Et l’Association des professionnels soudanais (APS) [regroupant 8 corps de métier, fer-de-lance de la contestation secouant le pays] peut faire école jusqu’au Caire ?

    Ça n’est pas impossible. En plus, c’est vraiment un mouvement des classes moyennes.

    En Centrafrique, l’Accord de paix de janvier 2019 entre le président Faustin-Archange Touadéra et les rebelles nordistes de la Seleka a été signé à Khartoum et parrainé par le président soudanais Omar el-Béchir. Est-ce que sa chute compromet ce fameux accord ?
    Inévitablement, parce que la Seleka, on sait très bien que c’était le pôle emploi des mercenaires soudanais au chômage. Donc oui, on remet un peu un paquet de billes sur la table.

    Et peut-on dire que la capitale du Sud-Darfour, Nyala va redevenir une base arrière très importante pour les ex-rebelles de la Seleka ?

    Cela remonte à la période où le fondateur de la Seleka [Michel Djotodia] était consul du Centrafrique à Nyala, mais l’histoire n’est pas une simple répétition. Donc ce sera peut-être un petit peu différent. Je ne connais pas assez bien la situation du Centrafrique pour savoir qui va faire quoi, mais effectivement, un accord parrainé par Béchir sur ce thème-là peut être un peu fendu et abîmé, oui, très probablement.

    Est-ce qu’avec le Conseil militaire, il y aura une poursuite de la diplomatie Béchir en Centrafrique, et peut-être aussi au Tchad, ou est-ce qu’il peut y avoir rupture ?

    Moi, je pense que ce ne sera pas tellement une rupture, ce sera un tassement. C’est un petit peu au niveau international la même chose que sur le plan intérieur. Essayons de consolider les choses avant de nous lancer dans des aventures quelque peu fumeuses. Si on pense à toutes les tentatives que le Soudan a faites pour renverser Idriss Déby au Tchad, qui se sont toutes soldées les unes après les autres par des échecs. D’ailleurs Béchir lui-même avait fini par en conclure que ce n’était pas faisable. Je pense qu’on va avoir une sorte de rétraction du Soudan sur le traitement de ses problèmes à court terme qui sont énormes.

    Et si demain, ce sont des civils qui reviennent au pouvoir comme avant 1989, comme du temps de Sadek al-Mahdi, quelle sera la nouvelle diplomatie soudanaise ?
    C’est impossible de le dire. Parce qu’on ne sait pas qui seront ces civils. Il est bien évident que les partis politiques qui ont accompagné la vie du Soudan indépendant depuis 1956 sont complètement à bout de souffle : les unionistes, le parti Oumma et même les islamistes, eux, ont rejoint, on peut dire, ce camp des vaincus usés par le temps. Donc si le Conseil militaire dans maximum un an ou deux, comme ça s’était passé avec l’époque de Abdel Rahman Swar al-Dahab après la dictature de Nemeyri, remet le pouvoir à travers une élection civile, les partis qui vont s’affronter n’existent pas. C’est exactement ce que Swar al-Dahab avait fait en 1985-1986. Ce qui est dommage, c’est qu’à cette époque-là, le monsieur qui est arrivé au pouvoir par les élections était Sadiq al-Mahdi qui existe toujours. C’est le fantôme de l’opéra. Il hante les couloirs. Et franchement, il était complètement incapable d’assumer la situation. C’est comme ça que les islamistes sont arrivés au pouvoir, c’est l’incompétence notoire de Sadiq al-Mahdi qui a fait l’échec du gouvernement civil.

    Donc il faut un renouvellement de la classe politique ?

    Absolument.


    Sur le même sujet

    • Soudan

      Soudan: le Darfour ne veut pas du Conseil militaire

      En savoir plus

    • Soudan / UA

      Soudan: l’ultimatum de l'Union africaine

      En savoir plus

    • Soudan / France

      [Reportage] Les Soudanais de la diaspora entre espoirs et peurs

      En savoir plus

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.