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    A la Une: le bûcher de Notre-Dame

    Des fidèles assistent à la cérémonie du chemin de croix pendant le Vendredi saint dans le cadre des célébrations de la Semaine sainte, près de la cathédrale Notre-Dame, le 19 avril 2019. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

    Aujourd’hui, dimanche de Pâques, fête majeure du calendrier catholique, « un dimanche pas comme les autres », lance en Une Le Parisien dimanche. Car « les flammes qui ont dévoré Notre-Dame de Paris ont ravivé la ferveur des catholiques et la fierté des Français », énonce encore ce journal. Dans lequel l’écrivain gallois Ken Follett assure ce matin que « pendant des siècles, on parlera du grand feu de Notre-Dame ».

    Des siècles ? Justement. Lundi dernier, donc, peu avant 19h, au cœur de la capitale, huit siècles et demi d’histoire s’embrasent. Dans la presse aussi, l’émotion est bien sûr considérable. Sur toutes les couvertures, le brasier de Notre-Dame et cette énorme colonne de fumée qui s’élève de la cathédrale. En pages intérieures, des photos plus saisissantes les unes que les autres.

    Des photos, donc, et des commentaires qui, eux aussi, s’enflamment. Les formules chères aux journalistes sont de sortie. Leurs poèmes aussi, comme dans le supplément hebdomadaire du Parisien. Du rarement vu dans la presse. Florilège.

    « Le cœur de la France en feu », lance ainsi la Une du numéro spécial de Paris-Match consacré à la tragédie, « sous les yeux du monde entier, la flèche de la cathédrale vient de s’écrouler ». Dans le ciel de Paris, une fumée considérable s’élève comme un signal visible à des kilomètres. « La Dame de pierre est la mémoire d’un peuple, l’un des plus hauts lieux de la chrétienté… et le point zéro des routes du pays, rappelle cet hebdomadaire. On la pensait éternelle. Indestructible, bien qu’usée par les ans. Le premier jour de la Semaine sainte a signé celui de sa destruction. Mais les Français veulent croire à sa résurrection », énonce Paris-Match.

    Sur une double page, cette photo qui rentrera dans l’histoire, celle de deux pompiers pénétrant dans la cathédrale en feu. « Ils avancent, malgré les chutes de plomb en fusion, raconte le magazine. Dans la nuit, les soldats du feu entrent enfin. Seule la croix a résisté », souligne Match, alors qu’en effet, tout au fond de la nef, au-dessus du maître-autel, la croix du Christ luit dans les ténèbres.

    Notre-Dame en photos, mais aussi tout un peuple en images. « Les larmes des Parisiens », pointe sobrement le magazine. Lequel signale également l’émotion du président de la République et de l’archevêque de Paris « cette nuit-là ».

    Cette nuit-là ? Elle occupe aussi la totalité de la couverture du Point. Les tours de Notre-Dame rougeoyantes derrière le brasier arrosé par d’immenses lances à incendie. Le Point, lui aussi, publie sur une double page la photo de la croix intacte au fond des décombres et celle de la flèche en feu qui se brise et tombe. « Ici bat le cœur chrétien de la France », signale Le Point, « à Notre-Dame de Paris bat depuis toujours le cœur du catholicisme français, si chahuté ces derniers temps. D’ailleurs, qu’il était émouvant de voir cette foule, face aux flammes, entonner prières et "Je vous salue Marie" ! »

    Le cœur de la France en flammes

    On le voit, les hebdomadaires et magazines français soulignent en chœur la spiritualité de cette tragédie. Que leurs lecteurs croient au ciel ou qu’ils n’y croient pas, pas un, en effet, ne fait exception. Car « cette dame est la nôtre », explique l’hebdomadaire L’Obs, « pour un temps, l’incendie de Notre-Dame a replacé la spiritualité religieuse et ses valeurs multiséculaires au centre de l’attention (…) l’émotion ressentie dans le pays et dans le monde entier est l’occasion pour l’exécutif de panser les plaies d’une nation toujours prompte à se déchirer ». Dans L’Obs également, la photo des pompiers fixant la croix qui apparaît au fond tandis qu’une pluie ardente tombe de la voûte en flammes.

    Qu’on le veuille ou non, cette photo et ces flammes illustrent ce que le magazine Marianne nomme « la force de l’esprit ». L’ancien directeur de cet hebdomadaire, pour l’occasion, a de nouveau pris la plume pour dire « ce cruel lundi des cendres (qui) a provoqué un émoi universel » ; car, explique Jean-François Kahn, « ce sont les tours de Notre-Dame, pas celle de la Défense, qui projettent la France sur le reste du monde. Ces ogives-là, pas celles de notre force de frappe. Quelque élancés que fussent ou redeviennent les piliers de notre taux de croissance, ce sont toujours ces voûtes qui envoûtent. La force de l’esprit avant la force des choses ».

    Renaissance d’une nation

    Spiritualité donc, mais aussi histoire, et, en l’occurrence, l’histoire de la France en résumé. « L’incendie de Notre-Dame n’est pas la fin du monde. Mais c’est la fin d’un monde : le nôtre, admet encore Marianne (…) c’est quelque chose de nous-mêmes qui était en train de disparaître dans les flammes. Mais quoi, au fait ? Eh bien, notre passé, tout simplement. Autrement dit l’alliance du catholicisme et de la République dans le creuset national (…) Dieu sait pourtant si elles se sont combattues, l’Église et la République (…) mais c’est la fonction principale de l’histoire, c'est-à-dire du temps qui passe, que de replacer dans un cadre commun, celui de leur époque, des ennemis qui s’était crus irréductibles. Que dans le deuil national qui est le nôtre, Saint-Louis, Napoléon le général de Gaulle, Victor Hugo, Péguy et Aragon, l’Ancien Régime et la Révolution, se découvrent réunis dans un cadre commun qu’on avait fini par oublier, constituait le plus bouleversant des spectacles : celui dans lequel le grand historien Marc Bloch avez vu l’essence de la nation. Sans la reconnaissance d’une histoire commune, (…) il n’y a pas d’avenir commun imaginable », énonce Marianne.

    En tout cas, pour ce journal, pas de doute, « à la lueur du bûcher de Notre-Dame, nous avons réappris, au moins pour quelques heures ou pour quelques jours, que nous formions à nous tous, par-delà nos différences, une histoire, un peuple, un esprit, autrement dit une nation ».

    Comme le rappelle le journal « Le 1 », dans un numéro spécial intitulé « La légende des siècles », en hommage, bien sûr, à Victor Hugo, « une minute peut blesser un siècle ». Par ces mots extraits de « L’année terrible », l’auteur de Notre-Dame de Paris, « autre monument national », avait, pointe « Le 1 », saisi « ce pouvoir de l’instant à défier le temps ». Mais ne dit-on pas que le temps est l’autre nom de Dieu ?


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