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    À Vladivostok, un sommet inédit entre Vladimir Poutine et Kim Jong-un

    Les dirigeants russe et nord-coréen, Vladimir Poutine et Kim Jong-un. ALEXEY DRUZHININ, Saul LOEB / AFP / RIA NOVOSTI

    La rencontre a été entourée du plus grand mystère mais elle aura bien lieu ce jeudi 25 avril à Vladivostok, la grande ville de l’Extrême-Orient russe. C’est la première fois que le dirigeant nord-coréen se rend en Russie et qu’il rencontre le président russe en tête-à-tête.

    C’est dans son fameux train blindé que Kim Jong-un a franchi la frontière ce mercredi matin. Un déplacement ultra-sécurisé pour un dirigeant nord-coréen, qui n’a accepté de se rendre en Russie qu’à la condition de limiter au maximum la distance parcourue. C’est sans doute pour cette raison que la ville de Vladivostok a été choisie, puisque ce sont moins de 700 kilomètres qui séparent, à vol d’oiseau, le grand port russe de la capitale nord-coréenne.

    L’une des autres conditions « de sécurité » posées par le dirigeant nord-coréen était de pouvoir se déplacer uniquement dans sa propre limousine, spécialement transportée par voie ferroviaire. Selon la presse russe, il a d’ailleurs fallu élargir de vingt centimètres le portail de la gare de Vladivostok, pour permettre le passage du véhicule nord-coréen !

    Un programme déjà établi

    Selon le Kremlin, deux sujets seront sur la table : la coopération entre les deux pays et, bien sûr, la question du programme nucléaire nord-coréen. Le sommet de Hanoï entre Kim Jong-un et Donald Trump, en février dernier, s’était soldé par un échec, et la Russie estime donc qu’il y a pour elle une opportunité à saisir, qu’elle peut s’immiscer dans ce dialogue et peut-être proposer des solutions. La position de Moscou dans le dossier nord-coréen est connue : la Russie refuse que la Corée du Nord puisse disposer de la bombe atomique, mais elle estime qu’il faut pour cela donner des garanties et accorder des compensations à Pyongyang.

    Pour Moscou, il faut donc alléger progressivement les sanctions prises en 2017 par le Conseil de sécurité de l’ONU - c’est précisément sur ce point que le sommet de Hanoï a échoué. Kim Jong-un pourrait ainsi aborder avec Vladimir Poutine la question des travailleurs nord-coréens en Russie, qui ne sont plus que 10 000 aujourd’hui, soit trois fois moins qu’auparavant.

    Conformément aux sanctions adoptées par le Conseil de sécurité en 2017, la Russie s’est engagée à expulser tous les travailleurs d’ici à la fin 2019. Ces travailleurs sont une source de devises importantes pour le régime de Pyongyang, qui capte une grande partie de leur salaire.  

    La Russie veut jouer un rôle

    Cela fait près d’un an que la diplomatie russe essaie d’organiser cette entrevue, mais que Kim Jong-un semblait s’y dérober. Pour la Russie, une rencontre au plus haut niveau avec la Corée du Nord est une façon de rejouer un rôle dans un dossier de première importance au niveau international, et aujourd’hui Vladimir Poutine souhaite que son pays soit impliqué dans tous les sujets majeurs, comme c’était le cas à l’époque soviétique.

    En outre, la Russie est un pays frontalier de la Corée du Nord et en cas d’accident ou de conflit nucléaire sur la péninsule coréenne, les conséquences seraient dramatiques pour tout l’Extrême-Orient russe.

    Enfin, il y a les projets économiques, gelés par la crise nucléaire et les sanctions prises en 2017. Moscou caresse notamment l’idée d’un raccordement entre le réseau ferroviaire sud-coréen et le Transsibérien, via la Corée du Nord. Autre projet : la construction d’un gazoduc qui permettrait à la Russie d’exporter plus facilement son gaz vers le marché sud-coréen. Mais, pour que tous ces projets aboutissent, il faudra au préalable obtenir une levée des sanctions adoptées contre le régime de Pyongyang.


    ► La question des travailleurs nord-coréens en Russie

    Le sort des quelque 11 000 travailleurs nord-coréens se trouvant en Russie pourrait être évoqué par les deux chefs d'État. Ces travailleurs devraient être expulsés d’ici à la fin de l’année, si Moscou applique les sanctions adoptées par l’ONU en 2017.

    Officiellement, ce sont un peu plus de 11 000 travailleurs nord-coréens qui se trouvent actuellement sur le territoire de la Russie. La plupart sont employés dans l’Extrême-Orient russe, en particulier dans la région de Vladivostok où se déroule le sommet. Très prisés par les entreprises du bâtiment, mais aussi dans le secteur minier et forestier, ces travailleurs sont considérés comme une main-d’œuvre bon marché, acceptant des horaires et des conditions de travail souvent très difficiles.

    Dans un rapport datant de 2017,  Human Rights Watch dénonçait d’ailleurs ces conditions de travail. L’ONG dénonçait également l’obligation pour ces travailleurs de reverser la quasi-totalité de leur salaire au régime de Pyongyang. Car ces travailleurs émigrés, employés principalement en Chine et en Russie, sont devenus ces dernières l’une des principales devises d’un pays qui en manque cruellement.

    En décembre 2017, la Russie s’est engagée à expulser dans les deux années l’ensemble de ces travailleurs. Pyongyang aimerait que cette échéance soit retardée – et Moscou pourrait s’y montrer favorable. La Russie estime en effet nécessaire d’assouplir les sanctions prises en 2017, pour  encourager la Corée du Nord à se défaire de l’arme nucléaire.
    D.V


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