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    Thylacine en mode « road trip »

    À même pas 30 ans, Thylacine sort son deuxième album, « Roads, Vol.1 ». ©F. Tijou

    Thylacine est un compositeur français de musique électronique. À même pas 30 ans, il vient de sortir son deuxième album, Roads, Vol.1. Rencontre.

    En partenariat avec La Fabrique Culturelle.

    Avant de commencer Thylacine, juste une photo que j’aimerais vous montrer. Qu’est-ce qu’elle vous inspire ?
    Ah…! (sourire) Oui, c’est le début, le commencement. C’est un thylacine, mais l’animal cette fois-ci. En fait j’ai choisi ce nom il y a maintenant six ans. Je ne voulais pas que mon projet s’appelle William Rezé. Je voulais que ce soit un peu plus large que juste ma personne et je n’avais pas envie non plus de créer un nom qui ne veuille rien dire. Il s’avère que j’étais en études de biologie, je suis tombé sur ce mot par hasard et je l’ai trouvé beau. Il m’évoquait quelque chose de nouveau. Cela ne me rappelait pas un animal, mais j’ai eu envie de donner une deuxième vie à cet animal disparu, chassé par l’homme. Sa deuxième vie n’a donc rien à voir, elle est culturelle, musicale ! Je voulais continuer de faire vivre ce mot, cet animal, qui a une belle histoire.

    Le thylacine est un animal entre le loup et le kangourou. Et justement, le kangourou, c’est un peu votre démarche aussi puisque vous sautez d’un continent à l’autre, d’un univers à l’autre… Comment cela a commencé pour vous ?
    J’ai commencé tôt. Par le saxophone et le solfège vers cinq ou six ans. Je suis passé par le conservatoire, j’ai fait du jazz, dans des groupes en jouant du saxo et de la basse aussi. Je suis venu aux musiques électroniques plus tard finalement. J’étais aux Beaux-Arts à l’époque, et j’ai eu envie de créer quelque chose qui me ressemble, quelque chose dont je sois vraiment fier et dont je maîtrise tous les aspects. Il s’avère que, comme je ne suis pas chanteur et que je n’avais pas d’orchestre sous la main, la musique électronique a été la façon de faire la plus simple. Un clavier, un logiciel, et j’ai commencé à composer.

    Les Beaux-Arts ont été importants dans votre démarche artistique, ça vous a aidé ?
    Oui, ça a un peu été le déclenchement de tout. Ce sont les Beaux-Arts qui m’ont appris à mener à bien un projet de A à Z. De le rendre compréhensible, d’en maîtriser tous les aspects : le rapport à l’image, la façon dont je vais jouer en concert, la façon dont je vais présenter les morceaux, les albums, les pochettes… C’est une école qui te pousse dans tes retranchements et t’aide à savoir ce que tu as vraiment envie de faire, de ta vie, de tes mains.

    C’est là que vous rencontrez Camille Després, avec qui vous enregistrez votre premier EP ?
    Exactement oui. C’étaient quelques titres, on n’était pas encore vraiment sur un album mais effectivement c’étaient les premières recherches, les premiers featurings. On était tous les deux aux Beaux-Arts et cela nous a semblé évident de travailler ensemble sur ces quelques morceaux.

    Quand on commence à faire un morceau, dans quel contexte on le fait ? Quel est le premier déclencheur ?
    Au départ, c’est intuitif. On a très envie de composer et on y va comme ça. Ensuite je me suis rendu compte que je composais des choses plus intéressantes quand j’étais en mouvement. Quand j’étais en voyage, dans différents lieux. Dès que je restais dans un appartement pendant assez longtemps, je n’arrivais plus à composer ! J’avais l’impression d’avoir utilisé le lieu, et que je n’avais plus rien à raconter. De là est partie l’idée de composer en voyageant.

    C’est de là qu’est venue cette soif de voyages ? Elle vous aide à trouver l’inspiration ?
    Oui c’est vraiment une nécessité, je le vois vraiment comme ça. Il faut se poser la question de savoir pourquoi, un jour, ça marche et pourquoi on a beau travailler une semaine sans que rien ne sorte, avec une musique ennuyante… Alors je me suis rendu compte que dans le train entre deux concerts, avec le paysage, des gens nouveaux autour de toi, un environnement en évolution permanente, ça m’inspirait. Je me suis dit : "on va prendre le train le plus long du monde et on va voir ce qu’il va en ressortir musicalement".

    Et c’est là que nait l’album Transsiberian en 2015…
    Exactement. J’ai pris toutes mes machines, j’ai pris le Transsibérien et j’ai fait plein d’arrêts un peu partout, qui ont été décisifs puisque c’est là aussi que j’ai enregistré beaucoup de voix, en faisant des rencontres. Les morceaux découlent aussi de ces rencontres très fortes qui sont inspirantes. Quand je remontais dans le train, j’avais énormément de choses à raconter. Cette nécessité de créer arrive à ce moment-là, plutôt que d’être chez soi et de se dire "bon allez je vais faire de la musique" ! Quand on vit des choses très fortes comme ça, ces voyages, on a envie de les raconter. C’est important pour moi.

    Le choix du Transsibérien, de ce voyage en particulier… Y avait-il une raison précise ?
    Je pouvais partir pendant vraiment longtemps, avec une semaine de train sans en sortir du tout ou presque, c’est assez costaud ! Et il y avait aussi le fait que c’étaient des endroits que je ne connaissais absolument pas. Je partais vierge d’idées sur la Russie, sur la Sibérie. J’aimais bien cette idée-là. Et en plus, le fait que des auteurs comme Blaise Cendrars aient écrit sur le spleen du Transsibérien, c’était aussi l’idée de réinterpréter ça de manière totalement actuelle avec la musique électronique. Faire un clin d’œil musical avec cette inspiration du Transsibérien.

    Votre démarche de création musicale est-elle aussi influencée par la littérature, vos lectures ?
    Très honnêtement je prends assez peu le temps de lire. Mais j’aime beaucoup la génèse de l’inspiration… C’est quoi l’inspiration ? J’essaie d’apporter ma réponse avec les musiques électroniques… J’ai besoin de me couper un peu de tout, de découvrir des choses, de ne pas avoir de routine. Plus je vis des choses fortes, plus j’ai des choses fortes à raconter.

    Votre nouvel album, Roads Vol. 1, est un voyage sonore en Argentine… Pourquoi l’Argentine ?
    J’avais envie d’un truc un peu fou… Avoir mon propre studio que je pourrais emmener partout, qui marche à l’énergie solaire ! Du coup, j’ai passé cinq mois à travailler sur tout ça, à travailler avec un acousticien pour avoir un studio parfait, qui fait maison, avec cuisine, douche et lit, pour pouvoir vivre dedans. J’ai alors commencé à chercher des lieux. L’Argentine est arrivée un petit peu par hasard, grâce au musicien Gustavo Santaolalla, qui fait pas mal de musiques de film. Je l’ai réellement apprécié et j’ai commencé à découvrir l’immensité de l’Argentine, le rapport du pays avec la route… Je n’avais jamais mis les pieds en Amérique du Sud, et là, je me suis rendu compte qu’il y avait un petit peu tout. J’ai pris un cargo qui m’a transporté avec ma caravane-studio, et je suis arrivé à Buenos Aires.

    Vous y avez tourné le clip de Purmamarca, qui recèle des images magnifiques. Pouvez-vous nous en parler ?
    C’est plein d’images que j’ai faites moi-même ou provenant de réalisateurs. Elles représentent plusieurs arrêts que j’ai pu faire en Argentine, et notamment ce petit village, Purmamarca où je suis resté quelques jours. J’y ai acheté des instruments, j’y ai rencontré des gens, fait des enregistrements dans la caravane en invitant les musiciens que j’ai pu y rencontrer. Ils étaient surpris en rentrant dans la caravane ! En découvrant cette sorte de vaisseau spatial dédié à la création et à la musique. Ce sont des rencontres géniales, tout le monde était ravi. Mon but est de rencontrer des gens, de découvrir leur musique, de nouer des choses. J’essaie de trouver des inspirations dans la musique qu’ils écoutent et dans la musique qu’ils font, dans les discussions.

    On voit dans votre clip que vous tentez de créer des liens en mettant la main à la pâte, en partageant certaines des tâches. Cela fait partie de votre implication dans cette vie qui n’est pas la vôtre ?
    Oui, quand je me plonge dans un voyage comme ça, j’ai envie d’aller jusqu’au bout. Je suis par exemple resté après dans un autre village, Santa Barbara, paumé au beau milieu de la Cordillère des Andes, sans électricité, avec l’eau de la rivière. Des relations se sont créées, je leur ai donné des médicaments pour leur bébé, ils n’avaient pas de voiture alors je les emmenais dans certains endroits, voilà… et une vraie relation forte s’est créée et au fur et à mesure, je les aidais à aller couper du bois, on faisait la cuisine ensemble, on mangeait ensemble. C’était quelque chose d’assez génial pour moi. Ce n’était pas du tout une rencontre musicale mais on vivait ensemble en autonomie et c’était très fort. On allait pêcher à la main, chasser les condors en pleine montagne. C’était très inspirant. Cela m’intéresse de rencontrer des gens qui ont une vie très différente de la mienne.

    Et cela participe à votre processus créatif…
    C’est hyper inspirant. Fort en émotion. Des moments comme ça, on a envie de les partager. Et pour moi, les partager, ça veut dire la partager en musique avec tout le monde.

    Vous composez une électro très soft, un peu planante. Comment se fait cette alchimie entre ce que vous ressentez, vos rencontres et ce rendu qui épouse l’environnement dans lequel vous vous trouvez ?
    Je n’en ai pas vraiment la recette. Parfois, ce sont des enregistrements, que ce soit des voix ou des bruits qui m’entourent qui sont le point de départ d’un morceau. Parfois ce sont juste des émotions, et justement, j’adore voir comme un lieu où je suis va pouvoir se retrouver dans ma musique. Cela me fascine ! Voilà pourquoi j’ai envie qu’il s’appelle Roads Vol.1, car j’ai envie de l’emmener vers un volume 2 et un endroit totalement différent, afin de voir comme l’environnement différent engendrera une musique totalement différente.

    Dans cet album comme dans le précédent, on peut entendre un certain nombre d’instruments, des voix, des bruitages. Est-ce que la musique électronique a besoin de ces sons organiques ?
    Pour moi oui. Je fais de la musique électronique parce que j’adore composer, et que c’est une musique qui permet de composer de manière très facile tout en cassant beaucoup de barrières. Je me permets de mélanger beaucoup de choses dans ma musique : un peu de jazz, un peu de classique, parfois des musiques du monde ou des musiques plus acoustiques. C’est vrai que j’aime bien ce mélange-là. J’ai utilisé beaucoup d’instruments comme des guitares, des percussions, ou d’autres instruments que je collectais au gré de mon voyage. J’ai aussi renoué avec le saxophone sur quelques morceaux. J’aime bien l’énergie de la musique électronique et lâcher des sons synthétiques, et les mêler à des sons plus fins, qui ont une histoire, et qui sont plus acoustiques.

    Vous venez d’Angers. Quelles sont les influences musicales que vous avez pu avoir ? J’ai lu que Paul Kalkbrenner ou Modeselektor, la scène berlinoise, vous avaient pas mal inspiré. En quoi ces artistes ont pu vous influencer ?
    J’écoute beaucoup de musiques différentes. Steve Reich, Philip Glass ont été presque des points de départ pour moi dans la musique répétitive. Les musiques de films aussi…Plein de choses différentes. Je n’aime pas être influencé parce tout ce qui marche, tout ce qui est à la mode. J’essaie de me couper un petit peu de tout. J’aime pouvoir me perdre et faire ce qui me plait sans trop me poser de questions.

    Justement, vous avez composé des musiques de films. C’est un travail différent. Comment cela peut être inspirant pour vous ?
    Eh bien je ne trouve pas cela si différent. Une histoire, c’est un voyage, quelque part ! Alors oui j’en suis un peu plus détaché, car l’histoire est déjà écrite, mais mon but à moi est d’interpréter cette histoire, cette narration, avec de la musique. C’est un exercice que j’aime beaucoup car ça permet de libérer de certaines contraintes refrains/couplets qu’on a sur un album. On peut casser un peu tout ça… Et c’est à moi de l’interpréter en musique.

    Tous les réalisateurs ne travaillent pas la musique de film de la même manière, comment cela s’est passé lorsqu’ils ont fait appel à vous ?
    Ils m’ont plus ou moins laissé carte blanche. Je regardais le film, je composais et on en parlait après. D’abord il faut que ça sorte, et après on en discute. Et là à chaque fois, ça sortait, et tout le monde était content. C’était top.

    Bon, et alors donc, un Roads Vol.2 est déjà en préparation ?
    Oui quand j’ai construit cette caravane, c’était presque un projet de vie, de création. Ce n’était pas uniquement pour cet album, j’avais envie de pouvoir emmener cette caravane-studio partout, quand je veux. Je ne sais pas encore où je me rendrai exactement ni quand, mais j’espère bientôt, pour pouvoir continuer cette série de voyage avec ce studio. C’est ce qui m’excite tout simplement, et c’est comme ça que je suis le plus créatif.

    Aucune idée d’un prochain lieu ? Le thylacine vient de Tasmanie, alors pourquoi pas là-bas ?
    Je ne vous le dirai pas pour l’instant ! (sourire). J’attends d’être sûr de pouvoir le faire… Oui ce serait intéressant d’aller là-bas, mais on n’est pas forcément obligé d’aller très loin, pourquoi pas aussi dans des coins reculés en France.

    D’ici-là, beaucoup de concerts sont prévus dans les mois qui viennent…
    Beaucoup de concerts oui. Le but est aussi de partager ma musique. J’aime créer et designer une grosse scénographie qui permet de visualiser ce voyage. Partager scéniquement est un excellent moment. Reprendre la route pour ça est un vrai plaisir.

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