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    François Gaulme: « Emmanuel Macron voulait rayer la référence post-coloniale»

    Emmanuel Macron à l'Élysée, le 25 avril 2019. Ludovic MARIN/AFP

    Demain, ce sera le deuxième anniversaire de l’arrivée d’Emmanuel Macron à l’Élysée. L’occasion de dresser un bilan de sa politique à l’égard de l’Afrique, le président français avait dit vouloir établir un partenariat avec le continent. En rompant avec la politique menée par ses prédécesseurs, deux ans après qu’en est-il ? Pierre Firtion a posé la question à François Gaulme, chercheur associé à l’Ifri et auteur en janvier d’une note sur le sujet.

    RFI : La politique d’Emmanuel Macron à l’égard de l’Afrique est-elle si différente de celle de ses prédécesseurs ?

    François Gaulme : Dans ses principes, elle se voulait tout à fait différente, à l’origine. Maintenant, il y a une continuité absolue avec celle de son prédécesseur, c’est l’intervention militaire au Sahel. À mon avis, Emmanuel Macron a voulu avoir une inversion copernicienne véritablement des relations franco-africaines. Il est né après la décolonisation et il voulait rayer complètement la référence postcoloniale. Donc, quand on lit ses discours, quand on lit ses déclarations, mais aussi quand on voit certains de ses actes, on voit bien qu’il essaye d’avoir une relation avec l’Afrique qui soit globale avec l’ensemble du continent africain, multilatéraliste où on ne fait pas de différence entre les pays anglophones et pays francophones, et où le pivot des relations franco-africaines, c’est l’Union africaine. D’ailleurs en théorie, ses relations devraient passer aussi par l’Union européenne. Sa vision, c’est la France comme membre de l’Union européenne a une relation privilégiée avec l’ensemble de l’Afrique représentée au sommet par l’Union africaine.

    Mais ça, vous dites que ça ne marche pas ?

    Ça reste très flou, très théorique. Et en particulier, il a voulu notamment dans le domaine militaire donner plus d’importance aux forces africaines qui seraient mandatées par l’Union africaine, et non pas par l’ONU, et notamment dans le Sahel, pour remplacer les troupes françaises et les troupes de l’ONU. Et pour l’instant, ça ne marche pas.

    Donc, vous dites que « les trois piliers structurels de la relation entre la France et l’Afrique sont toujours là ». Ces trois piliers, on peut les donner ?

    C’est tout d’abord la présence militaire. La présence militaire permanente. Depuis les indépendances, le seul ancien colonisateur qui a maintenu constamment des troupes sur le continent africain, c’est la France. La deuxième spécificité, c’est l’Union monétaire, la zone franc qui existe encore et qui s’appelle encore zone franc, même depuis le passage à l’Euro. Puis le dernier pilier, là il est beaucoup plus ordinaire, tous les anciens colonisateurs font ça, c’est l’aide au développement.

    Il y a quand même des changements notables dans cette politique. Pour vous, l’évolution la plus marquante concerne l’aide au développement, avec à la fois sa réorientation, mais aussi le rôle sécuritaire qui lui est dévolu. Expliquez-nous ce point ?

    Oui. Alors ça, c’est un changement, et en même temps c’est la confirmation d’une évolution précédente, mais qui était plus timide sous le précédent quinquennat. Ce volet sécurité de l’aide au développement a été développé par la France après l’opération Serval et à la demande des militaires français eux-mêmes.

    Donc ça veut dire quoi ? Que l’Agence française de développement (AFD) sur le terrain et l’état-major des armées travaillent désormais main dans la main au Sahel ?

    Oui, oui. Enfin, ils essayent. À la suite de Serval et dans la logique de constitution du G5 Sahel [Mauritanie, Mali, Burkina Faso, Niger, Tchad], il y a eu dès le quinquennat de François Hollande un rapprochement entre l’état-major des armées et puis l’AFD, le  nouveau directeur général de l’AFD, Rémy Rioux, qui était beaucoup plus sensible à cette question que la directrice générale qui l’avait précédé. Et donc ce rapprochement est effectif dans les principes. Maintenant, il faut l’appliquer. Et l’appliquer, c’est extrêmement difficile. Pour moi, une des difficultés principales, c’est que le temps de l’action des militaires n’est pas du tout celui de l’action d’aide au développement. Il y a quand même eu des progrès assez sensibles sous Emmanuel Macron à ce sujet. Non seulement le rapprochement entre l’état-major des armées et l’AFD a été confirmé, mais également on essaie de rapprocher autant que possible l’action du centre de crise, qui est au quai d’Orsay et qui s’occupe des questions humanitaires, de l’aide immédiate, puis l’action de l’AFD qui, dans le système français, ne s’occupe que d’aide au développement à long terme.

    À la fin de cette étude, vous écrivez ceci : « Comme les coalitions occidentales en Afghanistan et en Irak, la France est aussi l’otage de dirigeants locaux qu’elle soutient militairement sans pouvoir ou savoir contrecarrer leurs dérives financières et politiques ». À qui pensez-vous ?

    Il y a plusieurs pays concernés. Il y en a un auquel on pense en particulier, celui qui a l’air le plus critiquable dans ce domaine, et qui est même critiqué très fortement par l’opinion dans sa capitale, c’est IBK [Ibrahim Boubacar Keïta, président du Mali] bien sûr. Mais pas seulement lui.

    Vous pensez aussi au Tchad ?

    Oui, bien sûr. Mais là, on voit bien que ce soutien est parti d’une logique complètement différente, d’une logique d’alliance continentale, multinationale, et qu’on se retrouve piégé finalement dans le soutien au gouvernement qui en plus est un gouvernement d’origine militaire.

    Donc Emmanuel Macron poursuit un petit peu ce qu’a fait ses prédécesseurs dans ce domaine-à ?

    Tout à fait. Ça sent un peu la Françafrique qui était tellement dénoncée depuis Nicolas Sarkozy qu’on n’en parle même plus aujourd’hui dans la rhétorique d’Emmanuel Macron sur l’Afrique. Mais on est bien obligé de constater qu’il y a des actions qui ressemblent étrangement aux actions qui ont été faites dans les années 80-90. Je pense que peut-être l’échec le plus discret, mais aussi peut-être le plus profond, d’Emmanuel Macron dans sa nouvelle politique africaine, c’est la relation avec la société civile. Il n’a pas réussi à établir des …. Il a voulu, il a vraiment voulu. C’était très symbolique le discours de Ouagadougou devant les étudiants, et pas devant un parterre d’officiels, de politiques, etc. Le Conseil présidentiel pour l‘Afrique [créé par Macron en août 2017, structure indépendante, réunissant des personnalités issues de la société civile, membres ou non de la diaspora africaine], on en parle à peine. Il n’a pas été très efficace pour l’instant. Finalement, plus ou moins malgré lui, Emmanuel Macron s’est retrouvé à dialoguer avec des chefs d’État et leur entourage, comme dans le passé. Alors qu’il ne s’était pas préparé à cela.


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