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    «Fraternité»: un film polémique sur la dernière des guerres soviétiques

    Capture d'écran de la bande d'annonce du film «Fraternité» de Pavel Lounguine. youtube.com

    Le nouveau film de Pavel Lounguine suscite une violente polémique en Russie. Des associations de vétérans accusent le réalisateur de « Taxi Blues » de salir la mémoire des soldats soviétiques et demandent l’interdiction de « Fraternité ».

    de notre correspondant à Moscou,

    C’est un film ultra-réaliste, parfois violent, mais empreint d’humanité. Un film, surtout, qui n’obéit absolument pas aux codes actuels du film de guerre russe. Dans Fraternité, les soldats soviétiques ont peur, ils boivent, et volent parfois la population locale. Rien à voir avec le soldat forcément héroïque tel qu’il apparaît dans les innombrables films consacrés actuellement en Russie à la Seconde guerre mondiale.

    Basé sur des faits réels, Fraternité se déroule à la fin de la guerre, en 1988. Les troupes soviétiques sont sur le point de se retirer du pays, mais un groupe de soldats tente de libérer un pilote capturé par des moudjahidines. Un tissu de contre-vérités historiques, aux yeux de plusieurs associations de vétérans qui ont réclamé l’interdiction du film. Dans un courrier adressé au ministère de la Culture, le responsable de l’une de ces associations dénonce « un exemple classique de russophobie, qui présente les vétérans comme une bande de dégénérés, de voleurs et d’assassins face à des Afghans blancs comme neige. » Pour Igor Morozov, vice-président de la Commission pour la culture du Sénat russe, Pavel Lounguine a réalisé une œuvre « antipatriotique, qui démotive les jeunes à aller servir sous les drapeaux. »

    Censure « d’en bas »

    Aux yeux de Pavel Loungine, les attaques visant son film témoignent du climat très lourd pesant actuellement, en Russie, sur la création artistique. « C’est un film anti-guerre et peut être même l’idée de faire un film anti-guerre maintenant en Russie devient quelque chose qui peut être poursuivi, explique-t-il à RFI. « Avant, en URSS, on avait la censure officielle, la censure « d’en haut », et maintenant on a ce que j’appelle la censure « d’en bas », la censure de foule. Chaque groupe marginal ou extrémiste de spectateurs ou même de futurs spectateurs est déjà prêt à s’indigner – avant même d’avoir vu le film. »

    Aux yeux du réalisateur russe, primé à Cannes en 1990 pour « Taxi Blues », cette pression « négative » peut avoir des conséquences très lourdes : fermeture de spectacles, ou d’expositions. Ou interdiction de films, comme ce fut le cas l’année dernière pour la Mort de Staline, du réalisateur britannique Armando Iannucci, sans parler des débordements violents qui ont précédé, à l’automne 2017, la sortie en salles de Matilda, bluette ayant pour sujet les amours de jeunesse de Nicolas II. En décembre dernier, le réalisateur du film Prazdnik, comédie noire sur le siège de Leningrad, a préféré sortir son film directement sur internet pour échapper à la polémique, et à une éventuelle censure.

    « Il ne faut pas avoir peur »

    Malgré ces attaques, et les démarches demandant l’interdiction du film, la licence de distribution de « Fraternité » n’a pas été retirée, et le film devrait sortir le 10 mai, sauf coup de théâtre. Quand à Pavel Loungine, il se dit déterminé à poursuivre son œuvre de cinéaste, et à traiter de sujets historiques. Le prochain film du réalisateur russe devrait d’ailleurs porter sur l’histoire du Goulag, et sur la répression exercée par Staline – là encore, un sujet potentiellement explosif aujourd’hui en Russie. « Si tu veux dire quelque chose tu peux être écouté, tu peux être entendu, souffle le réalisateur. Mais… il ne faut pas avoir peur c’est tout.  »

    Bande annonce du film « Fraternité »


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