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    La France des villages tentée par le vote Le Pen [Série Nationale 1- 4/5]

    La mairie et ancienne école communale de Ponchon (Oise). Bruno Faure/RFI

    Qui sont les électeurs de Marine Le Pen ? Et quelles sont leurs motivations ? A l’approche des élections européennes, le Rassemblement National engrange des soutiens notamment dans les zones rurales ou péri-urbaines. C'est là que nous mène le 4ème volet de notre série de reportages le long de la Nationale 1 dans le nord de la France. Deux ans après l'élection d'Emmanuel Macron, la défiance envers le chef de l’État reste très forte. Illustration dans le département de l'Oise, à une centaine de kilomètres de Paris.

    Pour accéder à Ponchon, petit village apparemment paisible d’un peu plus de 1.000 habitants, il faut d’abord sortir de la route nationale à 2X2 voies, emprunter une route bien plus petite, bifurquer une ou deux fois, avant d’entrer dans des ruelles étroites. Le long de la mairie et ancienne école communale, un chemin grimpe jusqu’à l’entrée de l’école primaire. C’est là que se retrouvent quelques papas et beaucoup de mamans, venus récupérer leurs enfants après la classe. La discussion est conviviale.

    Entre deux éclats de rire, nous nous présentons, et expliquons le thème du reportage. Devant la réticence de plusieurs parents, une jeune femme propose de témoigner de son rejet de la présidence Macron. « Au bout de deux ans, on n’en veut plus, explique Sylvie, assistante maternelle. On est dans une petite commune, et rien ne s’est passé. Ma collègue a traversé la rue mais n’a pas trouvé de travail… » Notre interlocutrice fait ici référence aux propos du chef de l’Etat qui avait laissé entendre qu’il était facile aujourd’hui de trouver un emploi quand on le souhaite réellement. La collègue en question poursuit : « il n’y a pas. Je suis au chômage depuis un an et demi, je fais les boîtes d’intérim, plein de démarches, mais ce n’est pas facile de trouver du travail. »

    Il se trouve qu’à Ponchon, où sont installés quelques exploitations agricoles, un centre équestre, mais très peu de commerces, Marine Le Pen a la préférence des électeurs. Au premier tour de la présidentielle 2017, elle a décroché à près de 40% des voix. Au second tour : 57%, très largement au-dessus de la moyenne nationale (un peu moins de 34%). « A Ponchon, on a voulu voter Le Pen pour faire changer les choses », explique Sylvie. « Mais rien ne s’est passé. Puisque c’est Macron qui est passé. »

    « Voter Le Pen ? Pourquoi pas »

    Ponchon n'est pas la seule commune dans ce secteur de l'Oise à ne pas avoir été entendue en 2017. Sur le marché de Noailles, gros village traversé par la Nationale 1, c’est l’heure du rangement pour les commerçants du marché. Alvana remet dans son camion les vêtements qui n’ont pas été vendus. La hausse des prix du carburant et le sentiment d’une perte générale de pouvoir d’achat semblent jouer beaucoup dans sa colère : « c’est de pire en pire. On perd plus qu’on ne gagne d’argent. On ne sait même pas si on va pouvoir continuer à vivre sur les marchés. A l’âge que l’on a, on ne peut pas trouver de boulot autre part, on n’a aucun diplôme. On ne s’en sort pas ». Et quand on lui demande si elle a voté lors de la dernière présidentielle ? « Oui, je vote toujours. » Pour Macron ? « Non, du tout. » Vous seriez tentée par le vote Le Pen ? « Pourquoi pas. Si ça pouvait changer quelque chose. On verra en temps et en heure », conclut la commerçante dans un rire entendu.

    « Comme Louis XIV, qui se croyait supérieur… »

    A quelques dizaines de kilomètres de là, nous nous arrêtons dans le plus petit village du département de l’Oise en nombre d’habitants. Ils ne sont que 28 à Gouy-les-Groseillers, une seule vraie rue, dans un paysage sans grand relief. Des dizaines d'éoliennes barrent l’horizon dégagé ce matin-là. Ici, Marine Le Pen a réalisé l’un de ses plus beaux scores. Par 17 voix contre 4, soit 81% des suffrages, la candidate frontiste avait écrasé au second tour le futur président. Allait-il être facile d’y recueillir des témoignages expliquant ce choix collectif ? Sûrement pas. Les deux premières personnes sollicitées, des agriculteurs au travail dans leur exploitation, refusent avec courtoisie. Le troisième est, lui, beaucoup moins amène. Après avoir écouté notre demande, il déclare qu’il n’a plus « aucune envie de répondre à des journalistes, qui de toutes façons, déforment tout. » Au bout de la rue, nous trouvons finalement un couple de retraités. Le mari taille la haie qui entoure la maison, semble prêt à témoigner mais, expliquant qu’il est malentendant, va chercher son épouse. « C’est contre Macron je pense qu’ils ont voté », estime Marie-Thérèse. « Y’aurait eu quelqu’un d’autre, ça n’aurait peut-être pas été pareil. Contre Macron, il n’y avait que le choix de l’autre côté. » Marie-Thérèse raconte que quand elle était en activité, elle travaillait à Paris, et faisait 2h30 de route quotidiennement. «  Impossible aujourd’hui. Ce serait trop cher. » Derrière la clôture, quelques poules élevées avec son mari, histoire aussi de faire des économies et de manger des œufs bio. Cette dame dit ne pas voter Marine Le Pen, préférer des candidats « à gauche » du président. Mais à l’entendre, elle partage certaines vues de la candidate RN au sujet du locataire de l’Elysée : « On a l’impression qu’il prend les Français pour des imbéciles. Il n’est pas à la hauteur de ce qu’il prétendait être. Comme Louis XVI, qui se croyait supérieur à tout le monde. Et puis malheureusement, il y a eu une Révolution. Parce qu’ils étaient taxés, et ils en ont eu un petit peu marre. Les gros qui prenaient sur les petits… »

    Et demain vendredi, dernier volet de cette série. Nous serons à Sarcelles, ville de banlieue parisienne où Emmanuel Macron s'était rendu pendant la campagne présidentielle. Nous verrons si ses habitants pensent que les promesses ont été tenues.

    ► Les précédentes escales:

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