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    «La malnutrition infantile en RDC est l'un des principaux problèmes de développement»

    Des enfants attendent la distribution de nourriture dans un camp de personnes déplacées à Bunia, dans la province d'Ituri, est de la République démocratique du Congo, le 12 avril 2018. REUTERS/Goran Tomasevic

    C'est un secteur de développement aux enjeux sous-estimés : la malnutrition infantile. En RDC, 42% des enfants souffrent d'un retard de croissance dû la plupart du temps à ce fléau, soit six millions d'enfants au total. Et loin de diminuer, ce chiffre augmente chaque année. La Banque mondiale vient d’allouer plus de 500 millions de dollars à un programme destiné à lutter contre ce phénomène qui entrave le développement économique de tout un pays. C'est ce qu'explique Jean-Christophe Carret, directeur pour la RDC de cette institution au micro de Florence Morice.

    RFI : Pourquoi la Banque mondiale décide de faire de la lutte contre la malnutrition infantile une priorité en RDC ?

    Christophe Carret : Parce que c’est un des principaux problèmes de développement de ce pays qui en compte beaucoup. Cela engage l’avenir de toute une nation. En RDC, on a aujourd’hui un peu plus de 40% des enfants qui souffrent de retard de croissance, 40% de plus qu’il y a 20 ans. Et quand on souffre dans son enfance de retard de croissance, cela ne permet pas quand on devient un adulte de réaliser son potentiel productif.

    Avez-vous pu mesurer concrètement les effets de la malnutrition infantile sur la population ?

    50% des enfants qui décèdent entre 0 et 5 ans -ils sont relativement nombreux en RDC-, c’est dû à la malnutrition. Deuxième effet, même si on est toujours en train de vérifier, il semblerait qu’il y ait un lien entre les enfants qui quittent l’école avant la fin du cycle secondaire et la malnutrition. Donc c’ est responsable probablement en grande partie du fait que 20% des enfants qui entrent à l’école ne finissent pas le cycle de l’éducation secondaire. Ils ont du mal à apprendre. Le cerveau ne se forme pas de la même façon. Il y a des déficiences dans la manière dont le cerveau se développe, quand l’enfant ne bénéficie pas d’une nutrition adaptée.

    Avec donc des effets sur la mortalité, mais aussi sur toute l’économie congolaise. C’est ce que vous avez pu mesurer ?

    On a mis au point à la Banque mondiale un nouvel index qui s’appelle « l’index du capital humain » qui mesure la productivité de la génération future. Le score de la RDC, c’est 0,37, un peu en dessous de la moyenne qui est de 0,40 pour le continent africain. Et un score de 0,37 en matière de capital humain veut dire que le pays, l’enfant, l’individu réalisera seulement moins de deux fois et demie son potentiel arrivé à l’âge adulte. Et cela se traduit dans la capacité d’un pays à créer des richesses. En fait, ce que j’ai redécouvert, c’est que l’investissement dans le capital humain compte énormément dans la trajectoire de développement économique que prend un pays. Donc il ne suffit pas d’investir dans les infrastructures, il ne suffit pas et c’est très important pour un pays comme la RDC de bien gérer ses ressources naturelles, il faut aussi investir dans le capital humain. Et quand on dit capital, cela montre que c’est un investissement, ce n’est pas une dépense. Ce qu’on sait aujourd’hui, en provenance de plusieurs études, c’est qu’un dollar investi dans l’amélioration de la nutrition produit 11 dollars de bénéfice.

    Comment peut-on expliquer l’ampleur de la malnutrition infantile dans ce pays ?

    C’est lié à la pauvreté. Non seulement, c’est un pays où le pourcentage de pauvreté est élevé -il y a environ 70% de la population qui est pauvre-, mais comme c’est un pays où il y a beaucoup de monde, c’est aujourd’hui le troisième plus grand réservoir de pauvres au monde, après l’Inde et après le Nigeria. Et contrairement à l’Inde, c’est un pays où le nombre de pauvres s’accroît chaque année. Donc aujourd’hui, on a à peu près 60 millions de pauvres en RDC, et par rapport à l’année dernière, il y a 1,5 million de pauvres de plus que l’an dernier. Là aussi, c’est une bombe à retardement. C’est-à-dire qu’un pays qui, même s’il a une croissance économique, n’arrive pas à traduire une partie de cette croissance économique en réduction de la pauvreté, s’achemine vers des lendemains compliqués. Il y a aussi un facteur d’explication assez important qui sont les grossesses dites précoces, elles sont assez nombreuses. Et quand la mère est jeune, cela favorise encore plus l’apparition de problèmes de malnutrition chez le nourrisson.

    Vous engagez avec ce projet plus de 500 millions de dollars sur cinq ans. Quels résultats pensez-vous obtenir ?

    C’est le plus grand projet jamais réalisé par la Banque mondiale dans le domaine de la malnutrition. On pense, avec ce projet qui va concerner quatre provinces, aider 2,5 millions d’enfants et 1,5 million de mères à ne pas souffrir de malnutrition. On touche un quart de la population des enfants malnutris. Cela veut dire à mon avis que les enjeux de développement en RDC sont gigantesques, parce que quand on arrive avec le plus grand projet jamais réalisé et qu’on peut seulement, je dirais seulement, s’occuper d’un quart de la population d’enfants qui souffrent de ce problème, cela montre l’ampleur de l’enjeu. Ce n’est pas un problème qu’on va régler en l’espace de 4 ou 5 ans. On a d’autres exemples d’interventions de la Banque mondiale dans d’autres pays du monde. Dans le meilleur des cas, lorsqu’on a travaillé pendant dix ans de manière continue dans les mêmes villages ou dans les mêmes régions où il y avait ce problème de malnutrition, au bout de dix ans vous arrivez à diminuer le taux de malnutrition par deux. C’est vraiment quelque chose qui est très difficile, très coûteux et très long à régler.

    Est-ce que c’est une problématique qui a été négligée ces dernières années en RDC  ? On n’avait pas mesuré son importance ?

    Ce n’est pas que cela ait été négligé. Ça a été souvent traité comme une crise humanitaire. Nous, ce qu’on dit c’est que la malnutrition est un des aspects fondamentaux de la future croissance économique du futur développement de ce pays et qu’il faut la traiter en tant que telle. Les interventions qu’on pourrait faire dans d’autres secteurs comme le secteur de l’éducation, comme le secteur de la santé, comme les infrastructures, seront des interventions qui auront des rendements moindres puisqu’on ne travaillera pas sur des individus qui peuvent réaliser tout leur potentiel.

    Des dizaines de femmes leurs enfants dans les bras, patientent sur une rangée de bancs. C’est l’heure de la pesée mensuelle dans ce centre de santé.

    [Reportage] En RDC, 42% des enfants souffrent de retard de croissance 10/06/2019 - par Florence Morice Écouter

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