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    Jean-Marc Rochette tutoie les cimes du 9e art

    Jean-Marc Rochette. @Dols

    Il a connu un succès mondial avec sa série de science-fiction : « Le Transperceneige  » (adapté au cinéma sous le titre Snowpiercer en 2013 par Bong Joon-ho). Le dessinateur Jean-Marc Rochette publie en ce printemps deux albums chez Casterman : « Transpecerneige : Extinctions », un  prequel, c'est-à-dire les prémisses de sa série phare, et puis dans un tout autre style : « Le loup ».

    Il a une barbe blanche bien taillée, des yeux d’un bleu glacier franc et déterminé : le berger du nouveau roman graphique de Jean-Marc Rochette, « Le Loup », ressemble à son créateur. « Au départ je voulais prendre un de mes voisins », confie dans son atelier parisien le dessinateur de 63 ans qui vit une partie de l’année dans son chalet de la vallée du Vénéon, dans l’Oisans. « Puis je me suis aperçu que ce serait problématique de le faire poser. Et puis mon éditrice m’a dit que j’avais le physique de l’emploi. Ça faisait un vieux berger comme ça acariâtre ! »

    «Le loup» une bande dessine de Jean-Marc Rochette © Éditions Casterman

    Jean-Marc Rochette est pourtant moins bourru et taiseux que son personnage, Gaspard, dont le fils unique, soldat dans l’armée française, est mort au combat au Mali. Juste accompagné de son chien Max, son patou il parcourt les alpages avec ses brebis, et déplore les attaques du loup. Une cinquantaine de ses bêtes sont déjà mortes, égorgées. N’y tenant plus, il abat une louve dans le parc naturel où l’espèce est pourtant protégée. Mais il épargne le louveteau qui reviendra, une fois adulte, se venger et le défier. Leur affrontement prend alors des accents de conte mythologique, presque métaphysique également. « Le loup va revenir tuer le chien du berger, qui est son seul ami », raconte Jean-Marc Rochette, « et c’est une haine à mort un peu comme le capitaine Achab et la baleine blanche dans Moby Dick. En plus c’est un loup blanc qui s’est nourri du sang de sa mère. Et plus le conflit entre les deux monte, plus l’affrontement prend d’autres accents, jusqu’à montrer l’homme seul face à la nature ».

    Dans ces massifs alpins, la question du loup apparaît sensible, presque explosive. Jean-Marc Rochette ne prend pas parti entre pro et anti loups, défenseurs de la nature contre bergers protégeant leur troupeau : « Dans ma vallée, j’ai un voisin ancien berger très sympathique. Il a lu l’album très vite et il n’a rien eu à dire. Et les chasseurs de chamois me font des signes d’amitié. Mon livre n’est pas clivant, car c’est une légende et puis je parle à la place du loup et du berger, deux êtres qui ont des intérêts antagonistes. C’est un problème insoluble ».

    Une montagne presque abstraite

    « Le Loup » connaîtra-t-il le même succès que « Ailefroide, altitude 3 954 » (Casterman, 2018), son précédent roman graphique ? Dans cet album autobiographique, Jean-Marc Rochette racontait sa passion pour l’alpinisme dès l’adolescence. Une passion de l’ascension et de la montagne telle que le Grenoblois songe à devenir guide de haute montagne. Mais à l’âge de 25 ans, il doit y renoncer à la suite d’un grave accident dû à une chute de pierres. C’est alors qu’il se consacre entièrement à la bande dessinée.

    «Le Loup», une bande dessinée de Jean-Marc Rochette ©Éditions Casterman

    Le seul département de l’Isère a acheté l’album pour ses 31 refuges de montagne. Un roman graphique qui a séduit bien au-delà des amateurs de bande dessinée.

    Car Jean-Marc Rochette représente la montagne avec force. Bien qu’avec une grande économie de moyens, ses planches sont diablement évocatrices. « Je travaille uniquement en noir et blanc, explique Jean-Marc Rochette. Je travaille avec la coloriste Isabelle Merlet. La montagne elle-même est une structure abstraite. Ce sont des formes géométriques, c’est minimaliste en tant que tel : de la glace, du blanc avec quelques cailloux. Au départ j’ai dû dire à Isabelle de simplifier ses couleurs, car elle avait tendance à rajouter des teintes dans les ombres. C’est vrai que cela a un côté épuré, et c’est ce que j’aime dans ce décor ».

    « Transperceneige : Extinctions Acte 

    Jean-Marc Rochette s’impose désormais comme un grand dessinateur, notamment de récits de montagne. Pourtant, pendant dix ans, il arrêta la bande dessinée pour s’installer dans un atelier de peinture, à Berlin. C’est l’adaptation par le réalisateur sud-coréen Bong Joon-ho (qui a décroché la Palme d’or à Cannes cette année avec« Parasite ») de sa bande dessinée culte « Le Transperceneige » qui a sorti Jean-Marc Rochette de l’oubli.

    «Transperceneige : Extinctions Acte 1» une bande dessinée de Jean-Marc Rochette ©Éditions Casterman

    Dès le début des années 80, ce militant écologiste, qui participa à des luttes contre des sites nucléaires dans la décennie 1970, signe en effet les dessins d’un récit de science-fiction de Jacques Lob. Dans cette bande dessinée, publiée par le mensuel (À Suivre) en 1982 et 1983, un train parcourt à grande vitesse la surface de la Terre dans une nouvelle ère glaciaire, avec, à bord, les derniers survivants de l’espèce humaine. Ce qui passait pour de la science-fiction semble aujourd’hui prémonitoire. Jean-Marc Rochette se souvient : « Quand Jacques Lob (mort en 1990 NDLR) m’avait proposé son scénario, j’étais plus politisé que lui, j’étais allé manifester contre l’installation du Superphénix à Creys Malleville en 1977 et j’étais déjà très pessimiste. Déjà René Dumont, candidat à la présidentielle de 1974, prônait la décroissance, on savait qu’il fallait arrêter de mettre des pesticides partout. Donc en 1982 on savait tout cela. Quarante plus tard, on continue sur la même pente. La réalité a rattrapé la fiction » se désole-t-il.

    Alors même s’il a clos la série en 2015 avec « Transperceneige : Terminus » (Casterman, 2015), son éditeur le convainc de se remettre à ses planches à l’annonce de la préparation d’une série télévisée pour Netflix. « Et puis une série de bandes dessinées ne vit que si elle est alimentée en nouveaux albums, reconnaît le dessinateur. On n’avait pas grand-chose à ajouter sur ce qui se passe dans le train, et même après puisque j’avais déjà fait Terminus, je me suis dit que ce qui était intéressant c’était le . Pourquoi cela s’est passé comme cela ? Le sujet du moment, c’est la destruction de la terre, la surpopulation, la perte de biodiversité, la pollution. Donc avec le scénariste, Matz, on met en scène des éco-terroristes. La première scène montre un chasseur qui tue les trois derniers éléphants d’Afrique. Il se fait assassiner, car les activistes veulent que la peur change de camp. Et c’est parti pour une grande fresque d’écologie radicale. Ce que l’on vit un peu en ce moment, car on a perdu 60% de la population des animaux sauvages en quinze ans. Si on continue comme cela dans une quinzaine d’années, il n’y aura plus rien et peut-être qu’un jour ou l’autre certains passeront à l’action violente ».

    «Transperceneige : Extinctions Acte 1» une bande dessinée de Jean-Marc Rochette. ©Éditions Casterman

    Jean-Marc Rochette prévoit deux nouveaux tomes à cette série du « Transperceneige ».


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