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    Terrorisme: le devoir de responsabilité

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Ceux qui aspirent à gouverner ne sont pas obligés de mentir à leurs concitoyens juste parce qu’ils n’ont pas la patience d’attendre la fin d’un mandat octroyé par leur peuple à leurs adversaires.

    les attaques violentes s’enchaînent, ces dernières semaines : Burkina, Mali, Niger… Les communautés villageoises sont touchées, au même titre que les forces de défense et de sécurité, et la tentation n’a jamais été aussi grande, pour une partie de la population, d’incriminer les dirigeants en place, ce que vous dites comprendre. Pourquoi refuser ce droit aux leaders politiques d’opposition ?

    Tout dirigeant politique au pouvoir a forcément à assumer la responsabilité première, lorsque des malheurs d’une certaine gravité arrivent au plus petit nombre de ses concitoyens, a fortiori à des communautés entières, donc, quelque part, à tout son peuple. Les populations ont suffisamment de griefs contre leurs dirigeants, pour que l’on n’aille pas imputer à ces derniers plus qu’ils n’en méritent. Surtout pas dans le registre de l’insécurité, surgie, telle une génération spontanée, dans cette partie du Sahel, juste après l'assassinat de Kadhafi, en Libye.

    Un homme politique africain qui affirmerait avoir les moyens d’enrayer le terrorisme islamiste et ses avatars dans le Sahel devrait être entendu par les responsables de la sécurité et, si besoin, par des magistrats. Car ce n’est pas très patriotique de garder pour soi des informations qui pourraient sauver des vies.

    Ceux qui ont la responsabilité des nations devraient en faire toujours plus, et ils n’en feront jamais assez, tant que demeurera sur leur territoire une seule poche de ce type de calamité. Pour autant, un responsable politique vraiment responsable ne devrait pas faire commerce des souffrances des populations, en suggérant qu’il suffirait de dégager ses adversaires politiques du pouvoir, pour que se résorbe ce mal, parce que lui aurait pris leur place.

    Bill Clinton, George Walker Bush, Barack Obama ne sont pas parvenus à éradiquer le terrorisme domestique par armes à feu, en quelque vingt-quatre ans de présence à la Maison Blanche. Lorsque Donald Trump aura terminé son premier mandat dans dix-huit mois, ce problème demeurera d’autant plus entier que lui, Trump, est du côté de la NRA, le lobby des armes qui a empêché Clinton, Bush et Obama d’agir.

    Mais le problème n’est pas le même !...

    Il n’est pas le même, mais on est sur le même terrain de la démagogie. Il n’est pas le même. Il n’est même pas le même que le terrorisme qui frappe, à intervalles plus ou moins réguliers, Londres, Barcelone, Paris, Nice… Car le mal qui répand la terreur au Sahel peut, lui, être circonscrit, avec tout juste un peu plus de moyens et un minimum de compassion de la part de certains Etats occidentaux, qui oublient trop souvent de s’interroger sur le rôle joué par leur pays dans l’infestation de ces Etats africains, par cette piraterie du désert qui se dit jihadiste.

    Ces nations, que l’on ne rate aucune occasion de qualifier de « plus pauvres de la planète », vivaient leur pauvreté avec dignité. Debout ! Les riches et les puissants sont venus leur rajouter une nouvelle calamité, cousue main, pour des raisons mystérieuses, pour des intérêts questionnables. A présent, le peu dont disposent ces peuples doit être réparti entre la sécurité, d’une part, et la santé, l’éducation, l’agriculture, bref, le développement, de l’autre.

    Il se trouve que le bon usage diplomatique intime aux gouvernements concernés de ne pas rappeler aux grandes puissances leur responsabilité dans les malheurs actuels du Sahel. Alors, on se tait ! C’est la règle, dans ce monde, où les plus vulnérables sont sommés de faire silence sur les causes ou les origines des maux qu’ils subissent, parce que cela pourrait incommoder telle puissante multinationale, ou telle puissance mondiale.

    Les opposants devraient-ils donc incriminer les grandes puissances plutôt que leurs propres gouvernants ?

    Non. Ils ont le droit, et même le devoir de critiquer leurs gouvernements, pour sa part de responsabilité. Mais donner l’impression que c’est un problème que eux, opposants, résoudraient, et qu’ils suffirait d’éjecter leurs adversaires pour que reviennent la paix et la sécurité sur tous les hameaux du Burkina, du Mali et du Niger, côtoie, quelque part, l’imposture. Vous aurez d’ailleurs remarqué que Zéphiryn Diabré, leader politique d’envergure au Burkina, ou Soumaïla Cissé, son alter ego, au Mali, tout en étant très sévères avec les dirigeants au pouvoir, ne se hasardent jamais sur ce terrain de l’irresponsabilité. Un homme d’État sait se tenir.

    Exactement comme aucun homme d’État français ou britannique, même dans l’opposition, ne se hasarderait à faire croire qu’il détient une baguette magique pour empêcher dans son pays tout attentat terroriste impliquant des islamistes. Ceux qui gouvernent doivent faire toujours mieux pour sécuriser leurs peuples. Mais ceux qui aspirent à gouverner ne sont pas obligés de mentir à leurs concitoyens, juste parce qu’ils n’ont pas la patience d’attendre la fin d’un mandat octroyé par leur peuple à leurs adversaires.

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