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    Pourquoi l’accord UE-Mercosur déchaine ses opposants

    Siège du Mercosur à Montevideo, en Uruguay. Flickr/CC/Carlos Borroni

    L’accord de libre échange passé entre l’Union européenne et les pays d’Amérique du Sud membres du Mercosur a réussi à liguer contre lui aussi bien les écologistes que les lobbys agricoles européens. Depuis l’annonce de cet accord, vendredi à Bruxelles, la polémique ne cesse d’enfler : des eurodéputés LaREM à titre individuel aux écologistes, en passant par la droite et l'extrême droite, les voix pour condamner cet accord fusent de partout en France.

    Lundi, Nicolas Hulot, ancien ministre d’Emmanuel Macron, comme Yannick Jadot, la nouvelle star d'Europe écologie-Les Verts après le bon score obtenu aux élections européennes, ont totalement rejeté l’accord signé par les Vingt-Huit avec le Paraguay, l'Uruguay, l'Argentine et le Brésil. Les agriculteurs français et leurs syndicats y sont opposés depuis toujours. Tout comme les fermiers irlandais, belges et polonais, eux aussi très remontés.

    En quoi les agriculteurs européens sont-ils menacés par cet accord ?

    Le Mercosur pourra exporter chaque année en Europe 99 000 tonnes de bœuf avec un droit d'entrée réduit. Les Sud-Américains ont aussi obtenu un plus grand accès au marché du sucre et du poulet. Trois produits dont le Brésil est le grand champion mondial. Voilà ce qui effraie les éleveurs européens en petite forme, le secteur du sucre en pleine crise, et la filière avicole déjà soumise à la concurrence brésilienne.

    La Copa Cogeca, le principal syndicat agricole de l'UE, dénonce « une politique commerciale à deux poids et deux mesures » entre ce qui est demandé aux Européens et ce qui est toléré des producteurs du Mercosur. Sont en cause les normes sanitaires et environnementales, comme le recours aux OGM et aux antibiotiques. Cet accord, selon eux, est mauvais pour la protection sociale comme pour le climat.

    Et c'est sur ce thème que les agriculteurs ont reçu le soutien des écologistes

    Le problème pour eux, c'est aussi le Brésil, ou plutôt son président Jair Bolsonaro. Le populiste a autorisé de nouveaux pesticides par centaines et a relancé la déforestation de l'Amazonie. Leurs critiques sont apparemment justifiées, au vu des réactions des représentants brésiliens de l'agrobusiness, eux aussi sont mécontents. Ils voient d'un mauvais œil la référence au principe de précaution faite dans ce vaste accord, un principe pas vraiment dans la culture locale.

    Le hic, c’est que dans la tête des négociateurs de Bruxelles, Jair Bolsonaro, a bel et bien fait partie de la solution. Car sans l’arrivée au pouvoir de cet homme fort aux accents libéraux, jamais l’accord n’aurait pu être signé. C’est aussi grâce à l’empressement du président argentin Mauricio Macri que les négociations ont été relancées. Mauricio Macri, qui a échoué à vaincre la crise économique chez lui, a besoin de soigner l’électorat de la pampa avant l’élection présidentielle d’octobre.

    Pour qui cet accord aura-t-il des retombées économiques positives ?

    Globalement, pour les pays qui commercent déjà beaucoup avec l'Amérique du Sud : le Portugal et l'Espagne, et bien sûr les grands exportateurs allemands et néerlandais. Et puis, dans tous les pays européens, certaines filières agricoles voient les portes s'élargir. C'est le cas du vin, des spiritueux ou des produits laitiers. Quant à l'automobile et la chimie européennes, elles sont comblées par cet accord de libre-échange qui leur ouvre des nouveaux horizons jusqu'alors bouchés au moment où le marché nord-américain tend à se refermer.

    Mais la route sera longue avant sa mise en œuvre effective. Pas sûr qu'il franchisse le cap du Parlement européen et du Conseil, où il doit être adopté à la majorité. Et il sera peut-être stoppé net de l'autre côté de l'Atlantique. En Argentine, le ticket formé par Cristina Kirchner et Alberto Fernandez, le mieux placé dans les intentions de vote, a déjà annoncé qu'il refuserait cet accord s'ils gagnent l'élection présidentielle.

    En bref : les États-Unis envisagent de nouvelles mesures de représailles commerciales contre l'Europe

    Les fromages, les whiskys irlandais et écossais pourraient en faire les frais. Washington veut appliquer de nouvelles taxes sur une liste de 90 produits pour punir les Européens accusés de subventionner Airbus. Son montant, 4 milliards de dollars, s'ajoute à une première salve estimée à 21 milliards de dollars. Cette plainte américaine contre les subventions dans l'aéronautique est traitée au niveau de l'Organisation mondiale du commerce. Ces nouveaux tarifs sont donc soumis à la décision ultime de l'OMC.

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