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    Russie: trois sœurs jugées pour le meurtre de leur père tortionnaire

    Krestina Khachaturyan, l'une des trois sœurs russes. AFP/Yuri Kadobnov

    En Russie, le nom de Khachaturyan est d’abord associé au grand compositeur arménien de l’époque soviétique. Mais depuis un an, il évoque surtout une affaire sordide, celle des sœurs Khachaturyan. Elles s’appellent Maria, Angelina et Krestina, respectivement âgées de 17, 18 et 19 ans quand l’été dernier, les trois jeunes femmes ont assassiné leur père dans leur appartement moscovite. Ce fait divers a eu un écho médiatique très fort parce que ces trois sœurs subissaient depuis des années violences et agressions sexuelles de leur père.

    Si le réalisateur Claude Chabrol avait eu un alter ego en Russie, ce dernier aurait tiré de cette histoire un film redoutable. Mikhaïl Khachaturyan était un homme tyrannique. Un mari qui avait fait de son épouse une quasi-esclave avant de la chasser du foyer. Un père de famille qui chassé son fils aîné et qui faisait subir à ses trois filles violences et humiliations quotidiennement.

    Les faits relatés par les sœurs et leurs proches sont accablants. À la merci de leur père, les trois filles vivent un enfer, l’aînée fait une tentative de suicide. Elles en sont convaincues, elles n’ont pas d’autre choix que d’agir. Elles assassinent alors leur père de dizaines de coups de couteau et se dénoncent aussitôt à la police.

    Les sœurs Khachaturyan attendent aujourd’hui leur procès, elles encourent jusqu’à vingt ans de prison. Leur avocat invoque la légitime défense. Cette affaire judiciaire fait beaucoup de bruit en Russie, car la société se montre sensible au calvaire enduré par ces jeunes filles.

    Plus qu’un simple fait-divers macabre

    Leur histoire n’est pas un simple fait-divers macabre, elle pose grosso modo les mêmes questions qui ont nourri le débat en France lors du procès de Jacqueline Sauvage, cette femme battue qui avait tué son mari en 2012. Pour beaucoup, les sœurs Khatchatourian subissent la double peine en risquant aujourd’hui d’être mises en prison. Des personnalités prennent publiquement leur défense, tout comme des Russes ordinaires. Sur internet, une pétition appelant les juges à la clémence approche les 250 000 signatures.

    Non seulement cette affaire fait réagir la société, mais elle attire aussi l’attention sur les violences domestiques en Russie, un fait social qui semble ignoré par l’État.

    La police muette

    Dans cette affaire, la police avait été avertie à plusieurs reprises du comportement violent de cet individu, mais les témoignages n’avaient jamais véritablement été pris au sérieux. L’été dernier, Komsomlskaïa Pravda écrivait qu’en Russie, chaque immeuble d’habitation abritait une famille Khachaturyan. Ce journal n’est jamais avare en titre racoleur, mais il n’empêche que les violences domestiques sont ici très répandues.

    Généralement, les victimes se taisent, et lorsqu’elles osent dénoncer ces violences, les faits ne sont quasiment jamais condamnés. Certaines violences au sein de la famille ont d’ailleurs été dépénalisées. Officiellement, il s’agit de protéger la cellule familiale. Cette loi adoptée en 2017 rend de fait plus difficile encore tout recours judiciaire pour les victimes.

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