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    La crise des devises en Afrique centrale en passe d’être résolue?

    Des francs CFA. RFI/Paulina Zidi

    Pour mettre un terme à la crise des devises qui sévit depuis des mois en Afrique centrale, la Beac, la Banque des Etats de l’Afrique centrale, a trouvé un compromis avec les banques commerciales.

    C’est urgent, il faut au plus vite remettre des euros dans les échanges ! Car les entreprises qui ont besoin d’importer, du malt, du blé ou des médicaments sont au bord de l’asphyxie. Faute de pouvoir obtenir les devises nécessaires auprès des banques locales pour réaliser leurs transactions. Les sociétés étrangères s’en sortent mieux, quand leur siège veut bien leur accorder une avance, mais c’est un pis-aller qui n’est pas durable.

    En Guinée équatoriale, où le manque de devise est particulièrement sensible, beaucoup de bureaux de sociétés étrangères ont déjà fermé selon Thibaut Bidet, le chef du pôle macro-économique et financier du service économique de l’ambassade de France au Cameroun.

    Les réserves de devises des pays de la zone Cemac se sont évaporées à cause de la chute des cours du pétrole ?

    C’est la source de tous les maux. Car 5 pays de la Cemac sur 6 sont pétro dépendants. A partir de 2014 l’effondrement de leurs revenus pétroliers entraine la fonte des réserves de change. Pour éviter la pénurie de devise, plusieurs pays reçoivent le soutien du FMI. Ils préfèrent l’ajustement budgétaire à l’ajustement monétaire, c’est-à-dire la dévaluation du CFA, un traitement de cheval qu’aucun gouvernement n’a envie d’assumer.

    L’argent des bailleurs commence à couler, la pénurie tant redoutée n’a donc pas vraiment lieu explique Thibaut Bidet. De son côté la Beac met la pression sur les banques pour qu’elles rapatrient vraiment leurs devises sur son compte d’opération plutôt que de les conserver à l’étranger. Et cela marche, elle commence à reconstituer ses réserves. Ces réserves de change représentent aujourd’hui presque l’équivalent de trois mois d’importation.

    Alors pourquoi est-ce que les entrepreneurs de la région n’ont toujours pas les devises nécessaires pour importer ?

    Quand ils posent cette question à leur banquier, ce dernier, un peu gêné, répond que c’est la faute de la Beac : c’est elle qui refuse de décaisser les précieuses devises. La vérité est plus compliquée et pas vraiment avouable à ces bons clients. Depuis des années, les banques ont pris des libertés avec la règle du jeu. Elles préfèrent conserver les devises à l’étranger pour faciliter les opérations, pour éventuellement faire du trading de devises entre elles et gagner de l’argent plutôt que de les rapatrier à la Beac en échange de CFA sonnant et trébuchant.

    Aujourd’hui le montant des devises en sommeil à l’étranger représente l’équivalent des réserves actuelles de la Beac. Elle a longtemps fermé les yeux sur ces pratiques, jusqu’au moment où elle a voulu tordre le bras aux mauvais joueurs en refusant de fournir des devises aux banques fautives. Ce sursaut de rigidité a mené tout droit à cette crise des devises. La semaine dernière chacun y a mis du sien. La Beac s’est engagé à débloquer les transferts envers les coupables, et en échange les banques sont obligées de fournir le nom des entreprises demandeuses, ces dernières seront donc informées par la Beac de l’évolution de leur dossier. Plus personne ne pourra accuser l’autre de l’allongement des délais.

    Le problème est donc réglé ?

    C’est en bonne voie mais il y a encore un gros écueil lié aux entreprises pétrolières. Elles non plus ne rapatrient pas leurs bénéfices en zone Cemac, et elles n’ont pas l’intention de le faire par manque de confiance dans le système bancaire local, par crainte de voir l’Etat bloquer leurs fonds pour exercer des pressions. Et puis il y a de gros points d’interrogation sur l’avenir selon Thibaut Bidet : une fois que les versements de bailleurs seront interrompus la reconstitution des réserves pourrait très vite capoter à cause de l’érosion des recettes pétrolières. Les cours ne retrouveront pas les niveaux des années 2010 et la production décline sans que l’économie de la région ne se soit vraiment diversifiée. A moyen terme la rareté des devises restera une plaie pour l’économie de la région.

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