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    Pénurie de médicaments en France, à qui la faute?

    La France connaît une pénurie de médicament. AFP

    La pénurie de médicaments continue de sévir en France où lundi dernier, la ministre de la Santé Agnès Buzyn a présenté une « feuille de route », un plan d'action pour les quatre ans à venir. L'urgence est telle qu'aujourd'hui, un Français sur quatre affirme avoir été confronté à la pénurie selon une étude récente. Le problème n'est pas nouveau. Il n'est pas spécifiquement français. Il est mondial. Mais la France accumule les vulnérabilités.

    Cela peut paraître choquant, en tout cas incompréhensible, de voir un pays dont le système de santé est généralement envié dans une telle situation.

    Antibiotiques, Vaccins, anticancéreux, antiparkinsoniens, antiépileptiques, antihypertenseurs, beaucoup de familles de médicaments sont touchées par les ruptures qui ne font que s'aggraver.

    En moins de 10 ans, de 2008 à 2017, les signalements de médicaments en tension ont été augmentés par 12. Et ce sera encore pire cette année selon les associations de patients.

    Une industrie concentrée

    Les raisons des rupturessont des causes multiples et très complexes. Il y a des raisons globales. L'industrie du médicament est une industrie qui s'est beaucoup concentrée ces 15 dernières années et mondialisée.

    Pour résumer, une grosse usine à l'étranger produit l'essentiel d'un médicament pour le marché mondial. On a beaucoup parlé par exemple du « sinemet », la molécule contre la maladie de Parkinson, produite dans une usine unique aux États-Unis. Que se passe-t-il quand elle s'arrête comme il y a quelques mois ? En l'occurrence, pour des raisons de contrôles réglementaires plus stricts, un autre problème pointé par les industriels. La chaîne se casse et les patients se retrouvent en danger.

    L'Asie, la Chine et l'Inde en tête, est devenue un rouage indispensable pour la production des principes actifs des médicaments. Dans le même temps, ces pays deviennent eux-mêmes de gros consommateurs pour leur campagne de santé publique, mais cela alimente aussi la pénurie.

    Mais pourquoi la France semble souffrir davantage que ses voisins en Europe par exemple ?

    La France a un handicap majeur, c'est le prix des médicaments. Comme beaucoup sont pris en charge par l’assurance maladie, les prix sont fixés par un organisme public et de plus en plus bas pour faire des économies.

    Conséquence : quand la chaîne se rompt comme on la décrit plus haut et qu'il y a de la tension, les grossistes du médicament ont intérêt à se tourner vers des pays européens qui offrent des tarifs plus lucratifs comme l'Allemagne ou l'Italie. Et la France se retrouve servie, après tout le monde.

    Arsenal juridique

    Pourtant, la France a étoffé son arsenal juridique depuis presque 10 ans. Elle oblige les industriels à mettre en place des plans de gestion des pénuries sous peine de sanctions financières. On voit que cela ne suffit pas.

    La ministre de la Santé esquisse plusieurs pistes. En plus d'étudier un renforcement des sanctions, Agnès Buzyn reprend l'idée d'un rapport sénatorial de 2018 d'inciter fiscalement les industriels à installer des usines en France. Autre piste : confier à des organismes publics le soin de produire certains médicaments stratégiques.

    L'enjeu majeur de la transparence et l'échange d'informations

    Depuis, les autorités de santé jusqu'à la pharmacie de quartier, il faudrait pouvoir connaître précisément combien de médicaments sont disponibles en temps réel et adapter la réponse au patient.

    Or, les relations sont encore parfois teintées de méfiance entre les acteurs, les labos, les grossistes et les pharmaciens qui se renvoient la responsabilité de la crise.

    Au-delà, au niveau européen, le gouvernement préconise de grouper les achats pour certains médicaments, les vaccins notamment, afin de limiter le risque de distorsion des prix entre les États.

    Toutes ces pistes seront discutées dès septembre avec tous les acteurs appelés à se retrouver dans une « task-force » autour de la ministre de la santé et de celui de l'économie notamment.

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