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    Les Forrest, vice-rois du Katanga [sagas industrielles 1/5]

    George Forrest au téléphone devant la mine de Luiswishi, dans la province du Katanga, en RDC, en 2005. Olivier Polet/Corbis via Getty Images

    RFI diffuse cet été une série d'été consacrée aux grandes sagas industrielles.
    Aussi discrète que puissante, la famille Forrest a bâti en trois générations un empire économique dans la riche province du Katanga en RDC, la République démocratique du Congo. Retour sur cette dynastie d’origine néo-zélandaise, devenue belge et congolaise.

    Certains hommes sont de la race des pionniers et Malta Forrest en faisait partie. Ce Néo-Zélandais d’origine irlandaise quitte son pays en 1920 pour tenter l’aventure en Afrique. Il se rend au Katanga, attiré par les richesses fabuleuses du Congo belge. Installé à Kolwezi, il y fonde en 1922 une compagnie de transport, l’Entreprise générale Malta Forrest, ainsi qu’une famille après avoir épousé Rachel.

    En 1940, George vient au monde. Celui que l’on surnommera bien des années plus tard « le vice-roi du Katanga » partage avec son père la même passion des affaires. Une passion que le destin a failli réduire à néant. Car en 1974, Mobutu Sese Seko entame la « zaïrianisation » de l’économie et nationalise les groupes privés, dont celui de Malta Forrest. Le patriarche ne se remettra pas, il décède quelque temps après. Mais la politique de Mobutu échoue. Le léopard de Kinshasa efface ses taches, il rend aux deux fils Forrest l’entreprise fondée par leur père. Georges Forrest, le plus en vue des deux, va retenir la leçon.

    Chef d'entreprise paternaliste

    Durant toute sa vie, il s’efforcera d’entretenir les meilleures relations avec les dirigeants politiques. Cet homme, qui parle couramment swahili, possède un sens du contact humain qui le tire de sales situations. Ainsi, en 1978 alors que Kolwezi est envahi par les rebelles qui massacrent les civils, George Forrest est sauvé par ses employés.

    L’entrepreneur aime relater cet épisode, comme il aime entretenir sa légende et son image de chef d’entreprise paternaliste. Il finance des écoles, des hôpitaux, des clubs de sport, des fondations caritatives. La légende est aussi un paravent commode. Si l’on n’ignore rien des aventures de l’homme, on en sait moins sur l’épaisseur de ses comptes en banque, et les bilans de ses entreprises qui ne sont pas cotées en bourse.

    Si un entrepreneur se mesure à sa capacité à rebondir, George Forrest est un étalon. Devenu seul maitre à bord du groupe en 1986, il devient incontournable dans les mines katangaises. Mais il va pourtant devoir céder certains de ses plus beaux actifs à des sociétés chinoises, après 2007, à la demande des autorités alors en pleine lune de miel avec Pékin. Forrest perd gros, mais ne se plaint pas. L’amère leçon reçue par son père sous Mobutu est toujours vivace.

    Passage de relais

    Les années 2000 sont violentes au Congo. Est-ce l’ambiance générale ? Toujours est-il que le patron paternaliste adopte parfois des méthodes brutales, et les ONG l’ont dans le collimateur. En 2009, Amnesty International dénonce ses bulldozers qui détruisent des centaines d’habitations de mineurs artisanaux. Pillage des ressources du Congo, trafic d’uranium, trafic d’armes, beaucoup d’accusations vont fleurir sur son compte.

    George Forrest s’en sortira toujours indemne. Aujourd’hui, il a passé la main à son fils, David Malta. La saga Forrest se poursuit, dans une Afrique en voie de mondialisation, David Malta ambitionne de conquérir de nouveaux territoires, comme le Kenya, et de nouveaux domaines d’activité comme l’énergie. Les Forrest disent avoir le cœur au Congo, mais leur portefeuille est toujours domicilié en Belgique, siège de la holding familiale.


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