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    Le caladoc et le marselan, de Châteauneuf-du-Pape à la Chine

    Le vignoble des Côtes-du-Rhône avec le mont Ventoux à l'horizon. RFI/Agnieszka Kumor

    On estime à 6 000 le nombre de variétés de raisin cultivées dans le monde. Certaines d’entre elles accompagnent l’homme depuis des millénaires, d’autres ont été obtenues par croisements. La vigne dispose d’une incroyable capacité d’adaptation. Et pourtant, certaines variétés nobles pourraient ne pas survivre à la montée des températures. La solution pourrait venir des plants résistant au stress hydrique et aux maladies. Agnieszka Kumor nous en présente deux méconnus : le caladoc et le marselan.

    Notre voyage commence dans un petit village du Vaucluse, dans le sud de la France. Le mistral souffle fort, mais n’apporte guère de répit. La chaleur qui se déverse du ciel écrase sans distinction les humains, les oiseaux et les plantes. La sécheresse guette les vignes.

    Courthézon est à une vingtaine de kilomètres de la Cité des papes où se déroule le fameux festival d’Avignon. Fabien Ramoino dirige le domaine Réal Clavel. Il est membre du Cellier des Princes, un groupement de 189 producteurs de l’appellation Châteauneuf-du-Pape. La cave coopérative créée en 1925 innove sans cesse. Sa nouvelle trouvaille : les cépages résistants.

    Les variétés de raisin « métisses »

    Ce sont ces variétés de raisin « métisses » issues de croisement entre deux plants appartenant à l’espèce Vitis vinifera (c’est comme cela que l’on appelle la vigne cultivée) et présentant des caractéristiques pertinentes pour la production de vin. Leur plus gros atout : la résistance aux maladies cryptogamiques, c’est-à-dire causées par un champignon. Parmi ces maladies, les principaux ennemis de la vigne : le mildiou et l’oïdium, que l’on traite avec des produits chimiques (viticulture conventionnelle) ou encore du soufre ou du cuivre (viticulture biologique). Et si le raisin se défendait lui-même, il n’y aurait pas besoin de tout cela.

    À la demande de l’œnologue de la cave, Fabien Ramoino teste ces nouveaux cépages, et notamment le caladoc, une variété rouge encore peu connue. Le vigneron lui trouve de nombreuses qualités : « C’est un cépage qui donne beaucoup de couleur. Il peut se vendanger tôt pour être utilisé dans des vins rosés, ou plus tard pour en faire des vins rouges. Il ne craint pas la sécheresse. Il pourrit moins que le grenache et n’est pas du tout sensible à l’oïdium. C’est un raisin qui donne de bons vins ». Et pour couronner le tout, le caladoc résiste aussi à la coulure (la chute des fleurs).

    À 10 km de là, à Sorgues, Joel Choveton-Caillat du Domaine Vaucroze cultive du marselan, un autre cépage issu d’un croisement. Le Cellier des Princes utilise déjà le marselan dans des assemblages, mais Joël pense qu’il a une étoffe d’une star. On pourrait en faire une cuvée à part : « Il a de la couleur, le côté fruité. Il permet de retrouver de bons équilibres dans du vin ».

    Seuls ou (bien) accompagnés

    Les deux cépages ne sont pas de parfaits inconnus. Le caladoc est né en 1958 du croisement du grenache noir et du cabernet sauvignon effectué par Paul Truel, chercheur à l’Institut national de la recherche agronomique (INRA) de Montpellier. Depuis, ce cépage rouge figure au Catalogue officiel des espèces et variétés de plantes cultivées en France. Il est autorisé dans la plupart des vignobles français comme un cépage dit « accessoire ». Sa couleur intense et sa structure tanique en font un compagnon idéal des autres grappes dans des vins d’Indication géographique protégée (IGP).

    En dehors de la France, on rencontre le caladoc en Espagne, au Portugal, en Bulgarie ou en Argentine. Le marselan, le rouge, a été obtenu par l’INRA en 1961. Fruit d’un croisement entre le grenache noir et le cot (autre nom du Malbec), il est aussi inscrit au catalogue officiel. Planté dans le Languedoc et dans la vallée du Rhône, il est également connu en Espagne, dans le nord de la Californie, en Suisse, en Israël et, depuis quelques années, en Chine. Son caractère souple et harmonieux permet de le vinifier seul (en vins d’IGP) ou dans les assemblages (il est alors autorisé dans les AOP, comme les côtes-du-rhône).

    Le défi climatique

    Mais il n’y a pas que des maladies, il y a aussi le changement climatique. Face à l’urgence de ce dernier défi, les vignerons s’adaptent. Pierre Cohen, directeur général du Cellier des Princes : « Il y a la conduite appropriée de la vigne et le travail du sol. On laisse un peu de feuillage pour protéger les grappes du soleil. Mais l’évolution de la législation n’est pas neutre, non plus ».

    Les croisements, il y croit, mais ne se fait pas d’illusion : « On va probablement devoir aller chercher des cépages à l’international, au Portugal ou en Italie, pour voir s’ils peuvent s’adapter à nos terroirs ».

    Un étendard des vins chinois

    Les pieds de vigne voyagent aussi dans le sens inverse, et les « métisses » ont plu aux Chinois. Et particulièrement aux viticulteurs de la région de Ningxia, du nord de la Chine, proche du désert de Gobi, où les hivers sont extrêmement rigoureux, rappelle Jordi Ballester, enseignant-chercheur à l’Université de Bourgogne. « Les températures hivernales descendent si bas qu’ils sont obligés d’enterrer leurs vignes. C’est-à-dire qu’ils taillent les pieds de vigne très bas et les recouvrent avec de la terre pour que le froid ne les tue pas. »

    Le marselan s’adapte bien à ces climats difficiles et permet de produire des vins de qualité. Si les plantations se poursuivent dans l’Empire du Milieu, « le marselan deviendra l’étendard des vins du nord de la Chine. Quant aux régions viticoles du sud chinois, d’autres cépages résistants y prennent pied, notamment la muscadine résistante aux champignons qui prolifèrent dans ce climat tropical avec des humidités fortes ».

    Une voie très prometteuse

    La vigne n’occupe que 3,7% de la surface agricole française, mais elle consomme près de 20% des volumes de pesticides utilisés dans l’agriculture. Or, l’utilisation massive de ces produits contribue à la pollution des sols et de l’eau, à la baisse de la biodiversité, aux émissions de gaz à effets de serre. Sous impulsion des consommateurs qui demandent des vins issus de l’agriculture saine, ou par conviction personnelle, de nombreux viticulteurs optent pour une élimination complète des produits phytosanitaires.

    Dans ce contexte l’innovation variétale avec ces cépages résistants apparaît comme une voie très prometteuse. Entre 30 et 50 variétés résistantes nouvelles sont susceptibles d’être inscrites aux catalogues des États de l’Union européenne d’ici 2020-2050. L’histoire des cépages résistants ne fait que commencer.


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