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    Sur le dos de leurs frères noirs…

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Robert Mugabe n’est plus. Et l’Afrique, presqu'à l'unisson, semble le pleurer, alors que l’opinion, il y a deux ans, se réjouissait de sa chute. Comment fait-on pour trouver autant de qualités à un Mugabe disparu, alors qu’il était plutôt vilipendé, il n’y a pas si longtemps ?

    Parce qu’il n’a pas su partir de lui-même, et qu’il a tenté de ruser avec les institutions, pour mettre son épouse en orbite. Et, peut-être aussi, parce que le sens des hommages qu’on entend les gens lui rendre signifie clairement qu’au moment d’écrire l’Histoire, ce qui lui est reproché pèsera moins dans la balance que ce qu’il a apporté à son peuple.

    On oublie parfois quel était réellement le système que cet homme et ses compagnons combattaient, et ont finalement vaincu, pour libérer leur peuple. Peu après l’indépendance, en octobre 1964, de la Rhodésie du Nord (l’actuelle Zambie), Ian Smith, le leader du Front Rhodésien, parti blanc, proclamait unilatéralement l’indépendance de la Rhodésie du Sud, l’actuel Zimbabwe, pour créer une République où seuls les Blancs auraient des droits, et notamment le droit de vote.

    Et pourquoi ça ?

    Parce que ce territoire de près de 400 000 km2, situé entre le Zambèze et le Limpopo, est d’une sublime beauté, comme pouvaient les aimer les colons anglais. Avec des terres fertiles, à l’infini ! Ian Smith s’y sentait d’autant plus autochtone qu’il y était né. Une indépendance véritable aurait donné aux Noirs, majoritaires, les mêmes droits. Aussi, allait-il, pendant quinze longues années, imposer dans ce pays, au nez de la couronne britannique, la plus avilissante des ségrégations raciales. Robert Mugabe, jeune enseignant cultivé, passera dix ans dans les prisons de ce régime raciste et illégal, d’autant plus indifférent aux sanctions qu’il avait les moyens de les contourner. Mugabe, libéré, se joindra à d’autres, pour organiser une lutte de libération à armes inégales.

    Il a fallu l’arrivée d’un nouveau Premier ministre, en mai 1979, en Grande-Bretagne, et un sommet du Commonwealth à Lusaka (en Zambie), la même année, pour que Londres se décide à reprendre la main, et tente de mettre fin aux hostilités dans ce qui demeurait sa colonie, et dans laquelle il allait falloir passer à une indépendance inclusive.

    Ian Smith a donc cédé ?

    Pas exactement. Les négociations, conduites par Lord Carrington, avec une présence américaine très active dans les coulisses, furent longues et laborieuses. Mais, alors que tout semblait en ordre pour conclure, la délégation du Front patriotique, Robert Mugabe en tête, fait observer que les Noirs se sont d’abord battus pour récupérer les terres confisquées à leurs communautés, et qu’il n’y aurait pas d’indépendance sans que soit réglée la question de la terre. Lord Carrington et la délégation américaine reviennent du week-end avec une proposition : Mugabe et ses camarades acceptent l’indépendance dans l’immédiat et, au bout d’une décennie, les Etats-Unis et la Grande-Bretagne financeraient le rachat de leurs terres aux fermiers blancs.

    Une grande victoire, donc, pour Mugabe !

    Robert Mugabe était un Africain authentique. Incontestablement un leader panafricaniste, du temps où cette expression signifiait quelque chose de palpable, souvent en termes de souffrances. Il a rêvé de liberté pour son peuple et l’a payé parfois très cher. C’est pour cela qu’il avait un tel mépris pour son principal opposant, Morgan Tsvangirai. Parce que celui-ci, pour conquérir le pouvoir dans ce pays naguère confisqué par des racistes, s’était, selon lui, allié aux mêmes qui ont tout fait pour empêcher l’indépendance de ce pays, et la liberté que cela suppose pour les Noirs.

    Nelson Chamissa, successeur de Morgan Tsvangirai à la tête du MDC, a pourtant été plutôt gentil dans son hommage à Mugabe…

    Il est même celui qui a eu les mots les plus justes pour situer l’homme dans l’histoire du Zimbabwe : « Nous avons eu des différends, a-t-il souligné, mais il était un leader, qui a, tout au long de sa vie, apporté des contributions positives, mais qui a aussi eu des actions négatives ».

    Au titre du positif, Chamisa citera l’indépendance du pays, l’éducation pour tous et la réhabilitation de l’homme noir. Et de poursuivre : « Un leader est aussi un humain et a également des défauts… il faut réfléchir aux faiblesses de Mugabe et trouver un moyen de les corriger, pour s’améliorer ».

    Jusqu’à ces dernières années, l’Unesco, avons-nous lu, relevait un taux d’alphabétisation de plus de 80% au Zimbabwe. C’est impressionnant, surtout lorsque l’on sait que nombre de drames que connaissent les nations, en Afrique, découlent des lacunes dans l’éducation des citoyens. Ce n’est, certes, pas tout. Mais c’est tellement essentiel !

    Alors, pourquoi n’a-t-il pas réussi tout le reste ?

    Un auditeur de RFI, dans « Appels sur l’actualité », a dit à Juan Gomez qu’on avait « mis les bâtons dans les roues {à Mugabe}, pour que le peuple se retourne contre lui »… On ne peut évidemment pas absoudre tous les péchés de l’homme avec cette seule excuse. Mugabe était un homme têtu. Il doit essentiellement sa mauvaise réputation à deux faits importants, dans l’histoire du pays : le massacre des Ndebele, dans le Matabeleland, et l’expropriation des fermiers blancs. Hélas, les dignitaires de son régime ont sauté sur ces biens, pour continuer, comme dirait Aimé Césaire, à faire les Blancs, sur le dos de leurs frères noirs.


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