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    En Afrique du Sud, «il y a de la violence xénophobe depuis très longtemps»

    Hommage aux morts des violences xénophobes à Coronationville, une banlieue de Johannesburg, le 7 septembre 2019. AFP/Michèle Spatari

    Six cents Nigérians doivent être rapatriés aujourd'hui d'Afrique du Sud après la vague de violences xénophobes qui a fait 10 morts depuis la semaine dernière. Cette vague de violence a provoqué une très vive émotion sur le continent, elle a même conduit à de nouvelles tensions diplomatiques avec le Nigeria. Mais quelles sont les raisons de ces flambées de violences contre les migrants ? Nicolas Pons-Vignon, chercheur en économie du développement à l'université du Witwatersrand à Johannesburg, répond aux questions de Laurent Correau.

    RFI: La ministre sud-africaine des Relations internationales, Naledi Pandor, a estimé ces derniers jours que les violences actuelles contre les étrangers trouvaient leur origine dans un mélange toxique de facteurs socio-économiques. Êtes-vous d’accord avec cette lecture et comment décririez-vous dans ce cas ce mélange toxique ?

    Nicolas Pons-Vignon : Il y a en effet tout un tas de facteurs qui peuvent expliquer cela : le chômage, l’inégalité, les difficultés d’accéder à un logement décent ou à un service de santé décent. Il y en a beaucoup. Mais là où je ne suis pas d’accord avec la ministre, c’est que sa position -et la position d’autres officiels sud-africains et de l’ANC-, fait écho à une sorte d’aveuglement sud-africain, c’est-à-dire que la présence de sentiments xénophobes parmi la population sud-africaine est extrêmement forte. Il y a eu des études qui ont été faites il y a une quinzaine d’années qui montrent qu’il n’y a guère que la Russie où il y a des sentiments dans le monde aussi forts vis-à-vis des étrangers, aussi négatifs. On les retrouve à plusieurs niveaux de la société, dans des préjugés qu’on retrouve dans le système hospitalier, parmi des personnes, des étudiants que j’ai moi à l’université, et évidemment parmi des personnes qui luttent pour avoir accès à des emplois ou à des maisons.

    Que disent les études qui ont été réalisées sur les origines de ces sentiments xénophobes ?

    Je pense qu’il y a plusieurs choses qui s’emboîtent. D’une part, il y a une xénophobie assez classique, assez populiste d’un pays relativement riche par rapport à ses voisins, qui attire beaucoup d’immigrants. Les chiffres les plus récents, même s’ils ne sont pas toujours fiables, font état de 3,5 à 4 millions de migrants pour une population d’environ 56 millions de personnes en Afrique du Sud. Et pour des raisons historiques, ces migrants se retrouvent souvent dans une situation plus favorable que les Sud-Africains, notamment les Sud-Africains noirs et pauvres, parce qu’ils ont souvent un meilleur niveau d’éducation –donc ça leur permet d’accéder à des emplois souvent meilleurs-, ou parce qu’ils ont une plus grande expérience dans le petit commerce, et notamment les petits commerces somalis en Afrique du Sud ont beaucoup de succès parce qu’ils ont des réseaux d’approvisionnement et d’expérience beaucoup plus forte que leurs concurrents sud-africains.

    Donc, ça, c’est une réalité sociologique, et pas un fantasme sud-africain ?

    Bien sûr. Il ne faut pas oublier qu’en Afrique du Sud, on a un chômage structurel, donc un chômage d’environ 40%. Beaucoup de ces 40% de chômeurs sont des hommes de 40-50-60 ans qui n’ont jamais travaillé, qui ont un niveau d’éducation très faible, et qui, pour le dire assez clairement, ne seront jamais employés. Pour beaucoup de ces Sud-Africains-là, le seul type d’activité économique qui leur permet de survivre, ce sont ce qu’on appelle « les spaza shops » en Afrique du Sud, c’est-à-dire les petits magasins qui vendent du papier toilette, des cigarettes à l’unité, des recharges téléphoniques... Et évidemment, ces personnes-là quand elles font face à la concurrence de magasins somalis, bangladais ou autres, qui sont beaucoup mieux organisés, mieux achalandés, moins chers, etc., ça crée d’énormes tensions. Il n’y a pas forcément de débat là-dessus. Il y a un autre niveau quand même qui est le niveau de la situation de l’Afrique du Sud par rapport au reste de l’Afrique. L’Afrique du Sud est caractérisée par une conscience très forte du fait que c’est le pays le plus développé en Afrique. Et cela donne -un peu comme le Brésil par rapport à ses voisins-, une certaine tendance à mépriser les autres Africains. Après, cela explique les sentiments, cela n’explique pas forcément le passage à l’acte.

    A ce sujet, une organisation sud-africaine de la société civile qui s’appelle Right2Know Campaign estime qu’elle tient pour responsables des violences de ces derniers jours différents hommes politiques. Elle parle du maire de Johannesburg Herman Mashaba, du roi zoulou Goodwill Zwelithini, ou du président sud-africain Cyril Ramaphosa. Est-ce qu’effectivement les hommes politiques alimentent cette tension et éventuellement encouragent ce passage à l’acte ?

    En Afrique du Sud, il y a de la violence xénophobe depuis très longtemps. Ça a dérapé très violemment en 2008. Au-delà de quelques petites activités qui ont notamment permis d’éviter une flambée de violences xénophobes pendant la Coupe du monde de 2010, rien n’a été fait. Non seulement, rien n’a été fait, mais en plus il y a une tendance très forte de certains hommes politiques, notamment de l’ANC et du DA [parti Alliance démocratique], dont fait partie le maire de Johannesburg Mashaba, d’attiser les flammes des préjugés qu’ont les Sud-Africains vis-à-vis des étrangers, notamment nigérians.

    Est-ce que cette xénophobie se manifeste seulement entre Sud-Africains et étrangers ou est-ce qu’elle affecte aussi les relations entre communautés noires sud-africaines elles-mêmes au sein de l’Afrique du Sud ?

    Quand il y a eu les violences de 2008, il y avait certains Sud-Africains plus foncés de peau, notamment des Vendas de l’extrême-Nord du pays, qui avaient été pris pour cible dans le cadre de ces violences-là. Il y a clairement des tensions entre différents grands groupes ethniques ou ethnolinguistiques, notamment entre les Zoulous et les Xhosas. On avait vu la manière très agressive quand Jacob Zuma est arrivé au pouvoir dont avait réagi une grande partie des Sud-Africains qui en avaient assez de la domination Xhosa dans les hautes sphères de l’ANC que représentaient Mandela et Mbeki… ou d’autres. Et évidemment, il y a des tensions de plus en plus fortes, je ne sais pas si on peut les appeler xénophobes, qui sont en train de miner la nation sud-africaine entre les communautés raciales elles-mêmes. Après on n’a pas vu contre d’autres groupes raciaux sud-africains de violences à l’échelle de ce qu’on voit contre les étrangers. Mais en effet, il y a une montée des tensions, c’est indubitable.


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