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    Relance de l’économie européenne: que faut-il attendre de la BCE?

    Christine Lagarde, présidente de la Banque centrale européenne (BCE). SAUL LOEB / AFP

    Les yeux des marchés sont braqués vers Francfort. La Banque centrale européenne (BCE) tient une réunion très attendue dans l’après-midi. Six semaines après avoir laissé entendre qu'une panoplie de mesures de relance se préparait, la BCE pourrait la concrétiser. Cela sera très certainement le dernier coup de baguette de Mario Draghi avant son départ fin octobre. L’un des ingrédients prévus de ce cocktail de vitamines économiques, c'est une nouvelle baisse des taux.

    Les taux directeurs sont déjà à leur plancher historique depuis plus de trois ans. Mais, la BCE peut encore les faire descendre d'un cran. La piste privilégiée, c'est celle d'un abaissement du taux de dépôt pour les banques qui laissent leurs liquidités excédentaires dans les coffres de la BCE. Un taux qui est déjà négatif, c'est-à-dire que ces établissements paient en quelque sorte une « taxe ». Pour bien comprendre, c'est un peu comme si sur votre compte épargne, la banque prélevait un peu de vos économies, au lieu de vous verser des intérêts pour vous récompenser de lui avoir confié votre argent.

    Actuellement ce taux est à moins 0,4%, et il pourrait passer à moins 0,6%, éventuellement en plusieurs étapes. Cela voudrait donc dire que les banques devraient payer plus cher pour laisser dormir leurs réserves. L’objectif de la BCE : les inciter à ne pas trop jouer aux écureuils et à prêter davantage aux ménages et aux entreprises pour favoriser la consommation et les investissements et donc la croissance.

    Quantitative easing, tiering : mais qu’est-ce que c’est ?

    Mais dans le même temps, la BCE pourrait prendre une mesure qui contrebalancerait cette baisse des taux. Un recours au tiering est envisagé. Le mot est obscur mais le principe assez simple : la mise en place d'un système de tranches auxquelles s'appliquent des taux différents comme cela est déjà en vigueur en Suisse et au Japon. Conséquence : le taux de référence ne s'appliquerait qu'à une fraction des dépôts et la facture serait moins lourde pour les banques. Une facture estimée en 2018 à 7,5 milliards d'euros mais inégalement répartie. Ont principalement mis la main à la poche, les banques françaises et allemandes, selon Frederik Ducrozet, stratégiste chez Pictet.

    Prêts géants

    La BCE pourrait aussi injecter de l'argent plus ou moins directement dans l'économie. L'institution de Francfort s'apprête à lancer une troisième série de prêts géants pour les banques à des taux très avantageux. La condition, c'est qu'à leur tour elles prêtent aux ménages ou aux entreprises. Par rapport aux plans précédents, les règles sont légèrement durcies ; les taux varieront de -0,3% à +0,1% en fonction de la quantité de crédits redistribués par chaque banque. Lors des précédentes éditions en 2014 et 2016, les banques et notamment les plus fragiles en Italie avaient sauté sur l'occasion.

    Par ailleurs, l'idée d'un quantitative easing 2 fait son chemin. Cet assouplissement quantitatif, en français, a déjà été déployé entre 2015 et fin 2018. Cette arme anti-crise consiste en des rachats de dettes privées ou publiques grâce à un jeu d'écriture. Cela permet à la BCE d'injecter artificiellement de l'argent dans l'économie puisque, pour schématiser, le détenteur d’un titre incité à vendre troque une obligation contre de l'argent immédiatement utilisable. Résultat, en théorie, si la logique va jusqu'au bout, cela doit aboutir à plus d'achats dans l'économie réelle et des prix qui augmentent. Or l'une des objectifs de la BCE c'est de maintenir un niveau d'inflation à 2%, niveau qu'elle juge nécessaire à la bonne santé de l'économie. Mais l’inflation est toujours en panne.

    Désaccords internes

    Encore faut-il que les gouverneurs de la BCE se mettent d'accord. Des dissensions sont apparues cet été. Les « colombes », traditionnellement favorables à un fort soutien de l'économie et emmenées par Mario Draghi, le président de la BCE, alias « Super Mario » sont favorables à la reprise du quantitative easing. Mais les faucons, dont les représentants allemand et néerlandais, y sont réticents.

    Le gouverneur de la Banque de France, François Villeroy de Galhau, reste très mesuré. C’est pour lui « une question à discuter » mais pas forcément dans l'immédiat.

    Du côté des analystes, les économistes de BNP Paribas estime que l'institution de Francfort serait bien inspirée de garder quelques tours dans son chapeau pour plus tard. D'autant que la BCE et Mario Draghi, tout « super » qu'il puisse être n’ont pas de contrôle sur plusieurs des facteurs qui affectent l'économie : la guerre commerciale menée par les États-Unis et les incertitudes autour du Brexit.

    Si la BCE prend l'ensemble de ces mesures aujourd'hui, Mario Draghi finira son mandat, secoué par les crises, comme il l'a commencé : en mettant sur la table : « tout ce qu'il faudra », selon l'expression qu'il avait employé lors de la crise de l'euro de 2012. Mais, il laisserait une plus faible marge de manœuvre à Christine Lagarde qui lui succèdera en novembre. Cela dit, la Française dont la démission de la présidence du FMI prend effet aujourd'hui, est elle aussi favorable à une politique monétaire accommodante à condition de rester attentifs aux éventuels effets indésirables.


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