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    «Les Africains subissent de plein fouet les effets du changement climatique»

    Ibrahima Cissé est le représentant de Greenpeace Afrique (capture d'écran). agriguinee.net

    Les dirigeants du monde se rassemblent aujourd'hui, lundi 23 septembre, au chevet de la planète... Des dirigeants politiques, mais aussi des responsables de la finance, des affaires et de la société civile ont été invités par l'ONU à participer au sommet Action Climat 2019. Objectif : appuyer la mise en œuvre de l’accord de Paris et renforcer les ambitions en matière climatique. Le défi est planétaire. Mais quelle part les dirigeants africains doivent-ils prendre dans ce combat, alors que l'Afrique est souvent présentée comme une victime du changement climatique ? Pour en parler, Ibrahima Cissé, de Greenpeace Afrique, répond aux questions de Laurent Correau.

    RFI : L’Afrique n’émet que 4% des gaz à effets de serre de la planète, et n’est donc pas responsable de l’un des grands responsables du changement climatique. Mais est-ce que ce chiffre ne conduit pas à déresponsabiliser un certain nombre de dirigeants africains sur leur rôle dans le changement climatique ?

    Ibrahima Cissé : La non-sélectivité des impacts du changement climatique appelle aujourd’hui à une responsabilité de toute la planète. Les leaders africains ne peuvent pas se dédouaner de cela, parce que les pays africains subissent de plein fouet les effets du changement climatique. Au contraire, c’est une opportunité pour les leaders africains d’amener leurs collègues leaders des pays développés et un peu partout dans le monde à leur montrer qu’il y a une autre voie possible de développement, beaucoup plus harmonieux et plus respectueux de l’environnement, qui ne va pas annihiler les efforts qui sont en train d’être faits dans ces différents pays.

    Est-ce que c’est une opportunité que les dirigeants africains saisissent d’ores et déjà ?

    Vous ne pouvez pas dire qu’ils la saisissent d’ores et déjà, mais nous les encourageons à saisir cette voie-là et nous les encourageons à comprendre aujourd’hui que les populations africaines sont moins protégées, donc elles sont moins résilientes à ces changements climatiques. L’exemple du Mozambique est là alors que c’est un pays dont la contribution aux effets du changement climatique est très faible. L’Union africaine doit jouer un rôle de leader. Et elle a l’opportunité de montrer une nouvelle voie de développement.

    C’est un combat global. Mais est-ce que le fait qu’un pays ne se soucie pas de lutter contre le changement climatique ne conduit pas à aggraver encore plus les conséquences pour ces populations  ? Est-ce que ce combat global n’a pas aussi des enjeux très locaux ?

    Tout à fait, la sauvegarde des forêts et des océans, les effets sont directs pour les populations. Si aujourd’hui, il y a un reboisement des mangroves qui se fait ou une politique en tout cas qui permet d’avoir des aires marines protégées et qui permet à ces espèces de se retrouver, les changements climatiques sont moins perceptibles pour ces populations. En tout cas, ces populations sont beaucoup plus résilientes.

    De quelle manière est-ce que les politiques énergétiques africaines devraient évoluer, selon vous ?

    Nous savons qu’aujourd’hui, la planète est gouvernée malheureusement par le diktat des énergies fossiles. Et nous, nous pensons qu’il y a une transition à faire et qu’il y a des énergies à bannir aujourd’hui : le charbon par exemple est à bannir complètement. C’est une énergie fossile qui dégage beaucoup de CO2. C’est une énergie très polluante qui aujourd’hui n’est pas acceptable. Je citerai l’exemple du Sénégal où il y a une petite ville qui s’appelle Bargny, où il y a une implantation d’une centrale à charbon et qui, aujourd’hui, est un véritable problème pour les populations et pour l’environnement. Ce qui est en totale contradiction avec l’orientation des énergies renouvelables en tout cas, qui est prônée aussi par le gouvernement sénégalais.

    Est-ce que concrètement, lutter contre la déforestation en Afrique centrale serait une façon de réduire les effets du changement climatique sur les populations de ces régions ?

    Tout à fait. Parce que cela rendrait les populations beaucoup plus résilientes. Ces populations dépendent beaucoup des forêts. Leur survie dépend des forêts. Quand vous avez des milliers d’hectares qui sont juste déboisés, qui sont coupés pour faire de l’huile de palme par exemple, c’est catastrophique pour les populations, pour les écosystèmes, pour les animaux. Donc là, l’interpellation est pour toutes les multinationales qui sont dans l’exploitation des forêts qu’ils comprennent que les effets vont être très néfastes autant pour les pays qui sont dans la zone d’Afrique centrale, même en Afrique de l’Ouest, parce qu’il y a beaucoup de coupe de bois en Afrique de l’Ouest aussi. Mais aussi que les effets sont ressentis par les autres pays, parce que ces forêts, ce sont des forêts qui jouent un rôle pour toute la planète.

    Quel bilan faites-vous d’une initiative comme La Grande Muraille verte d’Afrique (GMV) ?

    L’initiative est salutaire. Maintenant, le rythme d’exécution des travaux et son avancement, on pourrait avoir beaucoup de questions là-dessus. Mais le fait qu’il y ait un projet comme ça, qui avance et qu’on souhaiterait qu’il aille plus vite bien sûr, c’est quelque chose que nous saluons.

    On sait que la dégradation des sols continue au réchauffement climatique. Quelle politique agricole attendez-vous des gouvernements africains ?

    Il y a beaucoup d’accaparements aujourd’hui des terres par les multinationales, surtout en Afrique, parce qu’il y a des politiques d’agriculture industrielles qui sont en train d’être développées. Parfois, des milliers d’hectares de terre sont alloués à des compagnies qui les transforment en monoculture et qui détruisent complètement ces écosystèmes. Ça, c’est une contribution au réchauffement climatique. Les politiques les plus appropriées aujourd’hui pour la lutte contre le changement climatique, c’est l’agriculture communautaire, l’agriculture familiale. Parce que l’agriculture familiale et l’agriculture communautaire ne requièrent pas autant d’usage d’engrais, ne requiers pas le déboisement, ou en tout cas, cette échelle où il faut couper des milliers d’hectares de forêts. Et c’est ça qui est salutaire pour que les populations puissent rester sur leur terroir et vivre de leur activité.


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