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    Sanaa El Adji (Maroc): «On a déjà violé les lois sur les mœurs et l’avortement»

    Sanaa El Aji, sociologue et journaliste, est directrice de publication du site Marayana.com. if-maroc.org

    Au Maroc, plusieurs centaines de femmes ont signé lundi une tribune dans des médias du pays et dans le quotidien français Le Monde. Un texte dans lequel elles se déclarent hors la loi, en expliquant avoir déjà violé les lois de leurs pays sur les mœurs et l’avortement. Une initiative qui intervient alors que la journaliste Hajar Raissouni est jugée en ce moment pour avortement illégal et débauche. Sanaa El Adji, sociologue, journaliste et directrice de publication du site Marayana.com, a signé ce texte. Elle est l'invitée de RFI Afrique ce mardi 24 septembre.

    RFI : Dans cette tribune, vous vous déclarez hors-la-loi, en clamant haut et fort avoir déjà violé les lois sur les mœurs ou sur l’avortement.

    Sanaa El Adji : Tout à fait. Parce qu’aujourd’hui, la loi marocaine condamne les relations sexuelles hors mariage. Mais il n’empêche qu’elles existent. J’ai fait une thèse de doctorat sur la question et donc j’ai dû travailler pendant six ans sur la problématique. Les relations sexuelles hors mariage, qu’elles soient hétérosexuelles ou homosexuelles, existent, mais elles existent en cachette. Il y a comme une sorte d’épée de Damoclès qui est là, présente. Et à tout moment, des personnes comme moi, comme n’importe quel autre Marocain ou Marocaine, peuvent se retrouver en prison parce qu’il ou elle a eu des relations sexuelles hors mariage. Après, c’est valable pour d’autres problématiques. Pour la consommation de l’alcool, pour le non-respect du jeûne pendant le Ramadan dans l’espace public, etc. Mais là, on a mis le focus sur la problématique de la sexualité, parce qu’il y a une actualité d’une jeune journaliste qui a été mise en prison pour relations sexuelles hors mariage et pour avortement. Et l’idée était de se dire que souvent on conteste des arrestations comme celle-là et on se tait, on continue sa vie. Mais un jour, ce sera moi et chacune de nous doit se dire : « Un jour ce sera moi ». Aujourd’hui, c’est Hajar Raissouni, mais demain on ne sait pas qui cela va être.

    Cette tribune a pour objectif de lancer le débat sur les libertés individuelles. Vous écrivez dans ce texte : « Je n’en peux plus. Mon corps m’appartient. Il n’appartient ni à mon père ni à mon mari ni à mon entourage ni aux yeux des hommes dans la rue et encore moins à l’État ».

    Malheureusement, c’est la réalité des femmes au Maroc, aujourd’hui. Il est vrai que cet article de loi, l’article 490 [NDLR, qui punit les relations sexuelles hors mariage] concerne aussi bien les hommes que les femmes. Mais le poids social est plus sur les femmes que sur les hommes. Parce que les femmes se retrouvent sous le contrôle des maris, des frères, des pères… Même parfois des voisins dans le quartier. Et puis, quand il y a des actes de violence, de harcèlement, de viol, etc., même quand il y a des preuves - des vidéos, des photos, etc. -, on va souvent plus condamner les femmes. Parce qu’elles étaient en jean, en mini-jupe ou parce qu’elles portaient un bikini à la plage, etc. Donc ça, c’est le volet du regard des autres dans l’espace public. Il n’appartient pas à l’État, dans le sens où l’État n’a pas à contrôler la sexualité des personnes adultes, majeures, qui ont des relations sexuelles consenties. Il est inadmissible, aujourd’hui, qu’on en soit encore là, tandis que, par exemple, dans la réalité, il y a des hommes accusés de viol ou de pédophilie, qui sont libres ou prennent des peines très légères. Et en contradiction avec cela, des personnes adultes, qui ont des relations sexuelles consenties, se retrouvent condamnées ou en prison.

    Est-ce qu’il n’y a pas, aujourd’hui, au Maroc, une cassure entre un camp progressiste qui réclame de vrais changements législatifs et un camp conservateur qui, lui, est opposé à toute évolution ?

    Cassure, non. Mais effectivement, cette composante conservatrice est présente dans la société, mais elle est présente davantage au niveau des discours qu’au niveau des réelles pratiques. On l’a vu pendant les dernières années, plusieurs militants de ce courant conservateur, islamiste, parfois ont aussi des pratiques hors-la-loi, si l’on peut dire, des relations sexuelles ou autres, en dehors du mariage. L’idée de ces voix qui demandent la libération du corps ou des corps dans la société marocaine n’est pas d’imposer la sexualité en dehors du mariage. L’idée est de dire que la sexualité consentie ne doit plus être condamnée. Maintenant, les personnes qui sont conservatrices, qui ont des croyances ou des pratiques qui ne sont pas en cohérence avec cela, ne seront jamais obligées d’avoir des relations sexuelles en dehors du mariage. Ce qui se passe aujourd’hui, c’est que les personnes qui veulent vivre leur liberté sexuelle, leur liberté de croyance, leur liberté au quotidien ne peuvent pas le faire, parce que la loi ne répond qu’à cette exigence dite conservatrice. Alors qu’en vérité, quand on le voit dans la réalité des pratiques – et je répète que j’ai travaillé pendant six ans sur la question de la sexualité au Maroc – c’est un conservatisme qu’on va retrouver souvent davantage dans les discours que dans la réalité des pratiques.

    Votre tribune est beaucoup relayée depuis hier sur les réseaux sociaux. Le nombre de signataires ne cesse d’augmenter. Est-ce que vous n’avez pas le sentiment que, grâce à ce manifeste, les choses sont en train de bouger au Maroc ?

    Oui, effectivement, il y a quelque chose qui est en train de se passer. Mais pas seulement depuis ce manifeste. Depuis quelques mois, voire quelques années, au Maroc, le débat est là. Il est parfois agressif, il est parfois violent, mais à mon sens, le fait même qu’il y ait débat sur ces questions, même s’il est violent, cela signifie qu’une transition est là. Le changement ne sera pas facile. Il ne viendra peut-être pas demain, mais il est amorcé. Le débat est là et il permettra un changement, j’espère dans pas très longtemps. Il est temps qu’on nous considère comme des personnes majeures responsables de leurs actes, responsables de leur foi, responsables de leur corps et de leurs pratiques.


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