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    Partenariat agricole UE-UA : l'Europe est-elle cohérente en Afrique ?

    Des ouvriers restaurent des champs et des étangs dans une coopérative agricole et piscicole de Mindouli dans la région de Pool, le 24 juillet 2019. SAMIR TOUNSI/AFP

    Les agriculteurs africains reprochent à l'Union européenne de tenir un double langage. Avec d’un côté un discours axé sur le développement et l’appui aux filières agricoles, et de l’autre une politique communautaire ultralibérale qui ruinerait des pans entiers de l'agriculture africaine. 

    Il y a une contradiction, et une contradiction finalement très européenne dans les relations entre l'Union européenne et les agriculteurs africains, marquée à la fois par le passé -il faut venir en aide à l'Afrique que l'Europe a colonisée- et d'un autre côté, une volonté de jouer le jeu du libéralisme mondial.

    Concrètement comment cela se traduit ? D'abord par le fait que l’Union européenne, et les pays qui la composent sont les premiers pourvoyeurs d’aide à l’Afrique. Loin devant les USA et la Chine. Et l'agriculture africaine en profite. L’Europe soutient des filières entières comme, par exemple, le secteur de la banane, qui depuis dix ans bénéficie d’un accès préférentiel en Europe. Mais l'Europe manque de constance. Le cas de la banane est emblématique. Le mécanisme qui a permis l'émergence d'une industrie bananière en Afrique s'arrête à la fin de l'année. En résumé,les producteurs africains font les frais des accords commerciaux passés entre l'Europe et l'Amérique latine : ces accords imposent à l'Europe de diminuer les taxes sur les bananes d'Amérique latine, taxes qui protégeaient jusqu'alors la banane africaine.

    La logique de marché contre la logique de communauté

    Et l'on retrouve cette contradiction dans les accords de partenariat économique que l’Union a signé avec plusieurs pays africains, les fameux APE. Ils provoquent des effets pervers. Par exemple, le Ghana qui a signé ces accords a vu le poulet européen envahir ses marchés, un poulet bien moins cher que le poulet local. Résultat la filière poulet au Ghana s’est effondrée et ses producteurs sont ruinés. Autre exemple, le lait européen qui s’est déversé en Afrique de l’Ouest à partir de 2015 lorsque les Européens ont supprimé les quotas laitiers. Résultat, les producteurs africains ont été soumis à une concurrence imparable. Ils font les frais de la politique agricole européenne.

    Des clauses de sauvegarde qui ne fonctionnent pas

    Oui. Mais là encore, l’Europe est contradictoire avec elle-même. Elle dit « ne vous inquiétez pas, si vos marchés sont menacés par tel ou tel produit, vous pourrez activer les clauses de sauvegarde. » Mais ces clauses reposent sur des statistiques d’importation, que souvent les états africains ne sont pas en mesure de compiler suffisamment rapidement. Résultat, le mécanisme de sauvegarde ne fonctionne pas.

    En fait, le grand problème de la politique européenne vis-à-vis de l’Afrique, c’est ce manque de cohérence. L’Europe devrait déterminer clairement quels sont ses intérêts en Afrique, qu’elles sont les intérêts des Africains sur le marché européen, et définir les secteurs qui resteront protégés. Car l’Europe doit admettre que l’Afrique a besoin de protéger ses filières agricoles. Et si l’on veut, comme le disent les Européens, développer les emplois en Afrique, alors il faut commencer par éviter de les détruire. 

    Les intérêts des paysans africains malmenés

    Effectivement, les agriculteurs africains doivent interroger leurs dirigeants. Et leur demander de les protéger. Car on a parfois l’impression que les dirigeants africains défendent davantage les multinationales. Un exemple, le Kenya : les dirigeants kényans sont venus au parlement européen, défendre la signature de l’accord de partenariat économique, contre l’avis de certains députés européen. Pourquoi ? Parce que cet accord garantissait aux producteurs de fleurs l’accès au marché européen. Or ces producteurs de fleurs sont de grandes sociétés européennes, et même si la main-d’œuvre est locale, les terres et les ressources en eau utilisées pour la culture de fleurs se font au détriment des cultures vivrières et des paysoans locaux.

    Alors, il ne s’agit pas de dire qu’il ne faut pas d’accord commercial, il s’agit juste d’essayer de comprendre que dans l’état actuel, ces accords sont archaïques et qu’ils ne prennent pas en compte suffisamment les intérêts des paysans africains. L’Europe doit réviser sa politique et mettre ses intérêts en cohérence avec ceux de ses partenaires.


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