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    Mauritanie: «J’ai constaté beaucoup de modération et de pondération» chez Ghazouani

    Biram Dah Abeid, opposant mauritanien à Paris, le 3 octobre 2019. RFI/Laurent Correau

    En Mauritanie, le président Mohamed Ould Ghazouani a engagé des consultations avec les différents bords politiques du pays. Une façon de tourner la page après la contestation par l'opposition des résultats de la présidentielle. A-t-il réussi à apaiser les tensions ? Quels sont les points sur lesquels il est attendu par l'opposition ? Pour en parler, nous recevons ce vendredi Biram Dah Abeid, qui était arrivé deuxième à l'élection de juin dernier. De passage à Paris, il répond aux questions de Laurent Correau.

    RFI : Le président Ghazouani reçoit actuellement les différents acteurs politiques mauritaniens. Après la majorité, il reçoit l’opposition. Est-ce que vous diriez qu’il y a un changement de méthode à la tête de l’État ?

    Biram Dah Abeid :En effet, bien que je ne suis pas parmi ceux qui ont parié sur une scission nette entre l’actuel président et son prédécesseur, je considère quand même que, dans la démarche personnelle du président Ghazouani, il y a du nouveau au sommet de l’État. J’ai discuté pendant plusieurs heures avec monsieur Ghazouani et j’ai constaté beaucoup d’ouverture, de pondération et de modération.

    Est-ce que, parallèlement à cette période de grâce, vous avez le sentiment que l’ombre du président Mohamed Ould Abdel Aziz plane toujours au-dessus de la présidence ou est-ce que le président Ghazouani réussit à échapper à l’influence de son prédécesseur ?

    Je pense que le président Ghazouani joue son rôle de chef d’État de manière pleine et entière et je n’ai pas constaté une interférence de l’ancien président dans la bonne marche des choses.

    Quels ont été vos principaux désaccords avec le président Ghazouani quand vous l’avez rencontré ?

    Les principaux désaccords sont, par exemple, au sujet du pouvoir judiciaire, à travers ce crime d’esclavage répertorié tout récemment au cœur de la ville de Nouakchott sur une enfant de 14 ans, torturée, maltraitée, exploitée… Le juge a pris fait et cause pour les esclavagistes en piétinant la loi. Je pense que nous sommes totalement en désaccord sur la démarche à apporter contre cet agissement.

    Qu’est-ce que vous attendez des autorités pour que le pays puisse progresser dans la lutte contre l’esclavage ?

    J’attends que le négationnisme officiel, la ligne diplomatique officielle sur l’existence de l’esclavage, soit totalement abandonné. Je considère qu’il faut abolir totalement ce droit qui autorise l’esclavage pour permettre aux juges de sortir de cette optique.

    Donc il faut des réformes juridiques…

    Profondes…

     Qui vont au-delà des textes qui ont été adoptés déjà ?

    Qui vont au-delà de ces textes… Parce qu’il y a une cohabitation malsaine entre des textes modernistes et des textes qui légitiment l’esclavage et qui le sacralisent contre les victimes.

    Concernant le fonctionnement du pays, quels sont les problèmes auxquels il faut que le président réponde ?

    Il y a trois étages de problèmes. Le premier étage, d’abord, c’est, comment apporter la sérénité au sein de la classe politique entre l’opposition et le pouvoir. D’abord, en levant l’interdiction sur les mouvements politiques, les partis politiques et les ONG qui sont interdites, comme le mouvement IRA, que je représente, le parti RAG, aussi, d’autres partis comme le FPC… Et aussi, lever les interdictions prononcées contre des associations caritatives comme Al Islah et Main dans la Main. Mais aussi, abandonner des poursuites judiciaires à caractère politique contre des opposants. Les sénateurs, les journalistes, les syndicalistes… Surtout les hommes d’affaires qui sont sous le coup de mandats d’arrêt, comme messieurs Mohamed Ould Debagh, Moustapha Limam Chavi, Mohamed Ould Bouamatou… Le deuxième étage, c’est de corriger les grands manquements aux équilibres des institutions qui supervisent la démocratie. Il faut d’abord un recensement correct, dans un délai qui ne doit pas excéder deux ans. Il faut aussi que la Ceni - la Commission électorale nationale indépendante- soit remodelée, que le Conseil constitutionnel soit révisé, pour qu’il reflète vraiment une véritable institution indépendante. Et dans le troisième étage, ce sont les questions de fond. La question de l’esclavage, la question de la cohabitation nationale. C’est-à-dire, régler le passif et l’actif lourds du racisme domestique et d’État.

    Le programme du gouvernement mauritanien pour les cinq prochaines années a été présenté devant le Parlement. Il insiste notamment sur la consolidation de l’unité nationale et la construction d’un État de droit. Quel regard est-ce que vous portez sur ce programme de gouvernement ? Est-ce qu’il est susceptible de répondre à ces chantiers que vous venez d’identifier ?

    S’il était appliqué dans l’esprit et la lettre, il consisterait un vrai avancement. Le défi, c’est l’application de ces déclarations.

    Où en êtes-vous des relations au sein de l’opposition ? Est-ce qu’il y a des points de convergence qui se dessinent, des dossiers sur lesquels vous vous retrouvez ?

    Je pense qu’il y a une opposition qui a une vision très claire, une opposition sociale, populaire, droits-de-l’hommiste, nouvelle sur la scène politique… c’est celle que nous représentons. Il y a une autre opposition qui est beaucoup plus ancienne, dont la vision n’est pas encore claire. C’est ce qui a constitué les divergences entre nous et eux dans la démarche.

    Vous essayez de combler ce fossé à l’heure actuelle ?

    On a essayé et nous essaierons toujours de combler ce fossé. Mais nous nous sommes toujours confrontés à un manque de vision.

    Donc l’union de l’opposition n’est pas pour demain en Mauritanie.

    Elle est encore devant beaucoup de défis et de difficultés.


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