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    Élections législatives au Kosovo: jour J pour un scrutin à l’issue indiscernable

    Un homme vote dans un centre de vote à Pristina au Kosovo, le 6 octobre 2019. REUTERS / Florion Goga

    Les électeurs du Kosovo sont convoqués dimanche à des élections législatives à l’issue très incertaine. Ce scrutin anticipé a été provoqué par la démission du Premier ministre Ramush Haradinaj.

    De notre correspondant dans la région,

    Vingt ans après la fin de la guerre, un vent de changement pourrait-il souffler sur le petit pays ? Peut-être bien. Il est en tout cas certain que les électeurs sont lassés par 20 années de corruption et de clientélisme, de chômage massif, d’absence de développement économique. Pour la première fois, les questions de l’éducation, de l’emploi, de l’accès à la santé ont dominé la campagne, au lieu des sempiternels discours « patriotiques » qui faisaient le fonds de commerce habituel des principaux partis.

    Toutes les formations promettent également qu’elles ne passeront pas d’alliance avec le Parti démocratique du Kosovo, le PDK du président de la République, Hashim Thaçi, formé par les anciens guérilleros de l’UÇK, directement associé à la dérive criminelle de la vie politique kosovare. L’enjeu, pour ces partis, est d’arriver en tête du scrutin, puisque la Constitution donne un avantage exorbitant au premier parti : la présidence du Parlement lui revient automatiquement, et il peut présenter deux fois un candidat au poste de Premier ministre, même s’il ne dispose pas d’une majorité.

    Dans cette course à la première place, le rival historique du PDK, la Ligue démocratique du Kosovo, classée au centre droit, figure en bonne position selon les sondages, en présentant pour la première fois une femme, Vjosa Osmani, comme tête de liste. Vetëvendosje, le mouvement de la gauche souverainiste, pense également pouvoir créer la surprise, avec son charismatique leader, Albin Kurti.

    La question du dialogue avec Belgrade a-t-elle été présente dans la campagne ?

    On en a étonnamment peu parlé, alors qu’il s’agit bien sûr de la question cruciale pour l’avenir du petit pays, toujours partiellement reconnu sur la scène internationale. Depuis un an, le président Hashil Thaçi s’est engagé avec son homologue serbe Vucic dans un dialogue bilatéral, en imaginant une solution basée sur un échange de territoires, une option soutenue par les États-Unis, mais vivement dénoncée par d’autres pays, comme l’Allemagne, qui craignent que cela ne crée un très dangereux précédent.

    Cette option passe très mal au Kosovo, et le Premier ministre démissionnaire Ramush Haradinaj a même basé sa campagne sur la défense de l’intégrité territoriale du pays. Et cet engagement d’Hashim Thaçi a sûrement contribué à affaiblir son parti. Attention, toutefois, celui-ci, le PDK, n’a pas dit son dernier mot. Le parti conserve en effet d’importants bastions électoraux, et compte sur les puissants réseaux de clients et d’obligés qu’il a créés dans toutes les institutions du pays. Et quel que soit le vainqueur du scrutin, la reprise de ce processus de dialogue sera inévitable pour que le Kosovo parvienne enfin à « normaliser » ses relations avec son ancienne puissance tutélaire, la Serbie.

    Dans le camp serbe, l’issue de la bataille est également très incertaine ?

    En effet, la Liste serbe, relais local du pouvoir de Belgrade, qui monopolise depuis des années la représentation politique des Serbes du Kosovo, est soumise à la concurrence de la coalition Liberté, qui fédère tous les opposants au régime du président Vucic. Cette liste est conduite par Rada Trajkovic, figure historique de la vie politique serbe au Kosovo, qui milite depuis longtemps pour une véritable insertion de la communauté dans les institutions et la société kosovares.

    La liste s’oppose notamment aux plans d’échanges territoriaux que soutiennent et Hashim Thaçi et Aleksandar Vucic, estimant que cela signerait l’arrêt de mort des enclaves serbes disséminées au sud du territoire. L’enjeu du vote serbe n’est pas négligeable, car dix sièges sont réservés à la communauté sur les 120 du Parlement, et les élus serbes pourraient donc se révéler indispensables pour former une majorité.


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