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    Fermeture des frontières du Nigeria: conséquences «négatives» au Bénin

    Environ 500 camions sont bloqués à la frontière entre le Nigeria et le Bénin, à Sèmè-Kraké, depuis le 20 août 2019. RFI/Jean-Luc Aplogan

    Les voisins du Nigeria commencent à faire leurs comptes : depuis la décision du président nigérian en août de fermer les frontières de son pays, la circulation des marchandises a été stoppée aux points de passage officiels, et chacun mesure un peu mieux son niveau de dépendance avec le dynamisme nigérian.

    Qui paye le prix de cette politique protectionniste ? Les Nigérians en sentent-ils d’ores et déjà les conséquences ? Aurélien Mali, analyste à l’agence de notation Moody’s, répond aux questions de Laurent Correau.

    RFI: À la fin du mois de septembre, le Sénat nigérian a adopté une motion qui saluait les bons résultats de la fermeture des frontières avec les pays voisins.Un sénateur a notamment pointé le fait que le trafic de carburant avait fortement baissé, est-ce que c’est de la politique ou est-ce qu’effectivement on voit déjà les résultats de cette mesure adoptée en août ?

    Aurélien Mali: Il est très difficile de se prononcer. A priori, c’est de la politique. Le Nigeria est tellement un grand pays que, pour son économie, les conséquences sont relativement minimes. Par contre, pour le Bénin il est clair que perdre l’accès au marché qui représente deux tiers de ses exportations, c’est vraiment négatif.

    Donc pour l’instant les conséquences sont quasiment insensibles pour le Nigeria lui-même ?

    Oui, rappelez-vous que le Nigeria c’est une économie de presque 500 milliards de dollars. Le commerce avec le Bénin reste quand même faible pour le Nigeria.

    Qu’en est-il pour le commerce avec le Niger, avec le Tchad, avec le Cameroun ?

    Il y a 1600 kilomètres de frontière avec le Niger. Les populations étant au sud, elles n’ont pas le sentiment que la frontière existe, elles vendent principalement des produits d’élevage aux Nigérians de l’autre côté de la frontière. Pour le Tchad, la frontière est relativement petite et il y a tous les problèmes avec Boko Haram, donc le niveau des échanges n’est pas très élevé. Pour ce qui est du Cameroun, les échanges ne sont pas aussi importants que peuvent l’être ceux avec le Bénin.

    Est-ce qu’au-delà des pays directement frontaliers du Nigeria, il y a également des conséquences sur des pays de la région ?

    Oui, on peut citer par exemple le Togo, qui bénéficie au travers de la contrebande d’essence, d’un prix du carburant meilleur marché. On a vu flamber les prix de l’essence à la pompe dû au fait que, maintenant, il fallait payer le vrai prix international pour s’approvisionner en pétrole.

    Pourquoi Muhammadu Buhari a-t-il décidé de partir en guerre contre la contrebande, est-ce qu’il y a des raisons de politique nationale à cela ?

    Effectivement, le Nigeria est un pays qui approche les 200 millions d’habitants et qui a toujours une croissance démographique rapide. Il y a donc des millions de jeunes Nigérians qui arrivent sur le marché du travail et qui n’ont pas de travail. Or, l’agriculture est probablement le secteur qui peut pourvoir un travail à beaucoup d’entre eux, compte tenu des besoins d’une population qui est en expansion.

    Est-ce que pour autant la fermeture des frontières permet de lutter contre le trafic, notamment de riz ? Il se dit que de nombreux sacs de riz continuent à aller et venir entre le Bénin et le Nigeria ?

    Les frontières sont très grandes et, donc, il est pratiquement impossible de juguler totalement le commerce avec les pays voisins. Mais tout ce qui transporte des marchandises est bloqué. Pour l’instant, c’est une fermeture totale, les produits comme des fruits, du poisson ou de la viande même congelée qui étaient envoyés à Lagos sont maintenant arrêtés et donc ça pourrit ou ça n’est pas vendu.

    Quels sont les enjeux économiques pour le président Buhari, au-delà de l’objectif affiché de défense de la production de riz au Nigeria ?

    Je crois qu’il y a un élément très important du premier mandat du président Buhari, c’est le choc de la baisse des prix du pétrole, ils sont passés de plus de 100 dollars… à un plus bas de 27 dollars à un moment donné. Le pays n’était pas prêt, puisque les exportations du Nigeria sont dépendantes à plus de 90% du pétrole et du gaz. Il y a donc un vrai problème de diversification des recettes d’exportation. L’idée ce serait de faire les réformes de long termes en essayant de favoriser la production locale pour limiter les importations. Les importations de nourriture, mais aussi les importations d’autres matériaux, de façon à ce que même une volatilité du pétrole importante ne remettrait pas en cause la stabilité de l’économie du Nigeria.

    Est-ce qu’il peut y avoir des enjeux diplomatiques derrière tout cela, une façon par exemple pour Muhammadu Buhari de faire pression sur son homologue béninois Patrice Talon ?

    Écoutez, ça en tant qu’analyste souverain dans une agence de notation, je ne saurai dire…

    Certains disent que le président Buhari serait sous pression d’industriels du pays désireux de voir le Bénin mieux accueillir leurs produits, qu’est-ce que vous en pensez ?

    Ecoutez, il peut y avoir des lobbys dans tous les pays, mais je ne pense pas que ce soit la principale raison. L’axe de lutte contre la corruption, d’augmentation des recettes fiscales, avoir des pays partenaires dans la région qui ont un commerce transparent sont probablement les vraies raisons de cette décision. C’est quelque chose qui est vieux, ce n’est pas arrivé hier. Je pense que le Nigeria a décidé d’avoir une attitude plus directe en disant: " Voilà, si vous ne faites pas les efforts qu’on voudrait que vous fassiez, on ferme nos frontières et donc vous allez voir que ça va être très difficile" et c’est ce qu’ils sont en train de faire, je pense.

    En juillet, le Nigeria a rejoint la zone de libre-échange continentale lors du Sommet de l’Union africaine qui s’est tenu à Niamey –justement-. Le mois suivant, le Nigeria s’engageait dans cette politique protectionniste vis-à-vis de ses voisins, est ce qu’il n’y a pas là un paradoxe ?

    D’abord l’accord a été signé, mais il n’est pas encore ratifié. Ensuite il faut savoir que, dans cet accord, il est bien spécifié que c’était uniquement les produits qui étaient originaires de l’Afrique qui étaient concernés. Donc il faut pouvoir prouver que les produits qui sont exportés ont été fabriqués en Afrique. Or, dans le cas par exemple du Bénin, une bonne partie des réexportations vers le Nigeria sont des voitures de seconde main etc… Dans ce cas-là de toute façon, l’accord n’aurait pas fonctionné.

     

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