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    L’offensive turque en Syrie, pour quoi faire?

    Les forces turques bombardent une position kurde à la frontière syrienne. REUTERS/ReutersTV

    Comme chaque vendredi, nous retrouvons la chronique de Bruno Daroux, Le Monde en Questions. Autour de l’offensive anti-Kurde déclenchée cette semaine par la Turquie dans le nord-est de la Syrie, la question posée est : « Que recherche vraiment le président turc avec cette opération militaire ? »

    Et bien il y a les motifs officiellement avancés. Et puis il y a les arrière-pensées de Recep Tayip Erdogan.

    Officiellement, cette opération est justifiée par la lutte contre ce qu’Ankara nomme le terrorisme kurde. En clair, Erdogan estime que la milice kurde syrienne des YPG est une branche du PKK, le Parti des travailleurs du Kurdistan, considéré comme une organisation terroriste. Kurdes de Syrie et Kurdes de Turquie auraient profité du chaos syrien pour établir une continuité territoriale de part et d’autre de la frontière. Inacceptable pour Ankara, qui d’ailleurs affirme que l’objectif de cette opération, pour lutter contre le terrorisme kurde, est de casser cette continuité et d’établir une zone de sécurité.

    De cette zone, longue de 130 kilomètres environ et d’une profondeur de trente kilomètres, les Kurdes seraient expulsés par la force et la Turquie y installerait une partie des trois millions et demi de réfugiés syriens actuellement installés sur le sol turc. Ça ressemble beaucoup à une épuration ethnique. Ce qui évidemment est contraire au Droit international.

    Voilà pour les motivations officielles. Mais cette offensive répond aussi à d’autres motivations, moins explicites. Il y a d’abord un calcul politique : depuis l’échec de son parti l’AKP aux élections municipales, le chef de l’État sait que son style de gouvernance, conservateur et même très autoritaire - est de plus en plus controversé. Et cela d’autant plus que l’économie du pays traverse une passe difficile.

    Alors quoi de mieux qu’une opération anti-kurde pour ressouder le pays derrière lui ? De surcroît, il se murmure que Recep Tayyip Erdogan songerait à organiser une présidentielle anticipée. Quoi de mieux qu’une opération militaire victorieuse ? Seulement voilà : il faut impérativement qu’elle soit victorieuse - ce qui n’est pas forcément acquis, car les Kurdes, valeureux combattants, savant se battre. Ils l’ont montré dans leur combat contre Daech.

    Et puis l’autre calcul de Recep Tayyip Erdogan est un calcul plus géopolitique. Un objectif d’occupation territoriale, qui permettrait à la Turquie, sous couvert de zone de sécurité, d’annexer peu à peu ce territoire syrien. Une opération beaucoup plus risquée, car on serait face à une invasion caractérisée, mais qui permettrait à Ankara de peser encore plus sur la recomposition politique de la Syrie.

    On peut dire que la stratégie du président Erdogan est peu respectueuse des règles du Droit international. Mais tant qu’il aura le soutien de son opinion publique qui partage majoritairement l’idée que cette offensive est une opération de légitime défense contre le terrorisme kurde, et surtout tant que les grandes puissances le laisseront plus ou moins faire, il n’a aucune raison malheureusement, de faire marche arrière. Des grandes puissances qui pour l’instant se contentent du service minimum.

    Elles n’approuvent pas vraiment, mais ne condamnent pas véritablement. Elles s’inquiètent surtout d’une possible résurgence de Daech à l’est de la Syrie. Alors, les Américains viennent de durcir un peu le ton : mais, après lui avoir laissé quasiment carte blanche le week-end dernier, ils doivent aller plus loin, c’est-à-dire agir vraiment pour stopper l’impétueux président turc et retrouver -un peu- de dignité aux yeux de Kurdes qui se sentent légitimement lâchés, trahis par leurs alliés occidentaux.


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    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.