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    Irruption des Africains dans le marché de l’art contemporain

    L'oeuvre «Elf Rien A Foutre, 2005» de l'artiste béninois Romuald Hazoumé est exposée dans le jardin des Tuileries, dans le cadre de la FIAC 2019. STEPHANE DE SAKUTIN / AFP

    La 46e édition de la FIAC, la Foire internationale d’art contemporain de Paris, a ouvert ses portes ce jeudi 17 octobre pour 4 jours. Traditionnellement habituées à l’événement de la capitale française, les galeries sud-africaines sont absentes cette année. L’Afrique est présente via quelques artistes originaires du continent et par deux galeristes : Selma Feriani de Tunis et Cécile Fakhoury d’Abidjan et Dakar. Des pionniers dans un marché de l’art balbutiant.

    C’est une première participation à la FIAC pour Cécile Fakhoury. Elle a ouvert l’année dernière une galerie d’art éponyme à Dakar, après celle ouverte il y a 7 ans à Abidjan. Selon elle, le marché de l’art en Afrique est encore embryonnaire.

    « Aujourd’hui, on travaille avec une quinzaine d’artistes, qu’on représente dans nos lieux à Dakar et à Abidjan, explique la galeriste. On a ouvert des bureaux très récemment à Paris. Le but d’avoir ces espaces dans ces pays, c’est de développer un marché local ». Pour Cécile Fakhoury, c’est un travail de longue haleine, car le marché est en construction, « et puis après il y a le marché à l’étranger auquel on participe aussi, puisqu’on fait beaucoup de foires, beaucoup de collaborations, de biennales et d’événements en Europe, aux États-Unis ; il y a une sorte d’appétence pour l’art contemporain africain dans ces régions-là, qui est aussi grandissante. »

    « Les Africains n'achètent pas d'art »

    À la FIAC 2019, la galerie Cécile Fakhoury présente des tableaux de Ouattara Watts, déjà connu à New York. Les premières œuvres qu’elle a vendues en 2012, de l’artiste Aboudia, ont été cédées entre 2 000 et 15 000 euros, en fonction de la grandeur du tableau. Elles valent aujourd’hui entre 18 000 et 70 000 euros. Un marché de l‘art sur le continent qui a du mal à se développer, selon l’artiste béninois Romuald Hazoumé.

    « Il n’y a pas un marché assez important comme il existe en Inde et en Chine aujourd’hui, estime Romuald Hazoumé. Les Chinois achètent de l’art chinois, les Indiens ont créé un marché de l’art indien et ils achètent de l’art indien. Les Africains n’achètent pas – il en y a très peu qui achètent –, ils préfèrent acheter de grosses voitures pour rouler dans des villes où il n’y a pas de routes ! C’est l’une des raisons pour lesquelles le marché est discret aujourd’hui. Mais on se bat depuis une trentaine d’années pour exister et ça commence à porter ses fruits. Ça prendra forme si les Africains le décident, parce que s’ils comprennent pourquoi les gens très très riches achètent de l’art, ils achèteront les artistes qui sont bancables en Afrique. »

    Des oeuvres qui valent entre 50 000 et 200 000 euros

    Les œuvres des artistes africains déjà cotés sur le premier marché valent aujourd’hui entre 50 000 et 200 000 euros. Dans le cadre de la FIAC 2019, une sculpture de Romuald Hazoumé est exposée au Grand Palais par la galerie parisienne Magnin A. Une autre construction, qui dénonce les dangers du trafic de carburant entre le Bénin et le Nigéria est exposée au jardin des tuileries jusqu’au 30 octobre 2019. L’artiste regrette l’existence de peu de musées d’art contemporain en Afrique et la rareté de collectionneurs. Cette faiblesse du marché de l’art, qui pénalise les créateurs, est aussi un manque à gagner de rentrées fiscales pour les États.


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