GRILLE DES PROGRAMMES
Monde
Afrique
Vendredi 8 Novembre
Samedi 9 Novembre
Dimanche 10 Novembre
Lundi 11 Novembre
Aujourd'hui
Mercredi 13 Novembre
Jeudi 14 Novembre
    Pour profiter pleinement des contenus multimédias, vous devez avoir le plugin Flash installé dans votre navigateur. Pour pouvoir vous connecter, vous devez activer les cookies dans les paramètres de votre navigateur. Pour une navigation optimale, le site de RFI est compatible avec les navigateurs suivants : Internet Explorer 8 et +, Firefox 10 et +, Safari 3 et +, Chrome 17 et + etc.

    Tunisie ou le «leadership démocratique» africain

    Jean-Baptiste Placca. Claudia Mimifir

    L'élection de ce nouveau président peut suffire à redonner du tonus à une population jeune, qui a besoin de reprendre confiance en elle-même.

    Kaïs Saïed a donc été porté, dimanche 13 octobre, à la tête de la Tunisie, par un vote massif de ses concitoyens. Comment expliquer un choix aussi net, avec un score sans appel de 72,71 % des voix, pour cet homme de 61 ans, parti à la conquête du pouvoir avec presque rien, dans ce pays précurseur du « printemps arabe » ?

    Ce « printemps arabe », faut-il le rappeler, fut aussi une saison flamboyante pour toute l’Afrique. La Tunisie a donné le ton, l’Egypte a suivi, puis ce fut la Libye, avant de s’étendre au sud du Sahara, avec le Burkina, qui n’aura pas été le changement le moins spectaculaire, loin de là. « Pourquoi ce candidat que personne n’attendait, qui n’a presque pas fait campagne, et qui s’est contenté de peu », demandez-vous ? Parce que les peuples africains savent de mieux en mieux ce qu’ils veulent. Et, contrairement à ce que s’imaginent certains politiciens frénétiquement aggripés au pouvoir, ils savent aussi ce dont ils ne veulent pas.

    Vous avez entendu, sur RFI, la Tunisienne Sihem Bensedrine, journaliste et défenseuse des droits de l’homme, marteler : « On sait ce qu’il faut faire ! On connaît la maladie ! On a le diagnostic, et les médicaments qu’il faut administrer. Il faut juste se décider à renoncer à protéger les magnats de la corruption, et laisser le pays faire sa transition économique, pour rétablir le peuple dans son pain quotidien, qui est la source de sa dignité. Car, a-t-elle conclu, c’est là, le grand ratage de la transition, après la révolution ».

    En Tunisie, « la révolution », c’est bien la chute de Zine el-Abidine Ben Ali, en janvier 2011...  

    Et ce que dit cette Tunisienne, bien des Africains, de toutes nationalités, pourraient le reprendre à leur compte, textuellement, pour pointer du doigt les tares qui minent leur société, leur patrie. D’où la puissance des propos du président élu lorsque, dans sa première adresse à ses concitoyens, il promet de porter « avec intégrité, avec force, et de manière honnête, cette charge, cette responsabilité ».

    Bien évidemment, pour avoir connu tant de fois la déception avec des leaders trop occupés à préserver leurs intérêts propres et ceux, douteux, de prédateurs professionnels qui agissent en sous-main, les Tunisiens ne se contenteront certainement plus de la seule promesse d’une Tunisie nouvelle, faite par le nouveau président. Ils feront preuve d’une extrême vigilance. Comme on les comprend !

    Il n’empêche que l’adversaire malheureux de Kaïs Saïed a mal vécu sa défaite. Ses partisans disent n’avoir rien compris, et Nabil Karoui lui-même dit avoir été lésé par son emprisonnement…

    L’Afrique tout entière compatit naturellement à sa douleur. Mais l’on a aussi entendu des organisations de lutte contre la corruption insinuer que son dossier était beaucoup plus lourd que ce que l’on en a révélé. Il est visiblement un homme riche, et sa richesse serait… questionnable. Les ONG rétorquent qu’il a beau avoir été en détention préventive, sa télévision ne cessait de faire campagne, et même depuis sept ans.

    Sur la situation de leur pays, les Tunisiens ont une analyse d’une lucidité proverbiale. La jeunesse, en particulier, a, par exemple, vécu la fameuse loi sur la réconciliation économique, sous le défunt président, comme une amnistie, sinon une immunité donnée à tous les « magnats de la corruption », qui tireraient, précisément, leurs richesses de malversations commises aux dépens de l’État, donc de tous. Ceci expliquerait pourquoi la jeunesse a massivement porté ses voix sur le professeur de droit, et pourquoi les jeunes parlent de « vote contre la corruption, pour la dignité ». Aussi, ce que demandent les Tunisiens au professeur Saïed, ce n’est pas tant un programme qu’une détermination à lutter avec cette fermeté contre la corruption. « On lui demande de la rectitude », dit une Tunisienne.

    Il n’empêche que Kaïs Saïed est un homme seul, qui n’a pas beaucoup de latitudes pour réellement transformer le pays…

    Il est seul, mais les forces de propositions arriveraient déjà de partout. « Le problème, selon un analyste, ne se pose pas en termes de capacité intrinsèque d’un individu à mener à terme un programme, mais en termes de dynamique et de tendances. » Son score lui donnerait un ascendant sur les parlementaires. Qu’il saura, dit-on, mettre face au peuple, sinon au pas…

    À dire vrai, ce peuple a passé l’âge de croire en un homme providentiel. Il veut un leader, juste et honnête. Il n’y aura certainement pas de miracles, mais il y aura probablement moins d’injustices, moins de corruption, et cela seul peut suffire à redonner du tonus à une population jeune, qui a besoin de reprendre confiance en elle-même, pour que se déploient tous ses talents. Un peuple qui réussit de telles prouesses politiques ne peut manquer de génie. Mais le génie, en Tunisie comme partout, a besoin d’être libéré pour déployer ses ailes conquérantes.

    1. 1
    2. 2
    3. 3
    4. ...
    5. Suivant >
    6. Dernier >
    Les émissions
    Commentaires
     
    Désolé mais le délai de connexion imparti à l'opération est dépassé.