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    «Black is beautiful!»

    Jean-Baptiste Placca. (Photo : Claudia Mimifir)

    Tous les discours sur la négritude, toutes les chansons sur la fierté d'être noir et toutes les odes à la beauté de la peau noire ne font qu'une chanson, que l'on voudrait tant dédier aux femmes sénégalaises qui vivent dans le doute sur elles-mêmes...

    En préambule, vous souhaitez ouvrir une petite parenthèse qui nous ramènera, dites-vous, au cœur de votre éditorial. Sur quel sujet porte cette parenthèse ?

    Sur le phénomène des femmes sénégalaises qui s’éclaircissent la peau, et qui a fait l’objet, sur RFI, d’un excellent dossier réalisé par Charlotte Idrac, vendredi, depuis Dakar. Durant mes jeunes années dans ce métier, j’avais consacré à ce phénomène un article intitulé « Le reporter et la femme serpent ». Je m’étais alors mis à dos toutes les femmes du secrétariat de rédaction de Jeune Afrique, qui estimaient que j’étais allé trop loin. Mais, comment ne pas aller trop loin, lorsque l’on voit des Africaines se déteindre la peau, pour l’éclaircir, soi-disant ! Mais c’est un peu la faute aux hommes. Aux hommes sénégalais, qui ont des exigences déraisonnables, puisqu’en 1985 déjà, ce drame était à la mode, au Sénégal. Si un homme noir veut une femme blanche, il ferait mieux d’aller en chercher une authentique où il peut. Le jour où les hommes sauront rejeter les femmes qui s’adonnent à cette pratique, les femmes y renonceront.

    Venons-en aux 70 ans de Présence africaine.

    La venue de Wole Soyinka à cet anniversaire est une forme de réconciliation, qui illustre tout ce que l’Afrique a perdu en de vaines confrontations idéologiques (ou d'idées) depuis six décennies. On saluera, outre la présence du Nigérian, prix Nobel de littérature, celle d’un autre monstre sacré de la littérature africaine, le Kényan Ngugi wa Thiong’o, qui aurait tout autant mérité le Nobel. Et d’ailleurs, il n’est pas trop tard, même si l’horloge avance…

    Présence africaine a vu le jour au moment où la plupart des peuples du continent s’apprêtaient à accéder à la souveraineté internationale. À Paris, Alioune Diop, Aimé Césaire, Léopold Sédar Senghor et les nombreux autres intellectuels africains qui les accompagnaient revendiquaient, au-delà de la capacité des peuples à s’assumer comme nations, l’africanité de l’homme noir.

    Mais, dans l’ex-empire britannique en Afrique, chanter la négritude pouvait paraître incongru, puisque le mode de colonisation qu’avaient subi ces peuples ne voulait pas les assimiler et leur avait laissé un petit espace pour exister par eux-mêmes. D’où le jugement, très sévère, à l’époque, de Wole Soyinka, qui rétorqua textuellement ceci aux chantres de la négritude : « Le tigre ne parle pas de sa tigritude : il bondit sur sa proie et la dévore ». Comprenez que rien qu’à le voir dévorer sa proie, on devine qu’il est bien un tigre. Aux nègres de la négritude, il suggérait donc de s’assumer, plutôt que de chercher à se justifier d’être ce qu’ils sont. Six décennies plus tard, on réalise que tous auraient mieux aidé l’Afrique en conjuguant leurs différences, plutôt que de s’affronter, ou même de s’ignorer.

    Ce ne sont donc que les anglophones qui ne comprenaient pas la négritude.

    Non. Il est aussi des francophones qui, au fil du temps, se sont détournés de la négritude, telle qu’elle évoluait. À l’instar de Stanislas Spero Adotévi, qui publiera un essai remarqué, très critique, « Négritude et Négrologues », reprochant notamment à Senghor d’avoir fait de la négritude « un essentialisme au service du néocolonialisme ».

    L’Afrique, ne l’oublions pas, était à peine libre, et la décolonisation était encore toute théorique, dans certains pays. Et le néocolonialisme était en action, pour arracher aux nations des pans entiers de la liberté qu’elles venaient de conquérir, par des biais plus ou moins perfides, comme en témoigneront plus tard les écrits sur la Françafrique.

    De l'autre côté de l'Atlantique, que disaient les Noirs américains de la négritude ?

    Le mouvement des droits civiques, aux États-Unis, chantait le même refrain, mais en dièse. Tandis que James Brown affirmait : « I’m Black and proud »1, d’autres, en écho, fredonnaient : « Black is beautiful »2.

    C’était un beau slogan en tout cas…

    Ce n’était pas qu’un slogan… Vers le début de l’été 1978, ma promotion, à l’école de journalisme, avait été déportée en voyage d’études de Montréal à New York, pour un contact palpable avec les institutions des Nations unies et ce qui était (et est peut-être encore aujourd’hui) la plus grande école de journalisme au monde : l’école de journalisme de Columbia University. Une nuit, sur un trottoir, nous croisons une jeune fille noire. Le camarade béninois à mes côtés s’écria, en mina, (ma langue maternelle, qui est aussi celle d’une partie du peuple béninois) : « Quelle beauté ! Comment est-ce possible que Dieu ait pu créer une femme aussi belle ! ». Ce dieu dont il parlait est sans doute le plus grand artiste qui ait jamais existé, parce qu’elle était d’une sublime beauté, en effet : une œuvre d’art, en chair et en os ! Quelques années plus tard, un ingénieur mauritanien, noir, me dira que c’est à Washington, où il avait fait ses études, qu’étaient les plus belles femmes noires de la terre. Je n’ai pas pris le temps d’aller vérifier. Mais, croyez-moi, des êtres qui vivent avec des telles créatures ne pouvaient pas être dans le slogan, lorsqu’ils chantaient que « Black is beautiful ».

    (1) « Je suis fier d’être Noir »

    (2) « Le Noir est beau »

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