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    Facebook et la vérification des faits en Afrique

    Silhouettes of mobile users are seen next to a screen projection of Facebook logo in this picture illustration taken March 28, 2018. REUTERS/Dado Ruvic

    Facebook développe son programme de fact-checking en Afrique. La plateforme a même annoncé cette semaine qu'elle avait démantelé une opération de désinformation russe.

    Il y a une sorte d’ironie à constater que c’est au moment même où la Russie impose sa loi controversée sur « l’Internet souverain », visant à protéger la toile russe des ingérences extérieures, que cet État est pointé du doigt sur le continent africain. Selon Facebook, un proche de Vladimir Poutine, Evgueni Prighozine, serait à l’origine d’une campagne de manipulation autour de thèmes comme la politique de Moscou en Afrique, les élections à Madagascar et au Mozambique ou le rôle déclaré néfaste de la France et des États-Unis dans la région. La méthode virale est simple : un alliage de faux et de vrais comptes de Madagascar ou du Mozambique ont relayé des infox pour tenter d’influencer l’opinion.

    Facebook a donc décidé d’éliminer sur son réseau une trentaine de comptes et une cinquantaine de pages ainsi que 12 groupes Facebook et comptes Instagram. Résultat, 475 000 comptes ont cessé d’être abreuvé par ces comptes et pages litigieux. La vérification des faits est au cœur de la politique de Facebook en Afrique pour accroître et crédibiliser son audience, avec l’AFP ou les Observateurs de France 24. Le 9 octobre, la plateforme a annoncé qu’elle allait étendre son programme de fact checking à dix nouveaux pays d’Afrique comme l’Éthiopie, le Burkina Faso, l’Ouganda, la Tanzanie, la RDC ou la Côte d’Ivoire. Il faut dire qu’on trouve en Afrique des manipulations de paroles destinées à ériger une population contre une autre, ou bien comme en RDC de fausses rumeurs sur les vecteurs de propagation du virus Ebola.

    L’action de Facebook ne consiste donc pas à censurer ces contenus, ce qui pourrait lui être reproché, mais à les rendre moins visibles sur son fil d’actualité, et à leur associer un article démontant l’infox. Cet article est réalisé par ce qu’on appelle une tierce partie, l’AFP Factuel notamment qui vient de s’installer à Kinshasa.Là où ce programme peut être critiqué, selon Laurent Bigot un chercheur qui vient de faire paraître un livre sur le fact checking, c’est d’une part qu’il est financé par Facebook - à 1000 dollars l’article de désintox en moyenne, c’est même une source de revenus pour la soixantaine de médias qui y contribuent dans le monde. Et ensuite, c’est qu’il répond à une ligne déterminée par le réseau social même si les médias restent libres de leur traitement.

    Depuis cet automne, la politique, la vérification de la parole politique, est ainsi exclue des papiers rémunérés, signale le chercheur. Pas sûr que ce soit là le meilleur moyen de lutter pour des élections non polluées par des infox. L’éducation aux médias, pour distinguer entre une source crédible et un contenu suspect, s’impose plus que jamais.


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