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    Albert Tévoédjrè, intellectuel flamboyant

    Jean-Baptiste Placca. RFI

    Trois mois à peine après la chute du Mur de Berlin et quatre mois avant le discours de La Baule, le Bénin, par la détermination de son peuple, renaissait à la démocratie. Et le reste de l'Afrique, avec plus ou moins de bonheur, s'en inspirera abondamment. Le professeur Tévoédjrè était aux premières loges de cette page d'histoire, rayonnant comme jamais.

    À quelques jours de son 90e anniversaire, Albert Tévoèdjrè s’est éteint, sur sa terre natale. Le Bénin perd un fils, brillant, et l’Afrique, un de ses intellectuels les plus connus. Que doit-on retenir de l’homme, au-delà de ces faits, reconnus ?

    Le professeur Tévoédjrè était sans doute un des intellectuels qui auront le plus valu au Dahomey, hier, et au Bénin, aujourd'hui, d’être considéré comme le Quartier latin de l’Afrique. Et le continent, avec son départ, prend congé d’un de ses derniers esprits réellement flamboyants, qui avait à la langue un rapport d’intimité, voire d’orfèvre, d’une dextérité unique pour associer les mots et donner naissance à des idées qui parlent à l’esprit.

    Cet homme est véritablement entré dans l’histoire de son pays, et plus encore dans celle de l’Afrique, ce jour de 1990 où, rendant compte, en sa qualité de rapporteur général, des travaux de la Conférence nationale souveraine du Bénin, il lança à son peuple : « Vous avez voulu que je traduise nos convergences, je m’y suis efforcé sans vraiment toujours réussir à faire passer toute l’intensité du message. (…) Nous étions une nation, un peuple plongé dans la nuit, qui s’arc-boutait soudain autour d’un même radeau, ou d’une même chaîne, prenant appui sur sa dernière chance de survie et qui brisait ses liens, se libérait et sortait, rayonnant, le visage en larmes et en sang, méconnaissable peut-être, mais définitivement vivant. (…) Mes amis, nous avons vaincu la fatalité ! »

    Il n’empêche que dans son pays, ses positionnements ont parfois été férocement critiqués…

    Dans la vie des hommes et des nations, il arrive un moment où même les rancœurs les plus tenaces, à défaut de s’éteindre, doivent se taire, pour laisser place à ce qui reste pour toujours. À ce qui doit rester à jamais : l’essentiel. Et ce qui tient de l’essence, ici, c’est l’amour de la patrie. Ce n’est pas dire qu’en pratiquement 90 ans sur terre, il aura été irréprochable chaque jour de sa vie. Que les héros parfaits s’avancent donc, pour lui jeter la première pierre ! À quoi résume-t-on la vie d’un homme publique, sinon à l’essentiel ? Quel Béninois n’a, un jour ou l’autre, senti sa fibre patriotique vibrer, en écoutant le professeur Tévoédjrè dans une de ses fulgurances dont le rayonnement ne pouvait que rejaillir sur son pays, sur son peuple ?

    S’il n’a apporté que cela à son peuple, alors, il aura honoré et mérité de la patrie. Pour le reste, il avait, lui-même, conscience des limites des prétentions à une vaine perfection : « En 1991, j’étais candidat à la présidence de la République, dans mon pays, confessera-t-il dans un ouvrage intitulé Le Bonheur de servir. « Mes amis et moi-même, sans fausse modestie, pensions que j’étais probablement le meilleur postulant. La sociologie et l’arithmétique électorales en ont décidé autrement. J’en ai pris mon parti et n’en suis pas mort pour autant. Et le pays, imperturbable, a poursuivi sa marche. »

    Il savait donc faire preuve de lucidité…

    Oui. Et la conclusion à laquelle il était parvenu le professeur Tévoédjrè est toute simple de lucidité, en effet : « La démocratie, c’est aussi cette sagesse de trouver sa place de service aux autres. ». « Si tu ne peux être pin au sommet du coteau, sois broussaille dans la vallée. Si tu ne peux être soleil, sois étoile. Ce n’est point par la taille que tu vaincras. Sois le meilleur, quoi que tu sois. » Les esprits les plus affutés auront reconnu le poète américain Douglas Malloch…

    Que restera-t-il de l’intellectuel flamboyant que vous nous décrivez ?

    Une très belle plume, comme pouvaient l’être de nombreux intellectuels de sa génération. Et le titre de chacun de ses ouvrages était un manifeste : L’Afrique révoltée (1958), La pauvreté, richesse des peuples (1977), Mes certitudes d’espérance (1985), Le bonheur de servir (2009).

    Il n’était pas prolifique, au sens où l’entendent les éditeurs. Mais, entre deux ouvrages de poids, il publiait beaucoup : articles, discours et autres. Des lambris dorés de la mairie de Paris aux salons tout aussi majestueux de l’Unesco, chacune de ses grandes publications donnait lieu à un cérémonial à la dimension de ce pour qui il se prenait et qu’il était, pour l’essentiel : une sommité.

    Ces dernières années, il s’était fait attribuer un modeste titre de frère, « frère Melchior » par la Société des missions africaines, qui a fourni à l’Afrique occidentale nombre de ses premiers missionnaires, les pères blancs. Sans doute se serait-il débrouillé pour devenir cardinal, s'il était resté (pour devenir prêtre) au grand-séminaire de Ouidah, où il souhaitait être inhumé. Maintenant qu’il n’est plus, nous pouvons affirmer que pour le meilleur, il était ce que l’on appelle « une intelligence supérieure ».

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