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    Cacao: le travail des enfants «est un problème de politique publique, de pauvreté»

    Petits producteurs de cacao en Côte d'Ivoire. Toumodi, en 2018 (image d'illustration). REUTERS/Thierry Gouegnon

    Deux sénateurs américains font planer la menace d’un embargo sur les fèves de cacao ivoiriennes, pour faire pression sur les industriels et les autorités pour qu’ils luttent davantage contre le travail des enfants. Mais quelles réalités revêt ce phénomène ? Quelle différence entre le jeune garçon qui donne un coup de main à son père pendant les vacances, et le gamin vendu comme esclave et acheminé pour trimer dans certaines plantations ? Francois Ruf, chercheur au Cirad et spécialiste du cacao, travaille en Côte d’Ivoire depuis 25 ans. Il répond aux questions de RFI.

    RFI : Quand on parle de travail des enfants, en Côte d’Ivoire, de quoi parle-t-on ?

    François Ruf : Les choses commencent à être bien connues. La WorldCocoa Foundation - l’Organisation internationale des grandes entreprises du chocolat - a bien fait la différence, dans leur publication, dans leur discours. Il y a ce qu’ils appellent la pire forme du travail des enfants. Ce sont des cas où des enfants sont envoyés, souvent depuis des pays étrangers, depuis le Burkina Faso ou le Mali, plus ou moins « vendus » par leurs parents à des passeurs qui viennent les installer dans des exploitations un peu sauvages, de « préférence » dans les forêts classées, dans les parcs nationaux. Donc vraiment la vilaine histoire. Et à côté de cela, il y a une multitude d’exploitations familiales dans des dizaines de milliers de villages en Côte d’Ivoire, où les planteurs comme tous les agriculteurs du monde entier, font appel à leurs enfants en période de vacances scolaires et ne font que se faire aider sur des travaux pas spécialement dangereux. Donc il y a deux choses très différentes. L’éternel problème c’est l’amalgame qui a été fait entre les deux.

    Donc en termes de quantité, on ne sait pas quel est le ratio ?

    Personne ne sait exactement. Mais admettons qu’il y ait un million de familles de planteurs en Côte d’Ivoire, s’il y a un million d’enfants qui travaillent, cela veut dire un enfant par famille. Il n’y a rien d’anormal. Le travail des enfants au sens « travail d’esclave », on a très peu ces chiffres, mais on sait qu’ils sont très nombreux. Ils sont confinés dans les forêts classées. Donc c’est grave, mais c’est un problème de politique publique. C’est un problème de pauvreté. Les quelques enfants ne seraient pas envoyés par leurs familles depuis le Burkina Faso ou le Mali, si la pauvreté ne dominait pas dans ces pays-là. À la limite, c’est dans ces pays-là qu’il faut essayer de développer des écoles et de l’accompagnement de développement.

    Et qui sont les planteurs qui feraient appel à ce trafic, les pires formes du travail des enfants ?

    Ce sont presque toujours des gens qui sont infiltrés dans les forêts classées. Ce sont plutôt des gros, sans doute, qui ont des connexions politiques diverses dans les deux pays. Donc le seul moyen de contrôler cela, c’est de contrôler les forêts pour limiter les infiltrations et limiter la production. Là, c’est une histoire de volonté publique. Si on contrôle les forêts, normalement on va contrôler presque immédiatement le travail des enfants, parce qu’il ne se fait pas au bord de la route.

    Les planteurs, quand on les interroge, ils disent : « Je veux bien ne plus faire travailler mon fils dans la plantation, mais il faudrait me donner les moyens de pouvoir recruter quelqu’un ». Est-ce que le problème de base n’est pas aussi la rémunération des planteurs ?

    Il y a une baisse structurelle du prix du cacao, du cours mondial du cacao, et qui s’explique par plusieurs facteurs. Mais fondamentalement, cela s’explique par la pauvreté. Des gens pauvres vont tenter leur chance dans le cacao, qui va les sortir un petit peu de la pauvreté par rapport à la situation de départ. Ce qu’il faut rappeler, c’est qu’aujourd’hui, la taille de l’exploitation moyenne est plutôt à 4 hectares, alors qu’elle était à 7 ou 8 hectares il y a vingt-cinq ans. Donc à 4 hectares et avec une famille, il n’y a pratiquement plus de manœuvres. On a complètement changé de paradigme. Il y a vingt-cinq ans, toutes les exploitations familiales avaient un ou deux manœuvres, voire trois ou quatre. Il y avait un appel de main d’œuvre, parce que la main-d’œuvre venait et elle savait que peu de temps après elle arriverait à accéder à la terre et devenir planteur. Aujourd’hui, c’est beaucoup plus difficile de devenir planteur. Il y a moins de terre, donc il y a moins de main-d’œuvre, cela pourrait justifier que les planteurs demandent un peu d’aide à leurs enfants. Mais dans l’ensemble, on est dans une économie familiale, maintenant, plus ou moins stricte avec très peu de main-d’œuvre. Sauf dans quelques régions spécifiques où la taille des exploitations est un peu plus grande et où il y a un accès plus facile à la main-d’œuvre étrangère, comme à la frontière du Ghana, où il y a un accès plus facile à la main-d’œuvre togolaise, à la main-d’œuvre burkinabè qui passe par le Ghana. Mais dans l’ensemble, on est dans une agriculture familiale qui est obligée de se passer de main d’œuvre, aujourd’hui.

    Les industriels sont engagés depuis des années dans des processus de certification contre la déforestation, contre le travail des enfants. Est-ce que finalement ce n’est pas un mythe ? Jusqu’à quel point il est possible de certifier du cacao sans travail des enfants ?

    C’est très difficile pour les multinationales d’aller intervenir aux fins fonds d’une forêt classée pour dire ce n’est pas bien ce que vous faites. Si les multinationales affirment qu’elles achètent du cacao certifié sans travail des enfants, elles prennent une part de responsabilité. Elles ne devraient pas communiquer là-dessus. Elles devraient dire plus honnêtement que c’est minime et qu’elles font tout ce qu’elles peuvent, mais qu’elles ne peuvent rien empêcher. Les agences de certification comme Rainforest ou autres ont une lourde responsabilité et communiquent beaucoup, aussi. Je prends un exemple. C’est une anecdote qui n’est pas représentative, mais dans la région de Daloa on est tombés sur un audit de certification dans une plantation. Et au moment où l’audit se termine, la mission voit un planteur voisin revenir du champ avec deux enfants. Il y en avait un qui portait un jerricane et l’autre qui portait une machette. Comme ils participaient de la même coopérative, aussitôt la coopérative a perdu sa certification. On est dans le grotesque, on est dans la caricature. On est dans la communication. Le problème de la certification c’est qu’on est beaucoup dans l’irréel, dans le virtuel, dans la communication et pas du tout dans quelque chose de bien sérieux.


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