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    L’hôpital public en crise: le nouveau cauchemar de Bercy

    Manifestation d'urgentistes en grève le 27 août 2019 à Lille. AFP/Philippe Huguen

    En France c'est la mobilisation générale aujourd'hui pour sauver l'hôpital public. Médecins, infirmières, aides-soignantes, tous les personnels concernés sont en grève, ils tirent la sonnette d'alarme : sans moyens supplémentaires, les hôpitaux français pourraient disparaître. Le gouvernement est-il prêt à dépenser plus ?

    C'est la nouvelle patate chaude du budget 2020. Le gouvernement devra sans doute dépenser beaucoup plus que prévu pour l'hôpital alors que son budget est déjà dans le rouge selon les critères de Maastricht. La France sera en 2019 le plus mauvais élève de la classe euro, le seul pays incapable de contenir son déficit en dessous des 3% du PIB d'après les prévisions de Bruxelles. Même Chypre, encore convalescent de la crise de la dette, fera mieux l'an prochain. Bercy a lâché en septembre 750 millions d'euros pour désamorcer le conflit aux urgences. Mais aujourd'hui, c'est un effort d'une toute autre ampleur qui est demandé par les personnels soignants car l'hôpital public français, disent-ils, est au bord de la rupture.

    Une volonté d'étrangler l'hôpital public ?

    Il y a quinze ans, le gouvernement de l'époque impose à l'hôpital la tarification à l'activité dans l'espoir de contrôler les dépenses, on croit alors qu'on peut gérer ce service public comme une entreprise privée, une clinique par exemple; ce nouveau mode de gestion fait quasiment l'unanimité. Les opposants sont rares.

    Chaque établissement reçoit un budget forfaitaire proportionnel à ce qu'il fait. L'objectif national de dépenses fixé chaque année est censé donner de l'air, augmenter les ressources, en fait il est tellement contraint qu'il s'agit très vite de gérer la pénurie. En conséquence, quand l'activité d'un hôpital augmente, le prix des actes est abaissé. Les effets de cette réforme deviennent tellement pervers que le candidat Macron s'engage à réduire ce mode de financement à 50%, il représente aujourd'hui les deux tiers des ressources hospitalières.

    Le remède est en train de tuer le patient ?

    C'est le constat des personnels soignants. Épuisés, sous-payés, les médecins comme les infirmières finissent par aller voir ailleurs. Faute de candidats, des centaines de postes ne sont pas pourvus. Résultat, les délais de réalisation des examens, des soins, des interventions s'allongent, des lits sont supprimés, des services fermés faute de personnel. À terme, la formation des médecins va en souffrir. L'hôpital public français, réputé mondialement pour la qualité des soins et de la recherche, est aujourd'hui en pleine déliquescence. Dans une tribune publiée par Le Monde, les directeurs concernés exigent plus d'argent, une hausse du budget et des hausses de salaires.

    L'État a-t-il les moyens de répondre à ces revendications ?

    Pour l'instant, Bercy fait la sourde oreille. Mais bien sûr il y a des pistes. L'État pourrait d'abord reprendre la dette des hôpitaux de 30 milliards d'euros qui freine leurs investissements ; cette opération serait neutre puisque ce fardeau apparait déjà dans le passif des comptes publics. Il y a par ailleurs une bagarre en ce moment dans les coulisses du gouvernement autour de la hausse de l'objectif national de dépense d’assurance maladie, l'amplitude maximum de dépense recalculée chaque année. Pour 2019 il est fixé à +2,1%. Et puis il y a aussi des pistes à explorer du côté des autres dépenses de santé. Si les dépenses hospitalières sont contraintes, celles de la médecine de ville restent difficiles à contrôler et c'est l'hôpital qui trinque. Comparé aux autres pays européens, la France est plus dépensière en matière de santé, mais si l'on regarde le seul chiffre des dépenses hospitalières, 3,6% du PIB, on est en dessous de la moyenne européenne.

     

    EN BREF

    La Chine voit sa production industrielle à nouveau ralentir en octobre. On s'attendait à plus de 5,4% de hausse, ce n'est que 4,7% finalement. Cette contreperformance confirme l'impact négatif de la guerre commerciale entre la Chine et les États-Unis.

    Google veut devenir banquier. Avec Citibank il proposera bientôt l'ouverture de compte en ligne à ses usagers.

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