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    La Bolivie au bord du chaos

    Le président bolivien Evo Morales après l'annonce de sa démission le 10 novembre 2019. REUTERS/Carlos Garcia Rawlins

    Comme chaque semaine, nous retrouvons Bruno Daroux, pour « Le Monde en Question ». Vous revenez sur la situation politique en Bolivie où, après le fiasco du premier tour de l’élection présidentielle, la vice-présidente du Sénat, Jeanine Anes, est devenue présidente par intérim, après la démission contrainte du président Evo Morales. Et la question que vous posez, Bruno, est la suivante : la Bolivie est-elle au bord du précipice ?

    La réponse est oui. Le pays est confronté depuis près d'un mois à une situation plus que dangereuse. Le 20 octobre, les Boliviens se rendent aux urnes pour le premier tour de l’élection présidentielle. Arrivent en tête le président sortant Evo Morales, et le candidat de centre-droit Carlos Mesa. Très vite, les premiers décomptes de voix laissent planer le doute sur la transparence du scrutin. Assez vite, Morales s’auto-proclame président, sans attendre le résultat officiel. Ses opposants, furieux, descendent dans les rues des grandes villes du pays.

    Lâché par l'armée, désavoué par l’OEA, l’Organisation des États d'Amérique qui parle de scrutin truqué, Evo Morales est contraint de démissionner. Il quitte son pays en catastrophe et trouve refuge au Mexique, un pays gouverné par le dirigeant de gauche Lopez Manuel Obrador.

    Tout avait pourtant bien commencé en 2006, quand, pour la première fois de son histoire, le pays se choisissait un président indigène. En quelques années, Evo Morales, leader progressiste, réussit, par des mesures économiques et sociales spectaculaires, à sortir son pays de l'ornière. Résultat : une croissance économique en forte hausse – le PIB bolivien a été multiplié par quatre par rapport au niveau de 2006, l’accès à l’éducation et à la culture a beaucoup progressé, la pauvreté a diminué de moitié.

    Jusqu'en 2016, malgré la grogne de la minorité blanche qui n'a jamais supporté de voir un Indien aux commandes de l'État, tout se déroule bien. Oui mais voilà : l'ubris du pouvoir gagne le président. En 2016, il décide de convoquer un référendum pour l'autoriser à se présenter à un quatrième mandat. Il est désavoué, mais ne respecte pas le résultat en annonçant qu'il va se présenter une quatrième fois. D'où le scrutin sous haute tension du 20 octobre.

    Après la fuite de Morales, l'armée désigne la vice-présidente du Sénat, une figure de l'opposition Jeanine Anez, comme présidente par intérim, alors que le quorum au Parlement pour sa désignation n’est pas atteint. Cette fois, ce sont les partisans de Morales qui hurlent au coup d'État fomenté selon eux par l'armée -et en sous- main par les États-Unis. Washington d’ailleurs qui reconnaît très vite Mme Anez comme la présidente légitime.

    Cette dernière dit vouloir pacifier le pays, annonce une nouvelle élection présidentielle dans un délai rapide - mais sans Morales, qui devra, dit-elle, s’expliquer devant la justice s’il rentre au pays. Ce qui ne calme pas les partisans du président en exil. Les affrontements avec la police font un mort jeudi.

    Elle annonce aussi que la Bolivie reconnaît l'opposant Vénézuélien Juan Guaido comme le président du Venezuela. Changement de cap total donc par rapport à Morales qui lui soutenait contre vents et marées le président socialiste Nicolas Maduro.

    Nous en sommes là. Et voilà pourquoi, entre ces deux camps, l'apaisement parait impossible pour l'instant. Encore moins la réconciliation. Oui, la Bolivie est vraiment au bord du précipice...


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