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    Déchets sauvages, halte à l’invasion

    À Laigneville, un camion qui vient décharger ses déchets est pris en photo. © RFI/Agnès Rougier

    Les décharges sauvages sont un problème planétaire et la France n’en est pas exempte.

    Mais, lutter contre ces dépôts illégaux peut mener au drame : l’été 2019, le maire d’une petite ville du sud de la France est mort sous les roues d’une camionnette, dont le conducteur venait déverser ses déchets illégalement, au lieu de les livrer à la déchetterie la plus proche. Alors, comment se débarrasser d’un problème à la fois envahissant et polluant ?

     

    Un océan de déchets
    Nous sommes dans un méandre de la Seine, la Boucle de Chanteloup, à une trentaine de kilomètres de Paris, et devant nous s’étend un océan de déchets qui ondoie au fil des tas de 2 m de haut : avec 7 000 tonnes des déchets répartis sur plus de 47 Ha, c’est la plus grande des décharges sauvages du territoire français. Ici, c’est le royaume du BTP, secteur démolition ; ces matériaux qui peuvent être dangereux – amiante, solvants… - proviennent en majorité de bâtiments détruits, et les responsables de chantiers n’ont pas jugé bon de les déposer dans une déchetterie officielle.

    Cette décharge sauvage, née en 2012, a pris une ampleur impressionnante à partir de 2017, et aucune administration des trois villes qui l’entourent : Chanteloup-les-Vignes, Carrières-sous-Poissy et Triel-sur-Seine, n’a réellement agi pour endiguer l’arrivée des déchets.

     

    Une histoire polluante

    La boucle de Chanteloup – ou Plaine de Chanteloup - est une ancienne zone maraîchère découpée en parcelles où l’agriculture a été rendue possible par l’épandage des égouts de Paris, qui fertilisait les terrains. Mais après 50 ans d’épandage, on s’est rendu compte que la terre était contaminée par des métaux lourds toxiques, en particulier du plomb. En 2000, le préfet des Yvelines a signé un arrêté pour y interdire toute culture à destination de la consommation humaine, mais malgré tout, faute de mise à disposition d’un terrain d’accueil pour les gens du voyage, un bidonville habité par des Roms a perduré sur ces terres polluées jusqu’à son démantèlement en 2017.

    Pour Alban Bernard, président de l’association Stop Décharges Sauvages, si les dépôts de déchets avaient déjà commencé en 2012, ils ont réellement explosé à partir de 2017.

     

    Fuite des responsabilités

    Quand on interroge Joël Mancel, le maire de Triel-sur-Seine depuis plus de 15 ans, sur les actions mises en place pour empêcher le développement de cette décharge sauvage, il admet qu’à part l’édiction d’arrêtés de circulation sur la zone, rien n’a été fait, les responsables n’ont pas été poursuivis.

    Pour justifier l’inaction, le maire invoque la complexité due à la multiplication de petits propriétaires sur la plaine et les réformes administratives successives.

    De fait, la « communauté d’agglomération des 2 rives de Seine », qui comprenait 12 communes dont Triel-sur-Seine, Chanteloup-les-Vignes et Carrières-sous-Poissy, s’est transformée en 2016, dans la perspective du Grand-Paris et des Jeux olympiques de 2024, en « communauté urbaine Grand-Paris Seine et Oise », GPSEO, avec cette fois 73 communes.

    Néanmoins, les maires des 3 communes concernées étaient déjà, et sont toujours parties prenantes des différentes administrations.

     

    Des terrains bradés

    La plaine de Chanteloup est découpée en parcelles qui appartiennent à plus de 200 propriétaires, or l’État propose le rachat des terres au tarif de 3 euros le m², ce qui est très faible. Pour certains membres de l’Association des Propriétaires fonciers et Exploitants Agricoles de la plaine (APEA), laisser les déchets s’accumuler a permis de garder les prix les plus bas possibles.

    En réponse, le maire de Triel-sur-Seine invoque un tarif fixé au moment où il a été nécessaire de prélever le sable nécessaire à la construction de l’autoroute de Normandie, ce qui remonte aux années 60.

    Néanmoins, d’après Antony Effroy, conseiller municipal d’opposition à la mairie de Carrières-sous-Poissy et président de l’association Rives-de-Seine-nature-environnement : « une charte agricole a été signée en 2014 entre les propriétaires et la communauté d’agglomérations, dans laquelle celle-ci s’engageait à prendre en charge la signalétique et les accès. Les agriculteurs ont fait confiance, mais on voit que cette mission n’a pas été assurée correctement. »

    Et considérant que le préfet aurait dû prendre des mesures en raison de la dangerosité des déchets, l’association a engagé une procédure administrative pour « carence fautive de l’État ».

     

    Dans la Plaine, un début de résolution

    Peut-être la perspective du Grand-Paris et des J.O. est-elle en train de faire bouger les choses. La secrétaire d’État à l’environnement, Brune Poirson, venue visiter les lieux en octobre 2019, a promis une aide de l’État de 800.000 euros pour débuter le déblaiement de l’océan de déchets, à partir de 2020. Mais, les associations parlent d’un coût de plus de 4 millions pour débarrasser intégralement la plaine de Chanteloup.

    D’après le maire de Triel-sur-Seine, Joël Mancel, il n’y a pas de projet immobilier prévu dans l’immédiat, à part l’extension d’un dépôt des grands magasins Lidl. Mais, on peut facilement imaginer qu’une fois déblayés, ces 47 Ha pourraient exciter la convoitise des promoteurs.

    À Laigneville, fin des dépôts sauvages

    À 80 km dans le nord de Paris, le maire de Laigneville, Christophe Dietrich, confronté à d’énormes dépôts sauvages autour de la commune, a pris le problème à bras le corps en commençant, dès son arrivée à la mairie en 2014, des « retours à l’envoyeur ».

    Pour ce faire, cet ancien policier a mené l’enquête à partir des déchets eux-mêmes, remontant la piste jusqu’aux responsables pour leur livrer leurs propres déchets à domicile. Aujourd’hui, il fait venir les contrevenants à la mairie pour ramasser leurs déchets, ce qui lui permet de les verbaliser.

    Et constatant que « le déchet appelle le déchet », Christophe Dietrich fait placer de petites caméras de chasse - qui se déclenchent automatiquement quand on passe devant – aux endroits stratégiques, afin qu’aucun nouveau tas de déchets ne débute discrètement en bord de champs.

    Ces actions semblent porter leurs fruits, puisque depuis le début de l’année, il n’y a eu que deux dépôts sauvages à Laigneville.

     

    Des solutions à grande échelle

    Il y a en France plus de 180 décharges sauvages, la plupart contiennent des déchets du BTP : alors que les entrepreneurs font payer aux clients le débarras des gravats dans les déchetteries officielles, ils préfèrent déposer leurs déchets dans des endroits discrets. Pour pallier ce phénomène envahissant et polluant, l’État envisage d’une part de créer de nouvelles déchetteries, d’autre part, de les rendre gratuites.

    Dans la Boucle de Chanteloup comme dans les 179 autres décharges sauvages françaises, quand, enfin, on aura évacué les déchets, on espère vraiment que les mesures seront prises pour que ça ne recommence pas.

     

    En savoir plus :
    - Association Rives de Seine Nature Environnement
    - Association Stop Décharges sauvages
    - APEA.


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