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    Mali: «Sans un mandat clair», les troupes onusiennes seront inopérationnelles

    Marcel Amon-Tanoh, ministre ivoirien des Affaires étrangères. www.gouv.ci

    Au Forum de Dakar sur la paix et la sécurité, les présidents du Sénégal et de la Mauritanie ont réclamé un mandat renforcé pour les forces de l’ONU engagées contre les jihadistes au Mali. Appel partagé par le ministre ivoirien des Affaires étrangères, Marcel Amon Tanoh.

    RFI : Quel rôle la Côte d’Ivoire a joué dans cette lutte contre la menace régionale ?

    Marcel Amon-Tanoh : La menace régionale a commencé dans des pays comme le Mali. Malheureusement, la dégradation de la situation en Libye a impacté la situation sécuritaire dans le nord du Mali. Et comme nous l’avons toujours dit, tant que la question libyenne ne sera pas abordée avec les Africains et tant qu’une solution ne sera pas trouvée à la situation en Libye, le Mali, le Burkina, l’Afrique de l’Ouest d’une manière générale, ne trouveront pas la paix. Parce que c’est le terreau de narcotrafiquants, de bandes de jihadistes lourdement armés qui sévissent dans toute la sous-région. Vous savez quel est le rôle que la Côte d’Ivoire, sur la présidence du président Alassane Ouattara de la Cédéao, a joué dans la résolution de la crise au Mali. Vous savez également quel est le rôle que la Côte d’Ivoire a joué en Guinée-Bissau la première fois et quel est le rôle discret que nous continuons à jouer actuellement pour que des élections aient lieu en Guinée-Bissau et que la Guinée-Bissau ne retourne pas dans une situation d’instabilité qui ne serait pas profitable à toute la sous-région ouest-africaine. La Côte d’Ivoire, également, est membre du Conseil de sécurité des Nations unies, membre non-permanent depuis deux ans. Au Conseil de sécurité nous avons toujours plaidé pour le dialogue dans la prévention et la résolution des conflits.

    Justement, vous parliez de l’ONU. On a entendu les présidents mauritanien et sénégalais demander le renforcement du mandat de la Minusma. Qu’en pensez-vous ?

    Le problème du mandat des opérations de maintien de la paix des Nations unies est un problème de fond. Parce que les Nations unies ont des militaires sur le terrain de nos opérations avec un mandat inapproprié aux besoins du terrain. Donc il faut que l’on passe au chapitre 7, qui permet au lieu de prévenir et de maintenir la paix, d’avoir un mandat qui permette l’offensive en direction de bandes jihadistes.

    Le président Macky Sall a lancé un appel, notamment à la Chine et à la Russie. Un appel à ses deux membres permanents du Conseil de sécurité, pour qu’ils ne bloquent pas un renforcement de ce mandat pour qu’il soit plus robuste. Est-ce que vous partagez cet appel ?

    Le président Macky Sall a raison. Parce qu’il faut que la Chine et la Russie, c’est vrai, aillent dans le sens d’un plus grand pragmatisme en ce qui concerne l’opérationnalisation des opérations de maintien de la paix onusiennes sur le terrain. Tant que les troupes onusiennes sur les différents champs des opérations n’auront pas un mandat clair qui permette de prévenir les attaques, qui permette de mener des offensives sur le terrain, qui permette de poursuivre les attaquants, nous ne servirons pas à grand-chose.

    Il a beaucoup été question lors de cette première journée d’une coopération élargie avec ce P3S, le Partenariat stabilité et sécurité au Sahel. La Côte d’Ivoire est appelée à participer à ce nouvel outil ?

    Vous savez, la préoccupation du président Ouattara, c’est que, bien que n’étant pas partie prenante et membre du G5 Sahel, la Côte d’Ivoire subit toutes les conséquences d’une instabilité dans la région. Donc le président Ouattara s’est toujours comporté comme le président d’un pays qui est partie prenante au conflit. Il a toujours plaidé en faveur du renforcement des capacités opérationnelles des pays membres du G5 Sahel. Auprès des États-Unis d’Amérique, je me souviens, il l’a fait. Et à chaque fois que, dans les forums internationaux ou dans les tribunes, l’occasion lui a été donnée de plaider en faveur du G5 Sahel, il l’a fait. Récemment, à Ouagadougou, il était présent. Il a pris des initiatives, il s’est comporté comme l’un des pays membres du G5 Sahel. Donc la Côte d’Ivoire jouera son rôle.

    Est-ce que vous avez des détails sur ce nouveau dispositif, le P3S ?

    Ce ne sont pas des détails que l’on donne à la presse.

    Concrètement, comment est-ce que cela pourrait se traduire, cette implication de la Côte d’Ivoire dans le P3S ?

    Je ne sais pas encore, madame.

    Depuis les attentats de Grand-Bassam en 2015, aujourd’hui, la Côte d’Ivoire se sent-elle menacée ?

    Vous savez, il ne faut jamais considérer que la menace terroriste concerne les autres. Tous les pays du monde, aujourd’hui, sont concernés par la menace terroriste, quel que soit le continent sur lequel on se situe. Donc la Côte d’Ivoire se sent concernée par la menace terroriste. C’est la raison pour laquelle, nous sommes sur tous les fronts. C’est la raison pour laquelle, nous avons renforcé la coopération en matière de renseignement, qui est l’un des meilleurs moyens de prévenir cette menace. Sur le plan bilatéral, on l’a fait, sur le plan multilatéral également, avec l’initiative d’Accra. Sur le plan bilatéral avec le Mali, le Burkina, avec tous les pays frontaliers on l’a fait et cela se passe très bien. D’ailleurs, dans la délégation ivoirienne, vous verrez qu’il y a les patrons du renseignement, aussi bien intérieur qu’extérieur, qui participent à ce forum.


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